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Bangkok Culture

Bangkok d’hier et aujourd’hui

L’occasion de découvrir le Bangkok d’hier et aujourd’hui sous un autre regard, celui d’un artiste japonais amoureux de la capitale thaïlandaise.

Jusqu’au 29 mars 2020 , la galerie Serindia accueillera l’exposition « A City Aglow ».

Une série de photographies en noir et blanc prises par le photographe Shunji Dojo entre les années 1980 et 2019.

L’occasion de découvrir le Bangkok d’hier et aujourd’hui sous un autre œil, celui d’un artiste japonais amoureux de la Venise d’Asie.

Né à Osaka en 1947, Shunji Dodo a connu une enfance marquée la violence d’après guerre et par l’occupation américaine au Japon.

Adolescent il rencontre la photographie et ne s’en séparera jamais. Moyen d’expression privilégié et témoin du temps qui passe, son appareil photo demeurera son plus fidèle compagnon. 

Influencé par les clichés de Shomei Tomatsu, il lui emprunte sa vision singulière et chimérique des portraits de rue en la faisant voyager en Thaïlande.

Entre rêves et scènes de vie criantes de réalisme, Dodo oscille entre le réel et l’irréel des grandes villes qu’il s’agisse de Tokyo ou de Bangkok. 

Au travers de ses clichés, se dessine une lieu qui grandit et se modernise. Un regard authentique sur une ville mais aussi sur ses inégalités croissantes. 

A City Aglow is a city aflow — toward the end of Bangkok Design Week today alone more than 450 visitors flowing through…

Posted by Serindia Gallery on Saturday, February 8, 2020

Bangkok au fil des décennies 

L’exposition « A City Aglow » reflète l’amour de l’artiste pour Bangkok. 

Fasciné par la vivacité des habitants et la chaleur de la ville, Shunji Dodo revient de chacune de ses visites avec de nouveaux clichés, de nouvelles captures d’instants de vie et marqueurs de l’évolution rapide de Bangkok. 

Bangkok condominium
Bangkok condominium près de Silom

Il remarque que, quelques soient les circonstances, la vie y continue avec une force si forte qu’elle éloigne toute forme de lassitude . 

Cependant, la capitale n’est pas aussi onirique que le voit le photographe.

Dès les années 1990, le pays entier mené par sa capitale connaît un essor considérable.

En choisissant de favoriser les secteurs de l’industrie et du tourisme aux dépens de l’agriculture, la Thaïlande a multiplié son PIB par cinq entre 1990 et 2017.

Un changement économique qui impacte l’environnement et le paysage du pays du sourire.

Plus convoitée que jamais, Bangkok accueille des sièges d’entreprises et de start-up tout en devenant la ville la plus visitée du monde.

En 2020, la ville rassemblerait 10 539 415 habitants  (une estimation car le dernier recensement datant de 2010 en comptabilisait plus de huit millions).

L’urbanisation de Bangkok depuis 1984 vue par Google Maps en 12 secondes

Côté infrastructures, les centres commerciaux fleurissent aux quatre coins de la ville et le trafic s’intensifie. Le BTS voit le jour en 1999 suivi du MRT en 2004. Bangkok n’a jamais été autant active . 

Explosion du trafic urbain 

Aujourd’hui Bangkok ne pourrait être séparée de son trafic routier tellement il la qualifie. Des heures passées dans les embouteillages entre taxis meter, motos  et tuk-tuk.. 

Bangkok capitale des embouteillages

La première moto taxi naît en 1983 dans les Soi de Ngam Dupli. Á cette époque, les quartiers étaient excentrés de tout arrêt de bus ou de taxis.

Une partie des habitants a donc décidé de raccompagner gratuitement leurs voisins en moto. Progressivement cette gentillesse s’est transformé en échange de procédé, les gens payaient  deux à trois bahts par trajet pour entrer ou sortir du soi. La moto taxi à Bangkok était né! 

De son côté, le tuk-tuk inventé en 1957 pour permettre aux locaux de se déplacer facilement est devenu un jouet des touristes. Très peu d’habitants l’utilisent encore, favorisant les taxis ou les transports en commun. 

Une croissance anarchique

La croissance anarchique a un prix, celui des inégalités. Si la ville revêt désormais un aspect de métropole sur-modernisée, certains espaces demeurent délaissés par la modernisation.

Deux Bangkok qui se croisent sans se regarder…

Les vendeurs de rue ont été chassés des grandes artères, désormais occupées par le trafic urbain. Repliés dans les soi ils ont regagné les quelques espaces publics encore authentiques. 

Impossible de parler ou d’échanger sur les grandes routes. On les traverse et puis c’est tout. Le bruit et la pollution ont chassé la convivialité d’antan.

Les passerelles sont des espaces de flux menant d’une clim à l’autre. Une nouvelle ségrégation voit le jour, celle des espaces climatisés. 

La ville échappe à son habitant, étouffé par sa grandeur et la rapidité des choses. 

« On trouve ainsi dans cette nouvelle une représentation des sentiments ambigus qu’entretiennent les habitants de Bangkok vis-à-vis de leur ville. La capitale est le lieu où l’on peut changer de statut social rapidement grâce à son travail, l’eldorado où dans une certaine mesure tout est possible. Mais elle entretient aussi une impression de mal-être chez des urbains qui redoutent de ne plus pouvoir maîtriser ce qui les entoure. La ville et sa démesure finissent par faire peur. » 

Bangkok, la ville à partir de ses représentations – Sophie Clément-Charpentier

Il ne faut cependant pas entendre Bangkok comme une ville aseptisée de toute chaleur humaine. La vie est là où on la cherche, à chaque coin de rue, autour des temples méconnus, dans les banlieues.

Les transports ont rapproché les habitants, et favorisé la mixité. Bangkok bourdonne avec une même intensité que quarante ans auparavant. 

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