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La Thaïlande penche pour le yuan

Le Premier Ministre thaïlandais, Abhisit Vejjajiva, craignant les effets de la flambée du baht et l’instabilité du dollar, a proposé que le yuan chinois soit utilisé comme monnaie d’échange dans la zone Asie.

La Thaïlande souhaitant se prémunir contre les effets de la flambée du baht et l’instabilité du dollar, a proposé que le yuan chinois soit utilisé comme monnaie d’échange dans la zone Asie.

L’idée d’utiliser le yuan comme monnaie d’échange à la place du dollar US n’est pas nouvelle, et fait debat depuis que le dollar est entre dans une période d’instabilité chronique. Le dollar a été déclaré monnaie internationale au lendemain de la seconde guerre mondiale à la conférence de Bretton Woods, pour des raisons historiques qui ont aujourd’hui disparues. A l’époque les États Unis dominaient le monde, leur économie était de loin la plus dynamique, et ils disposaient des réserves de change et d’or les plus importantes.

yuan dollar
La suprématie du dollar est de plus en plus contestée en Asie, au profit de la devise chinoise. Celle-ci pourrait bouleverser les marché des changes et des réserves si elle pouvait circuler librement

Aujourd’hui ce rôle pourrait être davantage reconnu à la Chine qui a amassé 1,4 trilliard de dollars de réserves, dont une grande partie est effectivement placée en dollars….

Le G20 n’a fait aucun progrès sur la question, et il est difficile d’amener les États-Unis et la Chine à exprimer clairement leur position sur la question. Mais ce que nous pouvons faire c’est d’essayer de coopérer dans la région Asie-Pacifique et de réduire l’impact de la volatilité des monnaies

a déclaré M. Abhisit pour justifier sa proposition

M. Abhisit fait écho à un appel lancé par la ADB, Asian Development Bank, encourageant l’ utilisation du yuan chinois comme monnaie d’échange en Asie-Pacifique afin de réduire l’impact de la volatilité des devises, en particulier lié à l’affaiblissement du dollar américain.

Les statistiques de l’Asean montrent que la valeur du commerce entre les groupements régionaux et la Chine est passée de 59,6 milliards de dollars (1.98 milliards de bahts au taux actuel) en 2003 à 171,1 milliards de dollars en 2007, un taux de croissance d’environ 30 % par an.

La plupart des monnaies asiatiques sont sous-évaluées

Un pays dont la monnaie est sous évaluée bénéficie d’un avantage compétitif pour exporter : les prix de ses biens exportables convertis dans une autre monnaie paraissent moins chers. Le pays qui a le mieux réussi dans cette voie est la Chine, amassant ainsi des réserves de change colossales grâce à ses excédents commerciaux, souvent investis dans des obligations d’État (principalement du Trésor américain, mais de manière croissante aussi en Europe). Pour rester compétitif vis-à-vis de la Chine, la plupart des pays d’Asie ont donc accepté de sous-évaluer leur monnaie, afin de maintenir un équilibre avec le yuan chinois.

Le principal acteur des déséquilibres actuel est la Chine, qui a le plus fort excédent commercial et de paiements dans le monde. En outre, d’autres pays d’Asie sont réticents à adapter leurs monnaies en l’absence d’une réévaluation de la monnaie chinoise, car ils craignent de perdre leur compétitivité.

Le yuan, une bombe à retardement made in China

Actuellement l’utilisation du yuan comme monnaie d’échange butte cependant sur un obstacle majeur : la Chine contrôle étroitement la circulation de sa monnaie en dehors de son territoire, ce qui fait que le yuan n’est pas librement convertible. Mais depuis le mois de mai 2009, la Chine a ouvert la voie aux entreprises internationales pour émettre des titres en yuan dans certaines banques de Hong Kong. Hong Kong sert désormais de banc d’essai pour la Chine, pour tester l’utilisation de sa monnaie à l’étranger, délivrant de plus en plus d’obligations en yuans.

Les succursales chinoises des banques HSBC Holdings PLC et Hong Kong’s Bank of East Asia Ltd. ont toutes deux confirmé avoir reçu l’autorisation par les autorités en Chine pour le lancement d’obligations internationales libellées en yuans, mais pour des quantités limitées.

McDonald’s Corp, a été la première entreprise étrangère à lancer des obligations en yuans à Hong Kong. La chaîne de fast-food américaine a récolté près de 200 millions de yuans (228,86 millions de dollars HK) a déclaré la Standard Chartered Bank. Ce faisant elle se prémunit contre une nouvelle dégradation du dollar. Elle devra aussi assumer le risque d’un emprunt a rembourser dans une monnaie qui risque de s’apprécier dans le futur.

Pour le moment la suprématie du dollar reste cependant assez solide. Mais pour combien de temps ? Il n’est pas difficile d’imaginer ce qui se passerait si la Chine ouvrait la porte à une plus grande liberté du yuan. Une monnaie adossée aux plus importantes réserves mondiales de devises ne ferait qu’une bouchée du dollar adossé à …. une montagne de dettes (l’endettement des Etats Unis a dépassé en 2010 les 100% de son PIB). La même réflexion vaut aussi pour l’euro, empêtré dans des plans de sauvetage à répétition de ses pays membres, dont on a du mal a apercevoir la fin.

Olivier Languepin

  • On ne reparlera le jour où le Yuan sera vraiment convertible : une monnaie qui n’est pas librement convertible n’est pas encore une monnaie, stricto sensu. Voir la monnaie israélienne qui n’est pas non plus convertible et ne mérite donc pas le nom de monnaie au sens qu’un économiste donne à ce terme.

    Les USA, l’Europe et le Japon détiennent toujours actuellement la majorité des richesses convertibles mobilières et immobilières.

    La Chine est un Dragon émergent dont la monnaie jouera un rôle certes très légitime et bien mérité par les sacrifices de sa population – notamment de la courageuse génération qui a supporté le passage du communisme au capitalisme – dès qu’elle sera convertible.

    En attendant, on compte ses obligations, ses réserves d’or pour évaluer la richesse de la Chine, davantage qu’on ne compte sa monnaie nationale.

    Encore un effort pour jouer dans la cour des Grands : la convertibilité ! Devenir monnaie de référence en ASEAN viendra ensuite automatiquement, naturellement.

    Encore un second effort : un niveau de protection et de redistribution sociales équivalents à celui de l’Europe et du Japon, supérieurs à eux deux, sur ce plan, à l’Amérique, et de très loin puisque les Américains n’ont même pas encore de Sécurité sociale digne de ce nom.
    Encore quelques autres efforts, aussi… mais on ne peut pas tout faire à la fois non plus et ce qu’a accompli l’Empire du soleil est déjà immense : il est indéniablement sur la bonne voie et il faut l’encourager.