Catégories
Politique

Future Forward, la bête noire des généraux thaïlandais

L’opposition en Thaïlande a un nouveau visage depuis les élections de mars 2019 : celui de Thanathorn Juangroongruangkit, le président du FFP

Le parti Future Forward a bouleversé le paysage politique de la Thaïlande en remportant 80 sièges et plus de 6 millions de suffrages aux élections législatives de mars 2019, à peine un an après sa création par un jeune et charismatique milliardaire.

Le succès du FFP repose en grande partie sur la personnalité de son séduisant président, Thanathorn Juangroongruangkit.

Son ascension fulgurante (6 mois avant les élections il était un parfait inconnu) sur la scène politique thaïlandaise aux dernières élections, a presque totalement éclipsé la victoire de l’autre principal parti d’opposition, le Pheu Thai.

Et pour cause : le programme du FFP est une véritable déclaration de guerre contre les généraux qui dirigent le pays depuis le coup d’Etat de 2014.

Une déclaration de guerre contre les généraux

Le FFP veut tout simplement démilitariser la société thaïlandaise en supprimant la conscription et en réduisant de manière très substantielle le budget de l’armée.

Le 2 décembre au FCCT (Foreign Correspondents’ Club of Thailand) Thanathorn Juangroongruangkit, le président du FFP a confirmé sa volonté de continuer à défendre la politique de son parti autour des « trois D » : Démilitarisation, Démocratisation et Décentralisation.

Son électorat majoritairement jeune et urbain était bien présent dimanche denier lors d’une manifestation sous forme de course à pied, et il semble ne pas accorder beaucoup de crédibilité aux habits neufs du général Prayut.

La colère des gens est réelle et tangible. La frustration s’accumule et la situation pourrait devenir périlleuse si les militaires ne tolèrent pas le débat démocratique. Si vous allez sur les marchés en province, les gens vous diront combien ils détestent ce gouvernement. 

Thanathorn Juangroongruangkit, président du FFP

Selon son président le régime autoritaire mis en place à la suite des élections de mars 2019 tient plus d’une dictature militaire déguisée que d’une véritable démocratie.

De fait l’armée a conservé le contrôle et la haute main sur quasiment tous les organismes indépendants qui sont censés garantir le bon fonctionnement du système démocratique.

C’est le cas de la Commission Electorale (EC) ou de la Cour Constitutionnelle dont les membres et les juges ont tous été nommés par la junte responsable du coup d’Etat de 2014.

La tension monte dans le pays et personne ne sait où se situe le point de basculement qui pourrait conduire le pays à de nouvelles manifestations. Si les gens perdent espoir dans le système parlementaire, tout peut arriver. 

Thanathorn Juangroongruangkit, président du FFP

Le FFP a d’ailleurs rejoint une coalition demandant la rédaction d’une nouvelle constitution pour remplacer celle écrite par les militaires en 2017 à la suite du coup d’Etat de 2014.

La menace d’une dissolution

Le 21 janvier prochain la Cour Constitutionnelle doit justement se prononcer sur l’éventuelle dissolution du Future Forward.

La Cour devra également se prononcer sur une accusation de « sédition » qui repose sur des liens supposés entre le FFP et la secte Illuminati, car son logo en forme de pyramide ressemble à celui de la secte.

En cas de dissolution il est fort probable qu’un nouveau cycle de manifestations de rue se profile à l’horizon pour 2020, comme l’a annoncé son principal dirigeant lors d’une première manifestation qui s’est tenue à Bangkok le 14 décembre.

Olivier Languepin

Par Olivier Languepin

Journaliste basé à Bangkok depuis 2006. Rédacteur en chef de thailande-fr.com.

2 réponses sur « Future Forward, la bête noire des généraux thaïlandais »

En lisant votre article je me disais que finalement nous ne sommes pas très loin de la justice japonaise qui de toute façon a toujours raison puisque chaque « prévenu » a 99,4 % de chance — après avoir avoué n’mporte quoi et que ce soit vrai ou non —, d’être condamné à une longue peine. Et des prisons nippones sont de véritables casernes militaires dignent du goulag (vous me direz que les prisons thailandaises ne sont pas des 5 étoiles non plus, certes…), il suffit de regarder sur youtube les reportages filmés dans la vie des prisons japonaises et on comprend pourquoi Carlos s’est fait la malle… Tout comme en France, la Thailande risque de s’enfoncer dans une guerre civile si le gouvernement ne mets pas un peu d’eau dans son whisky thaï…

Laisser un commentaire