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Lèse-majesté: l’idiosyncrasie thaïlandaise

10 ans de prison : c’est une condamnation de plus qui vient s’ajouter à la sinistre litanie égrenée sans relâche par la justice thaïlandaise, en vertu de l’article 112 du code pénal qui protège la famille royale, et dont l’application très stricte entraine une condamnation croissante de la communauté internationale.

10 ans de prison : c’est une condamnation de plus qui vient s’ajouter à la sinistre litanie égrenée sans relâche par la justice thaïlandaise, en vertu de l’article 112 du code pénal qui protège la famille royale, et dont l’application très stricte entraine une condamnation croissante de la communauté internationale.

L’ex rédacteur en chef du magazine bimensuel Voice of Thaksin, Somyot Prueksakasemsuk, a été condamné par la Cour pénale de Bangkok, le 23 janvier 2013 à 10 ans de prison.

Le journaliste a été reconnu coupable de “lèse-majesté » pour avoir publié en 2010 deux articles, dont il n’est pas l’auteur, jugés diffamatoires envers le roi et la monarchie ayant enfreint l’article 112 du code pénal thaïlandais, qui stipule que « celui qui diffame, insulte ou menace le roi, la reine, l’héritier au trône, ou le régent, encourt une peine de prison de trois à quinze ans ».

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En Thaïlande l’image du roi est partout, et elle bénéficie aussi de la protection de la loi sur la Lèse-majesté.

Maintes fois critiquées par les ONG de défense de la liberté d’expression et même par l’ONU, la loi liberticide a résisté à tous les changements gouvernementaux qu’a connu récemment la Thaïlande, et continue d’être appliquée très sévèrement par la justice. L’article 112 a été utilisée pour aboutir à des condamnations absurdes (comme celle de 20 ans de prison pour de simples SMS), autant que pour réduire au silence des médias hostiles au gouvernement.

La Thaïlande condamnée

Depuis l’annonce du jugement, les réactions indignées et les condamnations pleuvent sur la Thaïlande: l’ONU, l’Union Européenne, Amnesty International, Human Rights Watch et Reporters sans frontières ont ouvert une liste qui ne cesse de s’allonger.

La Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme a exprimé mercredi sa vive préoccupation devant la condamnation excessivement sévère d’un éditeur et militant de premier plan en Thaïlande. Navi Pillay estime qu’il s’agit d’un sérieux revers pour la protection et la promotion des droits de l’homme dans ce pays.

« Cette condamnation d’une sévérité extrême est mauvais signe pour la liberté d’expression en Thaïlande. Elle est la plus récente indication, dans ce pays, d’une tendance inquiétante au recours aux accusations de lèse-majesté à des fins politiques », a dénoncé Mme Pillay dans un communiqué de presse.

La Haut Commissaire a également critiqué la durée de la détention provisoire de M. Somyot, dont la mise en liberté sous caution a été refusée pas moins de 12 fois.

« Je suis perturbée par le fait que la liberté sous caution a été refusée à M. Somyot et qu’il a été présenté au tribunal à plusieurs reprises avec des fers aux pieds tel un dangereux criminel », a indiqué Mme Pillay.

Cette condamnation n’est ni plus ni moins qu’une manœuvre politique pour faire taire une voix critique à l’encontre du gouvernement. Le fait que la plainte concernant les articles ’diffamatoires’ n’ait été déposée que plusieurs mois après l’arrestation de Somyot Prueksakasemsuk, est la preuve même que le pouvoir voulait sa tête et qu’il lui manquait juste un prétexte pour l’emprisonner », a déclaré Reporters sans frontières.

« Nous exigeons l’annulation de cette condamnation et la remise en liberté immédiate de Somyot Prueksakasemsuk. Nous appelons l’ensemble de la communauté internationale à réagir face à ce jugement qui constitue une attaque directe contre la liberté de la presse en Thaïlande. La loi sur la lèse-majesté et son article 112 du code pénal doivent être abrogées », a ajouté l’organisation.

Militant du Front uni pour la démocratie contre la dictature (UDD), Somyot Prueksakasemsuk avait été arrêté dans la province de Sa Kaeo (est), le 30 avril 2011, deux jours après avoir participé au lancement d’une campagne de collecte de 10 000 signatures pour appeler au retrait de la lèse-majesté du code pénal thaï. Il lui a plus tard été reproché de refuser de révéler la véritable identité de Jitra Polchan, auteur des deux articles parus dans Voice of Thaksin et considérés comme diffamatoires à l’égard du roi.

Un sérieux coup à la liberté d’expression en Thaïlande

La condamnation à 10 années d’emprisonnement d’un défenseur des droits humains qui avait publié deux articles considérés comme insultants vis-à-vis de la monarchie porte un sérieux coup à la liberté d’expression en Thaïlande, a déclaré Amnesty International.

« Cette décision marque une régression, a déclaré Isabelle Arradon, directrice adjointe du programme Asie-Pacifique d’Amnesty International. Somyot Prueksakasemsuk a été condamné uniquement parce qu’il avait exercé, pourtant pacifiquement, son droit à la liberté d’expression. Il doit être remis en liberté immédiatement.

Les autorités thaïlandaises ont recours de plus en plus fréquemment depuis plusieurs années à des inculpations pénales, notamment au titre des dispositions sur le crime de lèse-majesté, pour réduire au silence les voix dissidentes, même lorsqu’elles s’expriment pacifiquement. Des personnes sont emprisonnées uniquement parce qu’elles ont exprimé leur opinion »

La loi ne fait plus l’unanimité, même en Thaïlande où le roi bénéficie pourtant d’une grande popularité: dans un éditorial, le Bangkok Post écrit:

«Il est temps de regarder de plus près nos lois sur le lèse majesté. La loi doit être révisée et mise à jour pour être adaptée à notre époque comme les autres lois. La loi actuelle permet à n’importe qui de signaler à la police une accusation de lèse majesté, et elle est souvent utilisée pour nuire à l’accusé plutôt que pour protéger la monarchie.»

Comble de l’absurdité: on ne sait jamais vraiment ce que contiennent les sites ou messages à l’origine des poursuites. Les messages ne sont jamais publiés nulle part pour ne pas risquer de reproduire le délit de lèse-majesté.

Il existe ainsi en Thaïlande une ligne rouge à ne pas franchir, mais personne ne sait exactement où elle se situe. En théorie, la monarchie n’ a plus aucun pouvoir en Thaïlande depuis 1932. En pratique les choses sont un peu plus compliquées, mais évoquer le sujet de manière trop explicite est fortement déconseillé. Dans les médias thaïlandais, et étrangers présents en Thaïlande, l’auto censure est de règle sur les sujets qui concernent la monarchie.

 

Olivier Languepin

Par Olivier Languepin

Journaliste basé à Bangkok depuis 2006. Rédacteur en chef de thailande-fr.com.

3 réponses sur « Lèse-majesté: l’idiosyncrasie thaïlandaise »

« l’ONU, l’Union Européenne, Amnesty International, Human Rights Watch et Reporters sans frontières »

Quand on a ce genre d’associations de malfaiteurs sur le dos, normalement c’est qu’on est plutôt sur la bonne voie.
Dans le cas présent malheureusement la loi thaïlandaise est en effet beaucoup trop dure. Mais se faire donner des leçons par des gens qui lancent des guerres injustes, et font la promotion de certains pays clairement fascistes, c’est vraiment l’hôpital qui se fout de la charité… c’est le monde moderne, celui qui porte le flingue a tous les droits, y compris et surtout les plus absurdes. Et c’est valable a tous les niveaux.

Les dirigeants de ce pays veulent maintenir par la peur et l’oppression le peuple dans un système féodal révolu depuis des siècles.

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