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Internet en Thaïlande : entre insécurité et censure

La Thaïlande est un pays qui a accumulé un retard important en ce qui concerne l’Internet: le taux de pénétration du haut débit est faible, la 3G inexistante, la sécurité défaillante et la censure omniprésente.

La Thaïlande est un pays qui a accumulé un retard important en ce qui concerne l’Internet: le taux de pénétration du haut débit est faible, la 3G inexistante, la sécurité défaillante et la censure omniprésente.

Pas besoin d’être polytechnicien pour s’en rendre compte:  en Thaïlande l’internet est lent, parfois très lent ou tout simplement inexistant ….En dehors de Bangkok et des grandes villes, peu de gens ont accès au haut débit.

Un handicap important pour la Thaïlande

Ce retard se traduit par des handicaps importants pour le pays : en terme de sécurité la Thaïlande occupe la troisième place sur la liste des pays les plus infectés par des virus ou des malwares informatique. Un  utilisateur qui surfe sur le Web en Thaïlande, a une chance sur cinq de rencontrer des logiciels malveillants selon le cabinet d’étude Sophos.

Pour lutter contre la criminalité informatique, le 18 juillet 2007 est adopté le Computer Crime Act, dont le but principal est de réprimer les délits informatique et sur internet (phishing, hacking etc…). Mais cette loi comporte également un volet plus sensible qui porte sur le contrôle de l’information diffusée sur Internet.

Selon Ann Lavin directrice des politiques publiques et des relations avec le gouvernement chez Google, il faudrait réadapter la loi sur les crimes informatiques.

« Cette loi devrait punir ceux qui piratent les sites internet ou les comptes en banque et non ceux qui expriment leurs idées en ligne. La responsabilité pénale, en particulier l’article 15,  qu’elle implique pour les webmasters et un frein pour , l’innovation en Thaïlande, et elle éloigne aussi les investisseurs».

Google a par exemple renoncé à développer certains de ses produits en Thaïlande, pour ne pas risquer de s’exposer aux sanctions prévues par l’article 15 de la loi de 2007.

Ann Lavin cite également l’exemple de YouTube :

« Les Thaïlandais adorent YouTube. Il existe des versions localisées de YouTube dans plus de 50 pays dont l’Inde,  Singapour, aux Philippines,  Indonésie et en Malaisie, mais pas en Thaïlande. Google ne veut pas prendre les risque des possibles sanctions qu’implique la loi de 2007 pour un simple diffuseur ».

Plus de 80.000 sites bloqués depuis 2007

Pour certains, cette loi protège les internautes des crimes informatiques alors que pour d’autres, elle sert surtout à bloquer les sites dont le contenu dérange le gouvernement. De fait depuis l’adoption de loi, plus de 80.000 sites ont été censuré par la police thaïlandaise.

Depuis l’adoption de la loi en 2007, plus de 80.000 sites ont été censurés par la police thaïlandaise.

Cette loi a pourtant pour but original de sanctionner les activités illégales du net telles que les données obscènes, les adresses piratés, les fausses données pouvant porter préjudice à une personne, à la sécurité publique et/ou nationale ou encore des activités liées au terrorisme.

Ann Lavin, affirme que

« 1% des sites web seulement sont en langue thaïlandaise. Pourtant, étant donné la taille du pays, on pourrait s’imaginer qu’il y en aurait beaucoup plus. Mais les Thaïlandais ont peur de s’aventurer sur le marché d’internet. Les internautes et les webmasters sont paralysés par le fait de ne pas connaître ou même bien comprendre la loi. C’est dommage car les sites internet dépensent de l’argent dans la sécurité et dans des avocats alors qu’ils pourraient à la place se développer d’avantage et augmenter leur fréquentation ».

Un impact négatif sur la liberté d’expression

Cette loi a donc un impact significatif sur la liberté d’expression depuis son entrée en vigueur. Or, la liberté d’expression s’applique également sur internet et tout autre moyen de communication. L’article 45 de la Constitution Thaïlandaise sur la liberté d’expression de l’individu et du média stipule qu’ « une personne jouit de la liberté d’exprimer son opinion, de faire des discours, d’écrire, d’imprimer, de publier, ou de s’exprimer par d’autres moyens ».

La loi sur la liberté d’expression a également ses responsabilités et ses limites puisqu’il faut tout de même respecter les droits et la réputation de chacun, ainsi que protéger l’ordre public et la sécurité nationale.

Mais l’article 15 de cette loi étend la responsabilité pénale aux fournisseurs internet et légalise la censure. De juillet 2007 à décembre 2011, 81 000 urls ont été fermé. 31 % pour diffamation, 12 % pour lèse majesté (insulte envers a famille royale), et 10 % pour fraude.

Le crime de lèse-majesté sévèrement punit par la loi

Il arrive également que l’application de la loi de 2007 se combine avec celle de loi sur le lèse-majesté, qui peut entrainer des condamnations encore plus lourdes: jusqu’à 15 années de prison. Là encore c’est l’incertitude et l’opacité qui règne: personne ne sait exactement où commence et où s’arrête le délit de lèse majesté. Certaines personnes ont été arrêtées pour avoir simplement écrit des commentaires sur le rôle de la monarchie dans la politique thaïlandaise. Les propos reprochés aux accusés ne sont jamais publiés, puisque cela reviendrait à enfreindre la loi…

Chiranuch PremChaiporn
Chiranuch PremChaiporn

Dès lors le risque pour les responsables de publication sur Internet est considérable: un simple commentaire suffit à faire envoyer un webmaster en prison. Chiranuch PremChaiporn l’a bien compris, cette directrice de publication de 44 ans du site thaïlandais d’informations Prachatai.com est accusée d’avoir tardé à retirer de son site Internet des commentaires d’internautes perçus comme des critiques de la monarchie.

Chiranuch a déjà payé 300 000 bahts de caution (7545 €) et est actuellement en attente de son verdict final. Elle risque 8 ans de prison mais reste positive quand à son avenir dans une interview pour le magazine ELLE

« Je suis plutôt optimiste et confiante et je ne regrette pas ma décision de me battre pour établir mon innocence. Les preuves apportées par le procureur sont inexistantes. (…) Je pense donc que je vais être relaxée, comme le sont en Amérique du nord ou en Europe les responsables de site web en pareille situation ».

Plusieurs autres cas de lèse-majesté sont recensés, tel que celui de Katha Pajariyapong, 39 ans, arrêtée en 2009 et condamnée à 4 ans de prison ferme pour avoir posté deux messages en ligne pouvant porter atteinte à la sécurité nationale.

Selon Sawatri Suksri, chercheur à la Faculté de Droit de Thammasart University, les critiques de la monarchie sur le web étaient en hausse de janvier à avril 2010 et de juillet à octobre 2010, principalement à cause de la crise politique en cours.

La Thaïlande figure à la 137e place sur 179 pays dans le classement mondial 2011-2012 de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières, et fait partie des pays sous surveillance dans la liste des “Ennemis d’Internet”.

Lire aussi Lèse-majesté : un internaute thaïlandais acquitté faute de preuves – Actu, médias – thailande-fr

  • je ne comprend pas votre article
    j’ai un abonnement avec DTAC et j’ai une connection ultra rapide 3G
    Puce telephonique dans une cle usb
    je paie 1000 baths par mois et je suis super content
    Vraiment du tres rapide
    jean

  • Bonjour Jean,
    Je ne vois pas le rapport d’avoir un haut débit a 1000 baths par mois et la censure,
    et dites moi comment une personne qui gagne 150 baths/jour peut se permettre de travailler 6 jours 1/2 par mois pour une connexion que seul les étrangers et les gens nantis de ce pays peuvent s’offrir, car le but du jeu est tout de même que tout le monde puisse en profiter, même si l’usage que certains en font frise le ridicule. Et pas seulement en Thaïlande.
    Question subsidiaire, ou habitez vous ?
    Meilleures salutations