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L’Asean peut-elle sortir gagnante de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine?

Certains observateurs indiquent que les pays de l’Asie du Sud-Est, dont la Thaïlande et le Vietnam, pourraient sortir gagnants de cette guerre commerciale entre les deux géants de l’économie mondiale

Le 23 juin 2019, une semaine après que le président américain Donald Trump et le président chinois Xi Jinping se sont mis d’accord pour relancer les négociations commerciales en prévision du sommet du G20 au Japon, l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Asean) a clôturé son 34ème sommet à Bangkok. 

Mais depuis le sommet de l’Asean clôturé à Bangkok au mois de juin, les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine se sont encore aggravées.

Le 1er août, Trump a annoncé des droits de douane supplémentaires de 10% sur des importations chinoises d’un montant de 300 milliards de dollars.

Le ministère chinois du Commerce a répliqué en interrompant les achats de produits agricoles américains. Peu de temps après, la Banque populaire de Chine a laissé le yuan se déprécier, ce qui a provoqué une onde de choc sur les marchés financiers du monde entier. 

Une délocalisation de la Chine vers les pays de l’Asean

Mais certains observateurs indiquent que les pays de l’Asie du Sud-Est, dont la Thaïlande et le Vietnam, pourraient sortir gagnants de cette guerre commerciale entre les deux géants de l’économie mondiale : plusieurs entreprises ont déjà commencé à délocaliser leurs activités de Chine vers des pays voisins, au premier rang desquels se situent plusieurs pays de l’Asean.

Le détournement des échanges et l’afflux d’investissements étrangers résultant de la guerre commerciale sino-américaine confèrent en effet plusieurs avantages aux pays de l’Asean en tant que solution alternative pur échapper à la taxation américaine.

Selon un rapport de la banque d’investissement japonaise Nomura Securities , le Vietnam a obtenu des commandes de produits détournés de la Chine équivalant à 7,9% de son PIB, alors que les importateurs tentent d’éviter les tarifs douaniers imposés par le Etats-Unis.

Certains avantages se concrétisent déjà. Les exportations vietnamiennes vers États-Unis ont augmenté de 36% au cours des cinq premiers mois de 2019 par rapport à la même période de l’année dernière.

Le même rapport Nomura a également révélé que d’autres pays comme la Malaisie, l’Indonésie et les Philippines pourraient également tirer parti des retombées commerciales en provenance de la Chine, bien qu’à une plus petite échelle.

La guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine peut être perçue à la fois une menace pour le commerce extérieur des pays de l’Asean, mais aussi comme une occasion de concrétiser les ambitions des dix pays membres de devenir une base de production régionale au même titre que la Chine.

Un processus déjà en cours depuis plusieurs années

En réalité le processus de relocalisation de la Chine vers les pays de l’Asean est déjà en cours depuis plusieurs années en raison de la hausse des coûts de main-d’œuvre en Chine. 

Comparaison des coûts salariaux par rapport à la Chine en Malaisie, Thaïlande, Vietnam et Indonésie.

Selon les données de la CNUCED, le secteur manufacturier est passé de 62% des investissements directs étrangers (IDE) en Chine en 2006 à seulement 27% en 2017 . Entre-temps, les entrées d’IED en Asie du Sud-Est, en particulier dans le secteur manufacturier, ont sensiblement augmenté depuis le début de la guerre commerciale.

Au Vietnam et en Indonésie, la part de l’industrie manufacturière dans le total des entrées d’IED a déjà dépassé celle de la Chine.

L’ Asean est-elle prête à prendre le relais de la Chine ?

Les retombées commerciales vont certainement accélérer ce changement, mais l’Asie du Sud-Est n’est peut-être pas encore tout à fait prête à reprendre les activités manufacturières de la Chine. 

Les entreprises multinationales sont de plus en plus préoccupées par la médiocrité des infrastructures et des réseaux logistiques dans certains pays, ce qui augmente les coûts des entreprises. 

Il est également difficile d’améliorer considérablement sa capacité de production à court terme, en particulier pour les pays comme le Vietnam, qui fonctionnent déjà presque à pleine capacité .

Pour que les pays de l’Asie du Sud-Est tirent profit des retombées du conflit commercial entre les Etats-Unis et la Chine, ils doivent investir davantage dans les infrastructures et la capacité de production, et améliorer la productivité de la main-d’œuvre par le biais de programmes de formation ou en favorisant les mouvements de main-d’œuvre qualifiée au sein de l’ASEAN.

Olivier Languepin

Par Olivier Languepin

Journaliste basé à Bangkok depuis 2006. Rédacteur en chef de thailande-fr.com.

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