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L’eau nouvelle arme au service de la Chine en Asie

Construit au Laos par la Chine et financé par des capitaux thaïlandais, le mega barrage de Xayaburi sur le Mékong est entré en service cette semaine.

Alors que barrage de Xayaburi au Laos commençait hier sa première journée de production d’électricité sur le Mékong, des doutes subsistent parmi les scientifiques et les environnementalistes sur les mesures proposées pour atténuer ses effets négatifs sur les nombreux écosystèmes du fleuve.

Les environnementalistes et les défenseurs des droits de l’homme ont critiqué le fait que l’électricité produite par le barrage et destinée à l’exportation dans les pays voisins ne justifie pas les graves conséquences écologiques et humaines qu’entraîne la mise en service du barrage sur l’écoulement naturel du Mékong.

Certains, comme le chercheur Brahma Chellaney estiment que la Chine utilise l’eau et les barrages sur le Mékong comme une arme en aggravant les sécheresses dans les pays situés en aval.

Xayaburi n’est que la partie visible de l’iceberg. La Chine a déjà construit 11 barrages en amont et en prévoit 17 autres dans les années à venir. Sur le bas Mékong, Xayaburi est le premier des 11 barrages planifiés par la Chine. La plupart d’entre eux seront construits au Laos, qui ambitionne de devenir la «batterie de l’Asie du Sud-Est» .

Le niveau d’eau de la ligne de vie du Mékong a atteint son niveau le plus bas depuis plus de 100 ans

Bien que construit sur le territoire du Laos Xayaburi a été salué comme un modèle de partenariat et de coopération économique entre les pays de l’Asean : le projet d’un montant estimé à 4,5 milliards de dollars été financé par des investisseurs thaïlandais et plus de 90% de l’énergie générée sera vendue à la société de production d’électricité de Thaïlande (Egat).

Mais l’été dernier, le niveau d’eau de la ligne de vie du Mékong, long de 4 880 km, a atteint son niveau le plus bas depuis plus de 100 ans, même si la saison de la mousson s’est prolongée de la fin mai à la fin septembre.

Le Mékong est le quatrième fleuve d’Asie en terme de débit, il abrite plus de 1 000 espèces différentes, faisant de lui le deuxième fleuve au monde avec le plus de biodiversité.

Plus de 70 millions de personnes qui appartiennent à plus de 100 groupes ethniques vivent dans le bassin du Mékong.

85% des personnes vivant dans le bassin du Mékong gagnent leur vie directement à partir des ressources naturelles du fleuve, il est donc indispensable à la survie de millions de personnes.

La Chine au centre de la carte hydrologique de l’Asie

Barrages Mékong

Grâce à l’annexion du plateau tibétain, riche en eau, et de la vaste province du Xinjiang, la Chine est le point de départ des rivières qui se jettent dans 18 pays en aval. Aucun autre pays au monde ne sert de tête de rivière pour autant de pays.

En érigeant des barrages et d’autres structures de dérivation de l’eau dans ses zones frontalières, la Chine crée une vaste infrastructure en amont qui lui donne la capacité de contrôler la distribution de l’eau dans les autres pays en aval du Mékong.

La Chine reste le premier constructeur de barrages au monde et à l’étranger. Fidèle à son obsession de construire les projets les plus hauts et les plus grands, la Chine a achevé à l’avance le plus grand barrage du monde, « Les trois Gorges », en le qualifiant de plus grand exploit architectural de l’histoire depuis la construction de la Grande Muraille.

Des SÉCHERESSES plus FRÉQUENTES

Mais depuis que la Chine a construit une cascade de barrages géants sur le Mékong, les sécheresses sont devenues plus fréquentes et plus intenses dans les pays situés en aval.

De nombreuses organisations environnementales ont exprimé leurs inquiétudes à ce sujet, mettant en avant l’impact des barrages sur le Mékong, sa flore et sa faune, sur les populations rurales, souvent déplacées, et sur les économies locales qui en dépendent.

Alors que les problèmes d’eau s’aggravent en Asie, le continent est confronté à un choix difficile: rester sur la voie actuelle, ce qui ne peut qu’entraîner une dégradation accrue de l’environnement et même des guerres de l’eau, ou changer radicalement de cap en s’engageant sur la voie d’une coopération régie par des règles.

estime Brahma Chellaney auteur de « L’eau: le nouveau champ de bataille de l’Asie« .

Ce dernier chemin exige non seulement des accords de partage des ressources en eau et la libre circulation des données hydrologiques, mais également une efficacité accrue de la consommation d’eau, une utilisation accrue des eaux recyclées et dessalées et des efforts novateurs en matière de conservation et d’adaptation.

Olivier Languepin

Par Olivier Languepin

Journaliste basé à Bangkok depuis 2006. Rédacteur en chef de thailande-fr.com.

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