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Le lent naufrage de Bangkok

Les scientifiques sont formels : la capitale de la Thaïlande s’enfonce d’environ trois centimètres par an. A ce train il ne reste que sept à dix ans aux responsables concernés pour réagir et empêcher la ville d’être inondée.

Selon l’agence nationale chargée de fournir des images satellite permettant d’évaluer l’ampleur de certaines catastrophes naturelles, le problème de Bangkok pourrait être encore plus grave que ce que le gouvernement pensait. Avec plus de 10 millions d’habitants et une industrie en pleine croissance, à l’heure qu’il est la ville pourrait bel et bien être en train de couler plus vite et ce, depuis plusieurs années maintenant, sans que le gouvernement ne s’en inquiète réellement. Selon les experts, une solution doit être trouvée au plus vite, soit dans les dix prochaines années à venir.

Selon un rapport de l’OCDE publié en 2007, Bangkok figure aux cotés de Guangzhou (Canton), New York, Kolkata (Calcutta), Shanghai, Mumbai (Bombay), Tianjin, Tokyo, et Hong Kong parmi les villes les plus exposées aux conséquences des changements climatiques. A Bangkok, le problème risque de devenir critique du fait que la ville construite sur une zone marécageuse s’enfonce vers le bas, tandis que le niveau des océans monte sous l’effet des changements climatiques.

Un constat préoccupant

Selon le rapport du Dr Anond Sanitwong, directeur de la GISTDA, l’Agence de développement des technologies spatiales et géo-informatiques,

« les bâtiments, le sol ainsi que l’argile se sont déjà enfoncés de près de 20 millimètres jusqu’à aujourd’hui. Cela signifie que le taux d’affaissement de la terre est d’environ trois centimètres ou 30 millimètres au moins par an. C’est rapide. Beaucoup plus rapide que nous le pensions ».

D’autant plus que Bangkok arbore encore les vestiges des dégâts causés par les inondations de 2011, ce qui n’arrange rien à la situation. « Quelques milliers d’années auparavant, Bangkok était ce que l’on appelle une terre d’eau », explique Sanitwong, « la ville en elle-même n’existe que depuis 230 années et ce, grâce à des changements climatiques historiques ». Bangkok serait donc une ville particulièrement sensible à toute modification du climat et, à l’heure actuelle, sérieusement menacée par la montée des eaux.

Le scientifique Art-Ong Jumsai, ancien vice-ministre des Affaires étrangères et actuellement directeur de l’Institut pour l’Éducation Sathya Sai, a pourtant cherché à interpeller chacun des gouvernements thaïlandais successifs  quant à ce problème environnement qui perdure depuis déjà trop longtemps.

« Personne n’a su prendre les devants et s’emparer réellement de cette question. Le gouvernement au pouvoir ne pense qu’aux élections, aux intérêts des entreprises et à assurer l’attraction d’un maximum de touristes. Ils ne veulent pas parler de choses négatives. Ils fuient donc le problème ».

Des bâtiments à risque

De plus en plus de centres commerciaux voient le jour et les habitants assistent à un véritable boom de la construction de gratte-ciel à travers la ville. Seulement voilà : si ces bâtiments modernes sont construits avec des bases plutôt solides, certaines structures historiques sont très fragiles.

« Les anciens bâtiments sont dangereux aujourd’hui car ils n’ont pas les mêmes fondations », explique Jumsai. « Beaucoup de temples ont été envahis par l’eau durant les inondations de 2011. Et il n’est pas improbable que le scénario se reproduise ».

Pour lutter contre le problème, les scientifiques sont plutôt divisés mais aucune solution ne semble praticable. Certains suggèrent une meilleure gestion des terrains à bâtir. D’autres, plus radicaux, proposent de déplacer la capitale vers le nord du pays.

La solution la plus envisageable serait de renforcer les défenses naturelles le long de la baie de Bangkok et de construire une série d’énormes digues le long du golfe de Thaïlande. Une idée qui a fait ses preuves aux Pays-Bas, pays également en dessous du niveau de la mer, mais qui risquerait de coûter très cher au pays. Selon Jumsai, plusieurs milliards de dollars d’investissement sont nécessaires pour mener à bien l’opération.

« Afin de prévenir l’inondation de la zone centrale de la Thaïlande, et pas seulement Bangkok, nous avons besoin d’un mur le long de la mer. Cela permettrait de résoudre le problème pour de nombreuses années à venir », a-t-il déclaré.

 

La moitié de la ville serait touchée par une hausse de 50cm de la mer

La partie basse de Bangkok située près de l’embouchure du fleuve Chao Phraya  est déjà exposées aux inondations.  À l’avenir, plus de jours avec des températures au-dessus de 35 degrés Celsius (95 degrés Fahrenheit) sont attendus, avec des conséquences sur le niveau de la mer et la probabilité de nouvelles inondations, affirme un rapport de l’Administration métropolitaine de Bangkok (BMA) et de  la Green Leaf Foundation publié en 2011.

Un peu plus de la moitié de la ville serait touchée par les inondations si le niveau moyen de la mer devait augmenter de 50 centimètres (20 pouces), et 72% de la ville seront touchés si la moyenne du niveau de la mer devait augmenter d’ un mètre.
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Par Virginie Sainsily

Journaliste stagiaire