En apparence rien n’a changé en Asie du Sud-Est: l’armée prend le pouvoir en Birmanie pour se débarrasser d’un gouvernement démocratique, la Thaïlande est gouvernée par un général élu après avoir réussi un coup d’État militaire en 2014.

Une décennie perdue pour la démocratie

Pourtant la situation actuelle contraste singulièrement avec celle de la région il y a dix ans.

En 2011 le règne de la junte birmane est sur le point de s’achever grâce aux réformes audacieuses initiées par l’ex-général et président Thein Sein.

La junte est officiellement dissoute au mois de mars et le nouveau président rencontre Aung San Suu Kyi dans la nouvelle capitale Naypyidaw: tous les espoirs sont alors permis.

Mais aujourd’hui l’ambiance est tout autre: le coup d’État militaire contre le gouvernement civil dirigé par Aung San Suu Kyi qui a eu lieu au Myanmar le 1er février est un cruel retour en arrière de 10 ans.

La même annéé en 2011 aux Philippines, Benigno Aquino III, fils de deux icônes de la démocratie, achevait sa première année de mandat présidentiel après une campagne victorieuse contre son prédécesseur criblé de scandales Joseph Estrada.

Aujourd’hui, le pays est dirigé par un homme fort, Rodrigo Duterte: bien qu’ayant conservé une apparence démocratique le pays a basculé dans un régime répressif avec des méthodes expéditives.

Toujours en 2011, Yingluck Shinawatra remportait une victoire électorale écrasante en Thaïlande, ramenant au pouvoir le mouvement populiste fondé par son frère Thaksin.

Un retour à la démocratie sous forme de désaveux cinglant pour les militaires responsables du coup d’Etat de 2006 qui avait renversé cinq ans plus tôt le gouvernement de Thaksin Shinawatra.

Mais en 2014 un deuxième coup d’État vient mettre fin au gouvernement de Yingluck Shinawatra élue trois ans plus tôt.

Le général Prayuth qui a dirigé ce coup d’État est aujourd’hui Premier ministre après avoir remporté les élections de 2019 grâce à une constitution rédigée sur mesure par l’armée.

Un sentiment de dérive autocratique

Ce sentiment de dérive autocratique dans la région est confirmé par des données concrètes.

L’indice de démocratie de l’Economist Intelligence Unit (EIU) publié la semaine dernière a montré que peu de progrès avaient été réalisés dans cette région tentaculaire de plus de 600 millions de personnes.

Plusieurs pays, dont la Thaïlande qui recule à la 73e place, ont régressé, sous la coupe de gouvernements qui ont profité de la pandémie de Covid-19 pour restreindre un peu plus les libertés civiles au nom de la santé publique.

Un communiqué publié la semaine dernière par un groupe de rapporteurs spéciaux des Nations Unies sur les droits de l’homme a exprimé sa préoccupation face à l’application de plus en plus fréquente de la loi sur la lèse-majesté en Thaïlande.

58 personnes, en majorité de jeunes opposants qui ont participé aux récentes manifestations sont actuellement poursuivis en vertu de cette loi particulièrement sévère qui prévoit jusqu’à 15 ans d’emprisonnent.

«Nous avons souligné à plusieurs reprises que les lois sur la lèse-majesté n’ont pas leur place dans un pays démocratique», ont déclaré les experts de l’ONU dans leur communiqué. «Leur application de plus en plus sévère a eu pour effet de paralyser la liberté d’expression et de restreindre davantage l’espace civique et l’exercice des libertés fondamentales en Thaïlande.»

Actuellement quatre leaders des manifestations – Arnon Nampa, Somyot Prueksakasemsuk, Parit «Penguin» Chiwarak et Patiwat «Bank» Saraiyam – sont emprisonnés et accusés de diffamation royale pour avoir organisé une manifestation nocturne à Sanam Luang le week-end des 19 et 20 septembre 2020.

Pour leurs appels à des réformes pour rendre la monarchie plus responsable, ils ont été placés en détention provisoire dans une prison de Bangkok depuis 14 jours. Leur détention provisoire peut durer jusqu’à 84 jours.

Olivier Languepin

Journaliste basé à Bangkok depuis 2006. Rédacteur en chef de thailande-fr.com.

2 replies on “L’inquiétante dérive autocratique de l’Asie du Sud-Est”

    1. La Thaïlande est gouvernée magistralement
      Pas de problème d’immigration et intégrité nationale ..
      La loi du commerce international contraint à la fréquentation chinoise et toute la zone Pacifique est concernée avec les Pays de l’Asean.
      La « démocratie » est différente selon les ethnies et les pays, c’est une philosophie humaniste qui marque ses limites d’adaptation au milieu et aux époques. Chacun sa démocratie….

Comments are closed.