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Quitter la France, hier un choix, demain une nécessité ?

Jusqu’à présent la décision de s’expatrier relevait d’un choix de vie ou de carrière personnel. Les facteurs qui poussent un certain nombre de personnes à quitter la France sont en général un assemblage de plusieurs éléments: d’abord un moment de sa vie où l’on ressent le besoin d’un changement. Mais ce choix n’est-il pas en train de devenir une nécessité pour une fraction croissante des expatriés, dont le nombre ne cesse d’augmenter?

Jusqu’à présent la décision de s’expatrier relevait d’un choix de vie ou de carrière personnel. Les facteurs qui poussent un certain nombre de personnes à quitter la France sont en général un assemblage de plusieurs éléments: d’abord un moment de sa vie où l’on ressent le besoin d’un changement. Ensuite il faut cultiver une ouverture d’esprit vers d’autres pays et d’autres cultures et bien entendu, avoir préalablement voyagé dans un pays avec lequel on ressent des affinités.

Mais ce choix n’est-il pas en train de devenir une nécessité pour une fraction croissante des expatriés, dont le nombre ne cesse d’augmenter?

Comme tous les autres pays d’Europe, la France subit les effet de la crise financière et de la dette souveraine européenne, mais ce qui frappe vu de l’extérieur c’est son immobilisme et l’absence total de débat sur le sujet.

S’en sortir une fois de plus en augmentant les impôts ?

Les Français considèrent bizarrement la tragédie grecque comme une espèce de spectacle lointain qui ne les concernent pas, alors que d’ici fin 2013, la France risque de se retrouver exactement dans la même situation, c’est à dire incapable de faire face à ses engagements.

La rhétorique des candidats à l’élection présidentielle laisse entendre que la France n’a pas besoin de changer ses petites habitudes, et qu’une fois de plus elle s’en sortira avec un petit coup de CSG, CRDS etc… en plus, ou encore une tranche supplémentaire d’impôt sur les revenus (ou sur les successions), ou un petit coup de TVA pour remplir les caisses.

Dette publique et deficit en France depuis 20 ans
Comme on peut le constater sur ce graphique, la dette et le déficit public ont constamment augmenté depuis 20 ans, aussi bien sous les majorités de gauche que de droite. Pour qui voter pour arrêter le massacre ? Voter avec les pieds est-il devenu la seule alternative pour se faire entendre sans se faire tondre ?

Mais la sensation dérangeante que l’économie française a perdu son dynamisme et sa compétitivité, qu’elle ne crée plus d’emploi depuis 30 ans, qu’elle est dirigée par des fonctionnaires, pour des fonctionnaires au service des fonctionnaires, n’apparaît nulle part.

En un an, la communauté française de Thaïlande a augmenté ses effectifs de près de 5% : au 31 décembre 2010, 9 297 Français étaient inscrits au Registre tenu par l’Ambassade (on estime entre 4 et 5.000 le nombre de non-inscrits) : 52% d’entre eux habitent à Bangkok, tandis que les régions de Pattaya, Phuket, Chiang Mai et Koh Samui accueillent, respectivement 11 %, 9 %, 8% et 4% du total des inscrits. Lire aussi L’expatrié, invité surprise de la campagne électorale – thailande-fr.com

Il y a bien sur pas mal de retraités, mais aussi un nombre croissant d’actifs, professions libérales ou patrons de PME, qui ont en marre « de travailler huit mois par an pour les URSSAF et les impôts », et qui sont parti créer des emplois ailleurs.

Euthanasie de la production privée, et paupérisation des Français

La croissance potentielle [en France] se situe désormais au-dessous de 1 % compte tenu de l’euthanasie de la production privée, du retard de l’investissement et de l’innovation provoqué par la chute des profits, de l’effondrement de la compétitivité dont témoignent la diminution des parts de marché mondial de 4,7 à 3,4 % depuis 2000 et un déficit commercial record de 70 milliards d’euros en 2011.

La dette atteindra 90 % du PIB en 2012, seuil à partir duquel elle détruit l’activité et l’emploi. Le chômage touche 10 % de la population active depuis trois décennies.

Le blocage de la croissance et le chômage permanent entraînent la paupérisation des Français, dont le revenu par tête est désormais inférieur à celui de l’Union européenne. La nation se désintègre et ne parvient plus à intégrer ni les jeunes – 20 % d’une classe d’âge étant rejetée chaque année du système éducatif sans formation aucune – ni les immigrés et leurs descendants.

La dégradation financière de la France, loin d’être anecdotique, acte la perte de la maîtrise de son destin par un pays qui se trouve désormais placé sous la tutelle des marchés financiers et de l’Allemagne.

écrit Nicolas Baverez dans le Point

La France sera le centre du prochain drame de la zone euro

Vue de l’étranger la France fait un peu l’effet du beau costard de location que portent les dragueurs de boite de nuits de sous préfecture. Elle est devenue un décor de pacotille, avec son Etat providence qui n’a même pas trois mois de trésorerie dans ses caisses pour verser ses allocations.

La France vit à crédit, et en apparence rien n’a changé, sauf que tout le monde sait que le beau costard est mité de partout. Il se trouve encore quelques minettes pour croire que le mousseux qu’il leur fait boire à le gout de champagne, mais de moins en moins….

Pour la France c’est pareil:  les marchés commencent à regarder notre pays comme il est. Un tapeur invétéré qui refuse de changer quoique ce soit à ses habitudes avant d’avoir touché le fond, ce qui ne saurait tarder.

Nicolas Baverez ne dit pas autre chose

En dépit du faux calme qui a prévalu depuis la dégradation de sa notation financière, le télescopage du mur de la dette se rapproche. La France doit lever 180 milliards d’euros en 2012 et 240 milliards en 2013 sur les marchés, dont 70 % auprès des investisseurs internationaux.

Le ciseau entre l’ascension de la dette publique et la chute de la croissance se poursuit, tandis que le chômage frappe plus de 10 % des actifs. Notre pays est par ailleurs pris en étau entre l’Allemagne d’Angela Merkel, leader de l’Europe du Nord compétitive, et l’Italie de Mario Monti, symbole de l’Europe du Sud qui se réforme.

Les investisseurs, y compris les banques françaises, ont déjà commencé à vendre massivement les titres de la dette française.

Etat providence pour qui ?

L’Etat providence made in France se résume aujourd’hui à une montagne de dettes qu’il faudra beaucoup de temps pour rembourser, à moins de trouver une « solution » à la grecque, c’est à dire un défaut de paiement et une dévaluation massive des emprunts français sur le marché…. De quoi mettre en faillite pas mal de banques, et de compagnie d’assurances qui ont placé massivement dans la dette française, réputée très sure (AAA il y a peu encore…).

Malheureusement, les Français qui sont restés en France et qui ont grosso modo passé leur vie à donner entre 50 et 60% de tous leurs gains à « la France », sous forme de prélèvements sociaux et impôts en tous genres, ne peuvent pas « vendre massivement de la dette française »: ils n’ont pas le choix, ils doivent la garder et faire avec.

Au même titre que les banques qui ont acheté des emprunts d’Etat français,  ils sont scotchés avec une créance qui ne vaudra peut être plus rien dans dix ans: leur futur retraite, leur droit à des soins gratuits etc…

La différence c’est que les banques, elles, peuvent encore vendre leurs « junk bonds » européens (obligations pourries en anglais).

Mais pour ceux qui commencent à cotiser maintenant, le choix se pose en d’autres termes. Quelle obligation ont-ils de jeter leur argent dans un puit sans fond, et d’accepter la résignation d’hommes politiques motivés par leur seule réussite personnelle ?

Ils peuvent encore partir, s’expatrier le plus longtemps possible pour financer eux même leur retraite et leurs dépenses de santé, en tirant un trait sur un pays qui a longtemps servi d’exemple pour le monde occidental, et qui a été enterré vivant par ses élites.

Olivier Languepin

Par Olivier Languepin

Journaliste basé à Bangkok depuis 2006. Rédacteur en chef de thailande-fr.com.

26 réponses sur « Quitter la France, hier un choix, demain une nécessité ? »

Le gros problème de nos dirigeants successifs(nationaux, régionaux et locaux)c’est qu’il n’ont jamais fait comme tout un chacun chez soi.
Personnellement, je compte combien j’ai et je vois ce que je peux faire avec.
Eux, ils décident d’une dépense, l’organisent et la mettent en place … puis réfléchissent ensuite au moyen de financer cette dépense. Inévitablement, cela ce solde par des impots augmentés et de nouvelles taxes.
En clair, ils sont généreux avec l’argent des autres.

Travaillant dans l’administration fiscale, je puis hélas vous confirmer que la plupart d’entre nous pensons que la France est incapable de rembourser sa dette actuelle à euro constant.

Ceci veut dire que nous seront obligés soit de dévaluer l’euro, soit de sortir de l’euro (puis de dévaluer le francs), soit de ne rembourser qu’une partie de la dette.

Le problème ne sera que reporté puisque sans remboursement de la dette, nous sommes déjà en déficit (déficit primaire). Une baisse des dépenses publiques et une augmentation des impôts sera donc nécessaire.

Le problème se pose en termes clairs : qui payera la note ?

Les fonctionnaires et assimilés ?
Les retraités ?
Les actifs cotisants et contribuables (particuliers et entreprises)?
Les épargnants ?

La question n’est pas si (cela se fera), n’est pas quand (le plus tôt sera le mieux) mais qui et avec quelle répartition ?

d’ailleurs les portugais l’ont très bien compris , car ils migrent soit au Brésil ou en Angola, pour les Francophones il y a que le froid québecois. lool

Tellement vrai. On peut recencer les 100 cancers de la France et en faire un programme. Aucun parmi le top 100 n’a été retenu. On a le choix entre énormément plus d’impôts et plus d’impôts (car Sarko nous a bien massacré en 5 ans) donc plus de destruction d’emplois car chômage=f(impôts) passé un certain seuil situé à mon sens à la moitié de ce qu’ils sont today.
Oh oui, que la Thaïlande est douce, sans loi, sans code et tout le monde vie dans une certaine harmonie. Mais çà va pas durer, les prix des premières nécessités explosent et les salaires n’augmentent pas tandis que les profits des intermédiaires grimpent en flèche. Bientôt de gros problèmes si l’état ne fait rien, c’est à dire… augmenter les impôts (Smic, TVA, IS) des catégories pour redistribuer. Dure la mondialisation… des profits.

Volontaire ou subie, la rigueur s’imposera au prochain président de la République. La rigueur passe par la baisse des dépenses publiques et non par la hausse des impôts, qui n’est jamais que la préférence pour la dépense poursuivie par d’autres moyens. Elle s’impose autant pour sauver l’euro que pour rétablir la souveraineté de la France, casser le cycle de son déclin, refonder la nation autour de perspectives d’avenir crédibles. Elle constitue la face cachée de la campagne électorale. Les programmes de retour à l’équilibre pour 2016 ou 2017 sont biaisés par des hypothèses de croissance exagérément optimistes (2 à 2,5 %, contre 1,2 % en moyenne depuis 2000), des hausses d’impôts massives (de 14 à 50 milliards d’euros) qui porteront les recettes publiques au-delà de 50 % du PIB, des promesses de dépenses nouvelles et un flou persistant sur d’éventuelles coupes budgétaires. Quel que soit l’élu, le prochain quinquennat sera celui de la rupture avec l’ère de la croissance à crédit. Le temps des déficits et de l’argent public abondant et bon marché est révolu.

Il faudrait une véritable et profonde réforme de L’Etat
La Suède l’a fait
Le plus simple comparez le nombre de députés et sénateurs entre la France et les Etats Unis ou d’autres pays européens comme la RFA
Nos politiques n’ont pas de courage. Ils devraient expliquer la vraie situation …
En tant que retraité mais ayant vécu 13 années comme expatrié je me pose de plus en plus la question

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