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Thaïlande – Chine : le grand bond en avant

Avec le soutien sans réserve de la Chine au régime thaïlandais, les deux pays n’ont jamais été aussi proches depuis le début de la guerre froide. Après le coup de 2006, tandis que Washington avait suspendu 24 millions de dollars en aide militaire, la Chine a offert 49 millions de dollars en crédits militaires à Bangkok…

Les États-Unis sont depuis longtemps un allié de longue date de la Thaïlande. Mais la récente décision de la Commission américaine sur la sécurité et la coopération en Europe d’inviter M. Thaksin pour discuter de la situation des droits de l’homme en Thaïlande a une nouvelle fois irrité le régime de Bangkok.

L’importante communauté d’origine chinoise en Thaïlande a toujours été un moteur solide des relations d’affaires avec la Chine. Les États-Unis sont actuellement le principal marché d’exportation de la Thaïlande, mais le deuxième partenaire économique après la Chine.

Sur fond de brouille avec les États-Unis, la Chine profite d’une situation politique inédite en Thaïlande pour resserrer des liens déjà anciens avec le gouvernement thaïlandais.

La Chine a réussi depuis quelques années une percée diplomatique importante avec la signature d’une série d’accords qui élargissent les relations commerciales entre la Chine et la Thaïlande, y compris un accord de libre-échange bilatéral qui est entré en vigueur en octobre 2003. La tendance s’est poursuivie avec l’ALE ASEAN-Chine, qui est entré en vigueur le 1 janvier 2010.

La suprématie de États-Unis contestée par la Chine

Les États-Unis et la Thaïlande ont entamé des négociations sur un ALE en Juin 2004, mais les négociations sont au point mort depuis 2006.

En plus des liens commerciaux qui existe depuis longtemps, le soutien sans réserve de la Chine au régime thaïlandais a aidé les deux pays à se rapprocher davantage qu’ils ne l’ont jamais été depuis le début de la guerre froide.

Le dernier signe de cette tendance a été la décision de resserrer les liens parlementaires, faite lors d’une réunion en 2010 entre Wu Bangguo, président du Comité permanent de l’Assemblée populaire nationale (APN), et le président du Sénat thaïlandais Prasopsuk Boondej.

Mais l’indicateur le plus révélateur est la décision concertée des deux pays d’élargir leurs liens militaires. Depuis la guerre froide, Bangkok a toujours été proche de Washington, et plutôt méfiant à l’égard de Pékin. Mais il y a eu un changement, certes encore modeste, depuis 2006.

Certes, les États-Unis sont encore, et de loin, le principal partenaire militaire de la Thaïlande, mais Washington n’est plus le seul et unique partenaire de Bangkok.

Les relations bilatérales de défense entre les États-Unis et la Thaïlande sont formalisées par le traité de 1962 Thanat-Rusk, qui engagent les deux pays à l’assistance mutuelle en cas d’attaque extérieure.

Ce traité a permis aux États-Unis d’utiliser les bases militaires thaïlandaises au cours de la guerre du Vietnam, et plus récemment de la guerre en Irak et en Afghanistan. Bangkok a grandement facilité l’envoi de troupes américaines pour les deux derniers conflits, ce qui a conduit l’ancien président américain George Bush à désigner la Thaïlande comme un allié majeur non-OTAN des États Unis.

En tant que tel, la Thaïlande s’est qualifiée pour le programme de soutien militaire étasunien, qui permet le transfert à des pays alliés de navires et aéronefs américains déclassés, ainsi que le financement des forces étrangères à travers lequel les États-Unis fournissent des fonds pour l’achat d’armes et de matériel à l’armée thaïlandaise.

Cobra Gold army
En outre, la Thaïlande réalise conjointement avec États-Unis plus de 40 exercices militaires chaque année, y compris Cobra Gold, le plus grand exercice des forces armées américaines et alliées en Asie.

Chine – Thaïlande : un partenariat étendu aux questions militaires

Mais les  troubles politiques de la Thaïlande ont permis à la Chine de  gagner un peu de terrain. Après le coup de 2006, tandis que Washington avait suspendu 24 millions de dollars en aide militaire, la Chine a offert 49 millions de dollars en crédits militaires à Bangkok lorsque le chef de la junte, le général Sonthi Boonyarataglin, a visité Beijing en février 2007.

Les deux pays ont depuis poursuivi la tendance avec la collaboration à des exercices militaires, puis avec le transfert de technologies militaires chinoises liées aux missiles.

Cet accord, entame la position hégémonique de Washington en tant que fournisseur d’armes de haute technologie pour la Thaïlande, et la Chine a prévu de livrer son premier prototype, un lance-roquettes multiples, d’ici  2012

La Thaïlande a proposé que le yuan chinois soit utilisé comme monnaie d’échange dans la zone Asie.

L’idée d’utiliser le yuan comme monnaie d’échange à la place du dollar US n’est pas nouvelle, et fait débat depuis que le dollar est entre dans une période d’instabilité chronique.

M. Abhisit a fait écho à un appel lancé par la ADB, Asian Development Bank, encourageant l’ utilisation du yuan chinois comme monnaie d’échange en Asie-Pacifique afin de réduire l’impact de la volatilité des devises, en particulier lié à l’affaiblissement du dollar américain.

La Chine semble donc bien partie pour profiter de l’affaiblissement militaire (guerres incertaines ou perdues au Moyen Orient) et économique des Etats Unis pour pousser ses pions sur l’échiquier asiatique. La première case de cet offensive amicale pourrait bien être la Thaïlande.

Olivier Languepin

Par Olivier Languepin

Journaliste basé à Bangkok depuis 2006. Rédacteur en chef de thailande-fr.com.

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