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L’économie suffisante, le développement durable à la mode Thailandaise.

C’est une des petites spécificités méconnues du royaume : un attachement très royal au concept d’économie suffisante. Pas facile à comprendre au pays du shopping center à tous les coins de rues

C’est une des petites spécificités méconnues du royaume : un attachement très royal au concept d’économie suffisante. Pas facile à comprendre au pays du shopping center à tous les coins de rues

Le roi Bhumibol Adulyadej n’est pas l’homme qui a inventé la philosophie de l’économie suffisante, ni celui qui l’a introduite en Thaïlande.

Ce concept inspiré du bouddhisme qui prône la modération et l’autonomie économique est apparu formellement pour la première fois dans les décrets nationalistes (Rattaniyom) du régime militaire du maréchal Phibunsongkhram à la veille de la seconde guerre mondiale.

A une époque où l’économie thaïlandaise restait majoritairement agricole et où la pagode était le centre de la vie sociale, il reflétait simplement la réalité quotidienne de la plus grande partie des Thaïlandais.

Quand les Américains ont fait de la Thaïlande une base arrière de leur intervention militaire en Indochine, donc à partir du milieu des années Soixante, le concept n’était déjà plus en vogue.

L’influence croissante du modèle américain et l’assistance financière massive des Etats-Unis ont donné naissance à une classe puissante d’hommes d’affaires guidés par leur instinct capitaliste.

Le monarque a repris, à partir de 1974, le concept d’économie suffisante et l’a, depuis, développé avec persévérance. Le 4 décembre de cette année-là, dans son traditionnel discours d’anniversaire, il a souhaité aux Thaïlandais d’avoir « assez pour manger et assez pour vivre ».

« Le développement d’un pays doit s’effectuer pas à pas. Cela doit démarrer avec la suffisance alimentaire et une existence adéquate, en utilisant des instruments qui sont économiques mais de bonne qualité technique. Quand cette base est solide, un statut économique plus élevé peut être recherché », a-t-il alors déclaré.

Le roi s’inspirait ainsi de l’expérience tirée des multiples projets de développement local, dans les provinces, à l’initiative de la famille royale. Il avait constaté que, souvent, les Thaïlandais tendaient à s’enthousiasmer pour un développement économique rapide qui laissait les petites gens à la traîne.

A ses yeux, les projets les plus solides étaient ceux qui progressaient de manière graduelle, grâce à l’accumulation de connaissances et d’expertise.

Un modèle de ferme familiale

Pour le monarque, le progrès ne devait pas se mesurer en chiffres de croissance, mais par la capacité de se suffire à soi-même et de contrôler sa destinée économique.

En 1996, le roi Bhumibol a créé un modèle de ferme familiale fonctionnant sur le principe de suffisance économique : un terrain de 2,4 hectares (la moyenne des propriétés en Thaïlande) divisé en un étang pour la pisciculture, un rectangle de rizières et un espace pour des arbres fruitiers et pour les légumes.

Le souverain a précisé que ce type de ferme auto-suffisante ne devait pas être une fin en soi, qu’il devait y avoir un développement graduel, notamment par des échanges commerciaux.

C’est l’idée d’une voie moyenne, d’un équilibre harmonieux entre les ambitions et les moyens dont on dispose, qui sort tout droit du bouddhisme Theravada. La notion bouddhiste de samma achiva, cinquième composante de l’Octuple noble sentier, est généralement traduite par « les moyens d’existence justes », c’est-à-dire « la manière de gagner sa vie en conformité avec le dharma (les enseignements du Bouddha) » (1).

Selon l’intellectuel thaïlandais Prawase Wasi, il s’agit de gagner sa vie, non pas « en blessant les autres », comme souvent dans la société actuelle, mais « sans opprimer, sans s’exploiter soi-même, ni exploiter les autres ou l’environnement, tout en dépensant moins que ce que l’on gagne ».

La philosophie d’économie suffisante a connu un regain d’intérêt après la crise financière de 1997. L’économie thaïlandaise s’était brutalement effondrée parce qu’elle était trop dépendante des capitaux financiers extérieurs ; le royaume s’était lancé dans une course à la croissance économique, aussi effrénée que dangereuse. Le modèle de la ferme familiale devait être projeté au niveau national.

Le pays devait s’immuniser contre les chocs extérieurs. La philosophie de suffisance économique a servi de base pour la rédaction du neuvième plan quinquennal (2002-2007). Celui-ci n’a toutefois pas été appliqué par Thaksin Shinawatra quand il dirigeait le gouvernement (2001-2006).

Le concept opère un retour en force depuis le coup d’Etat du 19 septembre 2006. Il ne devrait pas entraîner de changement fondamental dans l’orientation économique du pays, mais permettre simplement de rectifier les excès de l’ère Thaksin.

Article extrait du site Focusasie

Par Redaction Bangkok

La rédaction de thailande-fr est installée à Bangkok depuis 2007, avec un rédacteur en chef, des pigistes, et des stagiaires d'écoles de journalisme et de communication.