thailand eleves ecole
L'éducation en Thaïlande est essentiellement fournie par le gouvernement thaïlandais à travers le Ministère de l'éducation de la maternelle à l'école secondaire. Une éducation de base gratuite de douze ans est garanti par la Constitution, et un minimum de fréquentation scolaire de neuf ans est obligatoire.

Le premier ministre actuel, contrairement à ce que certains dans la presse mondiale ont prétendu est à ce poste en toute légalité, élu par une coalition parlementaire avec l’appui  des voix de parlementaires ayant retourné leur veste (anciennement pro-Thaksin). Il n’est en aucun cas le « bénéficiaire » du coup d’état, puisque deux ministres pro-Thaksin l’ont précédé depuis le retour de l’armée dans ses casernes.

Abhisit est un premier ministre à part entière, détenteur d’un mandat parfaitement légitime. Des élections sont programmées dès la fin de son mandat en 2011, et je ne vois rien d’anti-démocratique là dedans. On peut malheureusement douter que ces prochaines élections soient totalement honnêtes, quand à moi, je le souhaite (pour tous les camps). En attendant, ce qui est certain d’un point de vue purement démocratique, est que cette insurrection rouge est illégitime. Quand on se prétend démocrate, on respecte la voix des urnes. On peut ne pas être d’accord avec la majorité, mais alors on se doit de l’exprimer par une action politique entrant dans le cadre de la constitution. L’insurrection, la révolution, restant des solutions possibles, mais uniquement dans les cas ou l’on fait face à une dictature ou à une invasion et que la constitution est foulée au pied. Ce n’est pas ce qui s’est produit avec le gouvernement Abhisit.

Une gestion de crise irréprochable

Coté social, Abhisit a déjà fait plus que Thaksin en presque 2 mandats, et son gouvernement a des projets qui semblent ambitieux pour la société thaï. Il ne reste que peu de temps pour mettre cela en place avant la fin du mandat de ce gouvernement. Beaucoup de temps a été perdu par cette insurrection anti-démocratique, et par l’instabilité permanente régnant depuis janvier 2008 voire depuis 2004. Il va falloir  faire vite pour que le peuple de province, certainement très aigri par les récents évènements, se rende compte qu’il a été trompé dans un premier temps et ensuite qu’il adhère au processus démocratique.

La gestion de la crise interne par Abhisit est irréprochable. Beaucoup auraient craqué et envoyé des « unités spéciales » faire le ménage dans les rues de Bangkok sans attendre

Abhisit est arrivé au pouvoir en pleine crise des sub-primes, mais malgré les obstacles,  internes comme externes, la croissance en Thaïlande a une très bonne tenue (12% au premier trimestre 2010), aidée également, il faut le dire, par la baisse de prix du pétrole  qui a été très favorable à l’industrie. (De USD 150 le Baril à USD 70 actuellement après être descendu à USD 50)

La gestion de la crise interne par Abhisit est irréprochable. Beaucoup auraient craqué et envoyé des « unités spéciales » faire le ménage dans les rues de Bangkok sans attendre (on a déjà vu ça). Au contraire, il a évolué avec une grande mesure, toujours privilégiant la négociation, lâchant beaucoup de lest face aux surenchères infernales des rouges dont les dissensions internes grandissantes ont fait que plus personne ne contrôlait plus rien. Les pourparlers ne donnant rien, l’assaut final a été lancé, après maints avertissements d’autant que des factions rouges extrémistes était armée de M16 et autres AK47.

On aura rarement vu une telle retenue de la part de l’armée qui pourtant a du affronter ces commandos (habillés de noir et masqués) armés de lances grenades et de fusils d’assaut. Vu l’anarchie régnant, le nombre de factions plus ou moins armées, et les civils rouges « innocents », il est remarquable que le nombre de victimes ait été si peu élevé. Le transport  gratuit par car a été ensuite organisé pour le retour des manifestants dans leurs provinces respectives.

Un problème de fond : l’éducation

Le plus gros problème de la Thaïlande est l’éducation, tant que le niveau sera aussi bas, il sera difficile d’atteindre un degré de démocratie acceptable. Lors des prochaines élections, il faudra regarder de près quels candidats proposent un programme ambitieux pour l’éducation.

Jusqu’à maintenant, ça a bien arrangé les politiciens que le monde paysan ne reçoive pas d’éducation digne de ce nom. Les paysans sont ainsi beaucoup plus manipulables. Le populisme de Thaksin a prise sur eux, et moins sur les Bangkokiens qui sont heureusement mieux préparés pour résister aux manipulations. Et d’ailleurs, si ce n’était pas un problème de niveau d’éducation, pourquoi la propagande de Thaksin ne fonctionnerait-elle pas à Bangkok ?

Il m’est difficile de dire que les paysans n’ont pas tous une maturité politique, parce que, je le sais d’avance, cela va être mal interprété… Mais le fait est que la toute première urgence en Thaïlande est l’éducation. Avez-vous vu des écoles de province ? Un vieux bâtiment en bois, la cour devant, avec au centre le mât du drapeau national. Je n’ai rien contre le respect du drapeau, mais il me semble que les enfants passent plus de temps au garde à vous sous le soleil en chantant l’hymne qu’en classe à recevoir un enseignement de qualité.

Le plus gros problème de la Thaïlande est l’éducation, tant que le niveau sera aussi bas, il sera difficile d’atteindre un degré de démocratie acceptable

En résumé, ces enfants on les dresse plus qu’on ne les éduque. En sortant de l’école ils savent lire et compter, mais ils savent surtout la place qui est la leur dans la société, et l’acceptent comme une fatalité, jamais personne avant eux dans leur famille n’ayant changé de condition. On a oublié une chose très importante dans cette éducation minimaliste, c’est de leur apprendre à réfléchir, c’est de faire d’eux des citoyens. On s’en est bien gardé en fait.  Et les voilà tous sortis du même moule, celui voulu par les politiciens d’une autre époque qui continuent sur leur dos de s’en mettre plein les poches. Ils deviennent une immense réserve de voix pour le populiste en goguette qui balance des billets par le carreau entre-ouvert de son 4×4 de luxe en traversant les villages.

Dans le même temps, les tentations de la société de consommation arrivent jusqu’aux villages les plus éloignés, modifiant à grande vitesse les canons traditionnels, et déstabilisant cette société rurale qui veut aussi des portables et des pick-up. La réponse de Thaksin, c’est le crédit, le loto, les « subventions », sa stratégie est l’asservissement dans la dépendance au maître paternaliste à souhait.

Pour l’amélioration de la vie des paysans, ce n’est surtout pas Thaksin qu’il faut, mais plutôt un de ces jeunes politiciens ayant fait leurs études à l’étranger, ayant voyagé, s’étant ouvert sur le monde, s’étant enrichis de valeurs venues  d’ailleurs et qui souhaitent moderniser la société Thaï dans la transparence et l’honnêteté. Laissons donc Abhisit (qui gère très bien la crise) finir son mandat, et souhaitons l’avènement de cette nouvelle génération de politiciens.

Le dernier coup d’Etat

C’est l’incroyable évolution de ce pays que j’observe de très près depuis plus de trente ans  qui me rends optimiste pour la Thaïlande. Une croissance très (trop ?) rapide pendant des décennies a hissé la Thaïlande dans l’ère industrielle (électronique, construction automobile, BTP, textile etc.). Cette croissance a permis, entre autre, le développement des infrastructures routières, mais la Thaïlande qui demeure malgré tout un pays agricole n’a pas su partager les richesses produites avec le milieu rural, créant un fossé grandissant avec les citadins. Les dirigeants actuels et futurs devront s’attacher à développer les campagnes et à combler le fossé social existant entre les deux mondes. Mais pas n’importe quel développement, un développement durable, qui permettra à la Thaïlande, qui en a les moyens, de devenir le « modèle » de l’ASEAN, lui assurant ainsi le leadership des technologies innovantes pour un développement raisonné et profitable à tous.

Le coup d’Etat de septembre 2006, est très probablement le dernier en Thaïlande. Les militaires ont compris qu’ils n’étaient pas les plus habilités à diriger les affaires d’un pays industrialisé dans un monde globalisé.

Cette évolution continue, et la crise actuelle, qui dure pourtant depuis des années, n’est qu’un cap à passer. Quelques fois, en évoluant on renie un peu de son passé, le désir de modernité combat intérieurement la nostalgie d’un bon vieux temps révolu. Le peuple thaïlandais n’est que momentanément déchiré (surtout à cause de l’acharnement du « libertador » Thaksin  qui a semé le trouble depuis l’étranger avec sa « grand messe » sur écran géant tous les soirs devant des milliers de chemises rouges), mais d’ici quelques années nous verrons que cette crise n’aura été qu’un tremplin vers un système de plus en plus démocratique.

D’autres obstacles qui seront certainement bien plus graves que la présente crise attendent la Thaïlande, mais c’est une autre histoire : le roi est vieux et malade, sa succession risque de poser de graves problèmes, et les autocrates de tous bords qui attendent leur heure vont sortir du bois. Thaksin voulant être le premier est peut-être sorti un peu trop tôt du bois, mais d’autres attendent, dont certains probablement plus dangereux que lui (voire même en association avec lui).

Il est à ce propos plus qu’urgent d’installer une démocratie fiable et stable, de manière a éviter tout retour en arrière et tenir tête quand ces tentatives de déstabilisation arriveront.

En attendant, le coup d’Etat de septembre 2006, qui a été une sorte de goutte d’eau faisant déborder le vase est très probablement le dernier en Thaïlande. Malgré l’accueil triomphal reçu, les militaires ont compris qu’ils n’étaient pas les plus habilités à diriger les affaires d’un pays industrialisé dans un monde globalisé. C’est un autre métier, c’est évident. Ils savent désormais que la démocratie est la seule garantie de stabilité, et de développement économique et social. C’est pourquoi je crois, ou du moins j’espère, que les militaires seront à l’avenir les défenseurs inconditionnels de la démocratie si elle venait à être attaquée.

Nous avons donc assisté  en 2006 au dernier coup d’état en Thaïlande, qui avait justement pour but de sauver la démocratie naissante. Mais une condition supplémentaire est nécessaire pour sortir la Thaïlande de son instabilité chronique : que les politiciens présents et futurs s’affranchissent des méthodes politiques des anciens tenants des pouvoirs.

Denys Tellier

Tribune libre publiée sous la responsabilité de son auteur. Les inter-titres sont de la rédaction.

4/5 (1 Review)

13 Commentaires

  1. au moin vous affichez clairement votre couleur , votre partialité a le mérite d’étre clair dans cet article . Quant aux intervenants ,je pense que savoir qui à fait pire est un non sens , des casseurs et des extrémistes il y en a dans les deux « couleurs » , la vrai question est quel but ont les deux partis , chose qui n’est pas abordé dans cet article , j’espére que ce n’est pas par ignorance car avoir une belle plume ne sert à rien sans infos ni connaissance de la thailandes (n’est ce pas Gilles?)

  2. Ceux qui ici viennent soutenir les Rouges sont les mêmes que ceux qui occultent l’existence permanente en France de zones de non-droit, inaccessibles à tout représentant de l’ordre public. Une de ces zones où le Président de la République s’entend injurier et inviter à « se casser chez lui ». Si un quartier de Bangkok a été le temps de quelques semaines incontrôlé, le droit a pu y être rétabli malgré la détermination des insurgés. Il serait heureux qu’enfin, en France, à l’image de la Thaïlande, les autorités maîtrisent l’ensemble du territoire national. Pourquoi cette manifestation des Chinois de Belleville ayant réuni le 20 juin plus de 30000 Asiatiques, ce qui est énorme pour une manifestation d’une communauté étrangère, a été passée sous silence ? Il a fallu attendre que le journal cantonais Guangzhou Ribao en parle pour que seuls les lecteurs du Courrier International [http://www.courrierinternational.com/article/2010/06/25/malaise-chinois-a-belleville] en prennent connaissance. Un blog « Bondis, blog » dont le webmaster, par hasard, s’était trouvé sur les lieux avait toutefois pu en publier quelques photos [http://preemigration.blogspot.com/2010/06/crash-du-vivre-ensemble-en-direct-de.html].
    Lors de l’émission « C dans l’air » du vendredi 25 juin, Alain Finkielkraut a tenté de parler du malaise de ces Chimois de Belleville, très furtivement, l’intérêt de l’incident n’ayant manifestement pas retenu l’attention des autres participants…
    Il est étrange que ces mêmes personnes qui veulent ignorer les graves tensions existant sur le territoire français veuillent donner des leçons à la Thaïlande. À moins que tout cela ne soit sous-tendu d’a priori idéologiques dont les prosélytes ne reculent ni devant le mensonge, ni bien sûr devant une diffusion très sélective de l’information.
    Face aux mensonges et à toute cette mauvaise foi concertée, un article comme celui-ci ne peut qu’être salutaire, tout simplement par son objectivité.

  3. a enzodebdx: La centaine de morts parmi les manifestants ? ou tueurs professionnels ? Il faut bien différencier car dans cet manifestation etait organise et financer par Thaksin (Squared face) Je ne compte pas qu’ils sont la comme les manifestants surtout avec des armes et la violence bien provoque par ces leader de Rouge. Ouvrir les yeux, mon dieu.

  4. Merci pour ce nouvel article après « La Thaïlande, démocratie ou dictature ? ». Espérons voir souvent sur ce blog la signature de Denys Tellier. Je suis aussi parmi ceux qui aimeraient mieux connaître Denys Tellier. Pourquoi pas une petite présentation ?
    Que quelques « bobos » viennent laborieusement manifester leur soutien idéologique aux Rouges, la pauvreté de leur argumentation rabâchant les mêmes thèmes éculés ne fait que mieux éclairer la justesse et la finesse des analyses de Denys Tellier…

  5. Je n’ai jamais compris pourquoi les militaires ne s’étaient pas entourés d’une équipe d’économistes brillants venus de la société civile comme avait su le faire le général Pinochet en son temps au Chili avec les amis de Milton Friedman et de l’école de Chicago

  6. Les propos tenu dans cet article comme dans le précédent de M TELLIER sont intolérables…Comment expliquer vous, M tellier, la centaine de morts parmi les manifestants, la plupart exécutés par des tirs de snippers…? Combien de morts parmi l’armée? Votre raisonnement selon lequel des commandos habillés de noirs et fortement armés ne tient pas!!! Vous avez une étonnante vision de la démocratie quand vous défendez un gouvernement qui réprime violemment une contestation et accède au pouvoir par le jeu de trahisons. Ce gouvernement n’est pas issu d’un suffrage direct et n’a aucune légitimité!!! Vous parlez de croissance économique mais qui profite de cette croissance? Les disparités sont énormes!!! Je ne vous rejoins que sur l’education problématique en thailande qui empeche toute formation d’esprits critiques… Je suis déçu que ce site vous donne tant d’importance ces derniers temps.

  7. Je pense également que Abhisit est une chance pour la Thaïlande, encore faut-il qu’il mette en pratique ses paroles d’ouverture envers les rouges et qu’il écoute vraiment les légitimes revendications des laissés pour compte. Faire le ménage est indispensable : la constitution doit effectivement être réformée, ainsi que les comptes rendus aussi bien chez les rouges que les JAUNES.
    Et qu’il ait les c* de s’affirmer en homme d’Etat (et non business man…) et ne se laisse pas marcher sur les pieds par les multiples requins avides qui tournent autour. Rien n’est moins sûr, en particulier vu ce qui peut se passer dans les coulisses du palais… Marre des intrigues, des luttes d’influence, des retournements de veste des politiciens de tous bords, la Thaïlande est trop connue pour sa tradition du clientélisme, aujourd’hui le moment est venu pour montrer un minimum de RIGUEUR et d’INTEGRITE dans la gestion du pays.
    Il a passé un énorme baptême du feu et est toujours là. Je lui souhaite de tout coeur bonne chance et réussite pour réconcilier le pays et le faire grandir, les Thaïlandais méritent bien ça!

    @Richard, « les jaunes qui ont fait *PIRE* en fermant les deux aéroports internationales »
    Soit c’est de la mauvaise foi soit vous n’êtes pas au courant des multiples immeubles mis à feu, des utilisations d’armes de guerre par les rouges, des charges d’explosifs découvertes sur des citernes de kérosene des aéroports ou sur les lignes HT alimentant BKK, ou sur les vols d’armes dans les casernes, et j’en passe. Dans ce cas il est grand temps que vous même actualisiez vos ‘références’.
    Autant je condamne totalement ces pitoyables actions des jaunes, autant écrire « PIRE » est franchement malhonnête.

  8. très bonne analyse mais en sens unique, à aucun moment vous ne parlez des « Jaunes »qui les premier ont déstabilisé un gouvernement démocratiquement élu, après les occupations des deux aéroports et plusieurs mois d’occupation du terrain (siège du gouvernement et autres). Le seul souhait pour ce pays c’est une reconciliation des différentes composantes qui passe d’abord par une justice égalitaire ( sans m. Taksin). Je pense que M Abhisit peut réussir a réunifier ce pays, si on lui laisse les coudées franches (attention aux extremistes d’horizons divers tapis dans l’ombre) et je lui souhaite bon courage.

  9. Vos références s’il vous plait, indiquez nous les. Vous semblez dire n’importe quoi. Pourriez vous pour un semblant d’impartialité faire l’analyse des gilets jaunes qui ont fait pire en fermant les deux aéroports internationales. Là pas de problème d’après vous ?

  10. En fait les tentatives de consultations ont sombré car il n’y avait en effet aucune volonté de négociations juste une question de ne pas ‘perdre la face’ face a tous ceux qui s’étaient mobilisé des campagnes pour tenter leur chance.
    Ils ont en fait servi de bouclier. Un front démocratique qui n’est démocratique que dans le nom! Mais qui se remplit les poches de manières assez soupçonneuse.
    Bravo!

  11. Félicitations pour cet article qui tranche sur la « soupe » pro-révolutionnaire qui nous est trop souvent servie !

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