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Nouvelle Guerre Froide dans les médias

Une guerre de l’information a éclaté sur la planète, entre ceux qui considèrent la libre circulation de l’information et la capacité à y accéder comme un droit humain fondamental, et ceux qui estiment que le contrôle officiel de l’information est une prérogative souveraine fondamentale. De ce point de vue, la Thaïlande appartient plutôt au deuxième groupe

Une guerre de l’information a éclaté sur la planète. Les lignes de bataille sont tracées entre les gouvernements qui considèrent la libre circulation de l’information et la capacité à y accéder comme un droit humain fondamental, et ceux qui estiment que le contrôle officiel de l’information est une prérogative souveraine fondamentale.

De ce point de vue, la Thaïlande appartient plutôt au deuxième groupe: celui qui estime que le contrôle de l’information est une prérogative du gouvernement.

La Thaïlande ne brille pas particulièrement en ce qui concerne la liberté de la presse: le royaume est toujours parmi les pays sous surveillance de RSF, à la 137e place, à peine mieux que les Philippines (140e) mais encore devant la Birmanie (169e) ou le Vietnam (172) qui reste la lanterne rouge de la région Asie. Lire aussi Liberté de la presse: la Thaïlande reste sous surveillance – médias – thailande-fr.com

Le sociologue Philip N. Howard a récemment utilisé le terme « nouvelle guerre froide » pour décrire « les batailles entre médias traditionnels et réseaux de médias sociaux dont les approches en matière de production de l’information, de propriété et de censure sont très différentes. »

Les médias sociaux peuvent confier la veille des actes et des méfaits des gouvernements à quiconque possède un téléphone portable. En Thaïlande, le bouton Like peut vous envoyer en prison pour 15 ans.

Parce que cette industrie traditionnelle de l’information requière des fonds conséquents, elle est plus centralisée – et donc d’autant plus sujette au contrôle des états.

Les médias sociaux, par contre, peuvent confier la veille des actes et des méfaits des gouvernements à quiconque possède un téléphone portable, et il est difficile de les mettre sous silence à moins de fermer internet dans son entier.

Etudiant les conflits entre médias traditionnels et médias sociaux en Russie, en Syrie, et en Arabie Saoudite, Howard conclue que, malgré des différences dans leurs cultures médiatiques, ces trois gouvernements soutiennent fortement les médias contrôlés par l’état.

En 2011, la Thaïlande a bloqué 10.000 pages Facebook accusées d’enfreindre la loi sur le lèse-majesté.

Lire aussi Twitter se met au service des censeurs thaïlandais – médias – thailande-fr.com

Ces luttes inter-médiatiques sont intéressantes et importantes, car comme le déclare Howard, le mode de circulation de l’information reflète en effet une conception particulière de l’organisation d’une société ou d’un régime politique.

Une « nouvelle guerre froide » ? Celle qui oppose les médias traditionnels et les réseaux de médias sociaux comme Facebook ou Twitter

Mais une différence encore plus profonde concerne la question fondamentale de savoir qui détient l’information en premier lieu.

En janvier 2010, la secrétaire d’état américaine Hillary Clinton déclarait que les Etats-Unis « défendent un internet unique, permettant à l’ensemble de l’humanité un égal accès à l’information et aux idées. »

Elle a rattaché cette position non seulement au premier amendement de la constitution américaine, qui garantit la liberté d’expression et la liberté de la presse, mais aussi à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, qui stipule que tous les peuples ont le droit « de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit. »

La détermination de nombreux gouvernements à « ériger des barrières électroniques » pour bloquer l’accès de leurs citoyens aux ressources d’internet, a-t-elle ajouté, signifie « qu’un nouveau rideau de l’information est en train de s’abattre sur le monde. »

 15 ans de prison pour un « like » sur Facebook ?

Le ministre de la technologie et des communications thaïlandais, Anudith Nakornthap, a déclaré que si des utilisateurs « partagent » ou « like » des articles sur Facebook qui sont considérés comme insultant pour la famille royale thaïlandaise, ils pourraient encourir des peines allant de trois à 15 ans de prison – comme prévu dans le Computer Crimes Act.

Selon le Rapport de situation sur le « contrôle et la censure des médias en ligne », entre 2007 et 2010, sous le régime du gouvernement démocrate, le Ministère  de la technologie et des communications (ICT) a bloqué près de 75.000 sites web, en majorité pour des raisons de lèse-majesté, le reste pour contenu pornographique.

Lire aussi Lèse majesté: l’exception thaïlandaise – médias, société – thailande-fr.com

Le président Russe Vladimir Poutine ne fait pas mystère de son vœu de voir l’ITU « établir un contrôle international » sur l’internet, et donc de substituer les conditions en vigueur actuellement, qui laissent la gouvernance d’internet entre les mains d’organismes privés comme la Société d’attribution des noms de domaine et des numéros sur Internet (ICANN) et la Internet Engineering Task Force..

Sur le terrain, les gouvernements se limitent encore souvent à principalement bloquer l’information sur leurs actions.

L’une des premières décisions prise par le gouvernement syrien lorsqu’il a réprimé les manifestations, par exemple, a été d’expulser les journalistes étrangers.

Il y a deux semaines, Ausama Monajed, consultant syrien en communication stratégique qui envoie un flux régulier d’informations et de liens vers les activités d’opposition en Syrie, a soudainement commencé à transmettre une propagande pro-gouvernementale.

L’accès à l’information des citoyens est un outil essentiel pour rendre les gouvernements responsables de leurs actes. Les efforts gouvernementaux pour manipuler ou bloquer l’information devraient être considérés un abus de pouvoir – un abus visant à masquer de nombreux autres abus.

Traduit de l’anglais par Frédérique Destribats

Anne-Marie Slaughter, ancienne directrice de la planification politique au Département d’état américain (2009-2011), est professeur en sciences politiques et affaires internationales à l’Université Princeton. Copyright: Project Syndicate, 2012.

1 réponse sur « Nouvelle Guerre Froide dans les médias »

Article assez démagogique.

Il est certain que le crime de lèse majesté fait un peu tâche, surtout par la disproportion des condamnations, mais allez vous essuyer le postérieur avec un drapeau Français et vous verrez ce qu’il en coute., chacun défend ses symboles.

Après si c’est pour échanger la lèse majesté contre un « printemps arabe », non merci, la lèse majesté fait moins de morts.

Pour ce qui est de l’avis de Hillary Clinton (docteur en hypocrisie occidentale comme chacun sait), elle ferait mieux de lutter contre les assassinats ciblés, la torture et la mise au secret largement pratiquée par les services américains sur leur opposants.

Je ne relèverai pas toutes les « imprécisions » sur la situation en Syrie, mais je ne crois pas que les syriens aient jamais mis les journalistes à la porte, il y en a d’ailleurs encore un certain nombre dans le pays.

Les occidentaux ne veulent pas couvrir ce conflit parce qu’ils s’en remettent exclusivement aux membres de « l’armée syrienne libre » et de « l’observation syrien des droits de l’homme » pour fournir les informations (aucun rapport avec la ligue internationale des droits de l’homme qui elle même n’est pas toujours très claire).

Allez savoir pourquoi ^^

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