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La contestation gagne du terrain dans les universités thaïlandaises

Plusieurs rassemblements ont eu lieu dans des universités thaïlandaises pour protester contre la dissolution d’un des principaux partis d’opposition.

La dissolution par la justice du parti d’opposition Future Forward passe mal auprès des jeunes Thaïlandais : plusieurs universités ont organisé des rassemblements pour protester contre ce qui est perçu par les manifestants comme une atteinte à la démocratie et à la liberté d’expression.

Mercredi 26 février, près de 2 000 étudiants de l’université de Thammasat se sont réunis à l’occasion d’un flashmob afin de clamer haut et fort leur colère vis à vis de la décision de dissoudre le parti Future Forward de l’opposition.

Un rassemblement pacifique mais qui s’est déroulé dans une “atmosphère lourde et inquiète” témoigne Clara, une étudiante française en Sciences Politiques à la faculté de Thammasat. 

En France on est habitués à manifester contre le gouvernement dès que quelque chose ne nous plaît pas. Mais ici ça à l’air différent, plus exceptionnel, ce qui rend le mouvement encore plus fort. Les étudiants ont vraiment l’air d’en avoir marre de pas être entendus.

Clara, étudiante française en Sciences Politiques à la faculté de Thammasat

C’est l’annonce de la dissolution du Future Forward Party (FFP) vendredi 21 février qui a en premier lieu mis le feu aux poudres.

Très populaire auprès de la jeunesse thaïlandaise, le FFP avait obtenu plus de 6 millions de votes aux dernières élections parlementaires de mars 2019, faisant de lui un acteur politique majeur de l’opposition au gouvernement du général Prayut Chan-o-cha.

Mais le programme du FFP résolument antimilitariste a contrarié la classe dirigeante traditionnelle de la Thaïlande, dominée par les royalistes et les militaires.

La décision de la Cour constitutionnelle de dissoudre le FFP, également critiquée par la communauté internationale, a été perçue comme une entrave à la liberté d’expression et à la démocratie par les étudiants.

Face à la rapidité du mouvement, les organisateurs ne sont pas encore parvenus à préciser leurs revendications et doivent encore se coordonner entre eux pour établir une liste exacte de leurs demandes. 

Mais certains rassemblements ont déjà pris une tonalité clairement anti gouvernementale en reprenant le slogan “Prayu Auk Pai – ออกไป  »” (Prayut dehors ou Prayut dégage).

Hashtags et réseaux sociaux 

Si de nombreux sit-in ou flashmob ont été effectués sur le terrain, la mobilisation étudiante s’est avant tout organisée sur les réseaux sociaux.

Sur Twitter par exemple, les organisateurs du mouvement dans chaque faculté postent leur programme et leurs actions pour informer directement leurs followers

Étudiants mais également utilisateurs des réseaux sociaux de toute provenance ont accès aux informations concernant les mobilisations, et ont donc la possibilité de se joindre spontanément au mouvement. 

Chacun est en mesure de suivre l’évolution des protestations notamment via les hashtags comme #SWStandswithdemocracy #SalayaDoesn’tEatColorfulDesserts (en référence aux desserts thaïlandais salim adopté comme terme péjoratif pour la faction pro-établissement) ou encore #MUNeedsDemocracy.

Si les hashtags diffèrent selon les facultés les représentants universitaires ne manquent pas de se coordonner pour donner une image unie et solidaire du mouvement.

“Je suis fière de voir que tout le monde se mobilise pour exiger des valeurs démocratiques pour ce pays” 

Bee, étudiante à la faculté de Salaya en Sciences pour Khaosod 

Progressivement, le mouvement est passé d’indignation contre une décision de justice à  une manifestation publique de dissidence à l’encontre du gouvernement du Premier ministre Prayut Chan-o-cha rassemblant des participants de tous horizons socio-politiques. 

“C’est un véritable mouvement organique qui découle de la frustration des étudiants face à l’injustice. Et je pense que toutes ces protestations que nous voyons ne sont que le début, le début d’un signe que les gens ne peuvent plus supporter ce qui se passe dans la société”

Panasuya Sithijirawattanakul, une porte-parole de l’Union des étudiants de Thaïlande.

Des rassemblements pacifiques pour le moment 

Les rassemblements se veulent pour le moment pacifiques et cherchent à éviter toute confrontation. Pour protester, les étudiants ont recours notamment à de nombreux chants.

Ils se réapproprient les airs des comédies musicales occidentale  comme “Do You Hear the People Sing” scandé sur le thème des Misérables.

Do you hear the people sing?

Do you hear the people sing? นิสิต-นักศึกษา เคลื่อนไหวแล้ว ชุมนุมหลักพัน ผุดแฮชแท็ก เรียกร้องประชาธิปไตย

Posted by Khaosod – ข่าวสด on Tuesday, February 25, 2020

On assiste également à la renaissance  d’hymne populaires de gauche des années 1970 alors que les thaïlandais contestaient le régime militaire traditionaliste.

L’un des chants les plus entendus est probablement  Phuea Muan Chon (“Pour le peuple”). Un chant écrit en 1973 par des étudiants de l’Université de 1973. Cette même année, un mouvement étudiant avait fait tomber la junte militaire au prix de nombreuses vies. 

Ce chant est la rencontre entre la ferveur des manifestations de cette période et les valeurs religieuses héritées du bouddhisme. 

“Phuea Muan Chon” (Pour le peuple)

Si je suis né oiseau, volant au-dessus de mes têtes

Je m’envolerais loin, très loin

Je demanderais à être une colombe

Pour conduire les gens vers la liberté

Si je suis né comme un nuage sur les montagnes

J’apporterais de l’ombre fraîche et de la paix dans les champs

Si je suis né comme un grain de sable

Je donnerais mon corps aux gens

Donner ma vie pour les personnes qui souffrent

Je me rendrais, peu importe le nombre de morts

  • Que peut-on attendre des kakis sinon d’être toujours à côté de la plaque puisque le but c’est de s’en mettre plein les fouilles… Quant eu peuple, qu’il se démerde… Les militaires de tous les pays qui ne sont pas des états de droits démocratiques sont les mêmes… Doivent se téléphoner les bougres !

  • Comment l’ambiance ne serait pas lourde à Thammasat ? Les étudiants ont probablement dans un coin de leur tête le souvenir des massacres et des viols perpétrés par l’armée et les milices sur le campus en 1975. Ce drame fait partie de l’histoire et de la mémoire de l’Université.