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Économie Thaïlande : les défis qui attendent le nouveau gouvernement

Baisse des exportations, croissance en berne et guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis risquent de compliquer la tâche du futur gouvernement thaïlandais issu des élections du 24 mars.

Alors que les partis politiques continuent de négocier pour former une coalition majoritaire au Parlement, la Thaïlande devrait finalement avoir un nouveau Premier ministre le 5 juin.

Peu importe le camp politique qui réussira à former le nouveau gouvernement, la tâche consistera à relancer l’économie thaïlandaise confrontée à de nombreux défis internes et externes.

La baisse des exportations

Si en 2018 la croissance des exportations était de 7,2%, elle a chuté à 3,6% au premier trimestre de cette année.

La croissance des exportations thaïlandaises, plus faible que prévu, est désormais l’une des principales préoccupations du gouvernement.

Le secteur des exportations a été l’un des principaux moteurs de la croissance économique du pays depuis des décennies, représentant près de 60% du PIB.

Exportation Thaïlande
Si en 2018 la croissance des exportations était de 7,2%, elle a chuté à 3,6% au premier trimestre de cette année.

Mais l’intensification de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine a eu des conséquences néfastes sur les exportations en provenance de Thaïlande, ainsi que sur les fluctuations des prix mondiaux du pétrole et la demande de produits électroniques.

Récemment, la Fédération des industries thaïlandaises a abaissé ses prévisions de croissance des exportations pour 2019 à 1%, par rapport à la prévision initiale de 3 à 5%.

Croissance en berne

Le Conseil national de développement économique et social (NESDC) a annoncé la semaine dernière que le PIB thaïlandais avait progressé de 2,8% au premier trimestre de l’année précédente, son taux le plus faible depuis quatre ans.

Le conseil national de développement économique et social (NESDC) a également revu à la baisse ses perspectives de croissance des exportations thaïlandaises – représentant deux tiers de l’économie et principal moteur de la croissance – de 4,1% à 2,2% pour 2019.

D’autres prévisions sont encore plus pessimistes, comme celles de la BAY (Bank of Ayudhya) qui prévoit que les exportations thaïlandaises vont se contracter de 1 à 1,5% cette année, en baisse par rapport aux prévisions précédentes d’augmentation de 3,5%.

BAY prévoit aussi un ralentissement de la croissance économique pour atteindre au plus 3,2% cette année, au lieu des 3,8% précédemment prévus.

La croissance du PIB en Thaïlande
Infogram

Les facteurs externes d’incertitude

Le nouveau gouvernement risque d’être confronté à des problèmes géopolitiques internationaux susceptibles d’avoir une incidence directe sur les performances économiques de la Thaïlande.

Par exemple, il est possible que la Thaïlande soit ajoutée à la liste de surveillance des États-Unis en matière de manipulation monétaire en raison d’un excédent budgétaire élevé.

Parallèlement, l’interdiction par l’UE de l’huile de palme en provenance d’Asie du Sud-Est par crainte de la déforestation dans la région peut aussi affecter les producteurs d’huile en Thaïlande et déclencher une tension commerciale entre l’UE et l’Asean.

En outre, le nouveau gouvernement thaïlandais devra rattraper son retard dans la conclusion d’accords de libre-échange avec ses principaux partenaires commerciaux et vers des pays tels que l’Union européenne.

L’UE s’est engagée activement dans des négociations de libre-échange avec d’autres pays de l’Asean, notamment le Vietnam, tandis qu’elle a suspendu les négociations avec la Thaïlande depuis le coup d’État du 22 mai 2014.

Si l’UE et le Vietnam peuvent conclure un accord commercial, les exportateurs thaïlandais qui vendent des marchandises similaires à celles proposées par les exportateurs vietnamiens risquent de perdre des positions sur le marché de l’Union européenne.

La faible confiance des consommateurs

La confiance des consommateurs thaïlandais n’a pas totalement été rétablie malgré les élections générales de mars 24. Pire encore, le climat d’incertitude post-électoral sur la composition du gouvernement n’améliore pas le sentiment général des consommateurs.

Le mois dernier, l’indice de confiance des consommateurs thaïlandais était tombé à son plus bas niveau en 16 mois, les Thaïlandais se déclarant inquiets du fait que les élections générales aient peu contribué à corriger la profonde polarisation de la politique thaïlandaise.

L’endettement trop élevé des ménages

Les Thaïlandais aiment bien acheter à crédit, un peu trop même, puisqu’un grand nombre d’entre eux sont endettés auprès de plusieurs banques en même temps pour des prêts à la consommation.

Dette des ménages en Thaïlande et en Asie
La croissance de la dette en 2018, avec un ratio d’endettement des ménages de 78,6% par rapport au PIB, classe la Thaïlande parmi les trois pays d’Asie avec l’endettement des ménages le plus élevé.

Une étude récente de la Banque de Thaïlande (BOT) a révélé que le niveau de la dette des ménages thaïlandais reste en moyenne très élevée, soit 78,6% du PIB, le troisième plus élevé des pays asiatiques.

Ce niveau de dette interne a une incidence directe sur l’expansion économique globale : les ménages endettés ont tendance à réduire la demande intérieure car leur capacité à participer à consommer se trouve réduite par le poids des remboursements.

Olivier Languepin

Par Olivier Languepin

Journaliste basé à Bangkok depuis 2006. Rédacteur en chef de thailande-fr.com.

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