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Comment les États-Unis font le jeu de la Chine en Asie

La Thaïlande est-elle le paradigme du pays passant sous influence chinoise grâce au retrait des Etats-Unis dans la région ?

Obama a assisté à son premier Sommet de l’Asie de l’Est à Bali en 2011, puis il a participé chaque année, à l’exception de 2013, lorsque le gouvernement américain était confronté à une crise budgétaire sans précédent.

Trump n’a assisté à aucun de ces sommets depuis le début de sa présidence, préférant une approche résolument unilatérale pour guider la politique étrangère des Etats-Unis.

Obama : un engagement en faveur du multilatéralisme

De sa décision de rejoindre le Sommet de l’Asie de l’Est (Asean summit) dans les premiers jours de son administration à la signature de l’accord commercial du Partenariat transpacifique (PTP ou PTT) au cours de ses derniers mois au pouvoir, Obama a constamment estimé que les États-Unis pouvaient mieux défendre leurs intérêts en renforçant les institutions régionales.

Le président Donald Trump a mis un terme catégorique à cette approche.

Le virage à 180° de Trump

Trump a refusé de participer personnellement aux sommets de l’Asean depuis son investiture, et a clairement indiqué que les institutions multilatérales n’avaient pas leur place dans la stratégie indo-pacifique des Etats-Unis

Ce mépris pour le multilatéralisme est une position assumée dès le début de sa présidence.

En retirant les États-Unis du PTP tout en annonçant que les États-Unis se concentreraient uniquement sur les accords commerciaux bilatéraux, l’administration Trump a tourné le dos à 75 ans de soutien bipartisan américain au commerce multilatéral.

En ce qui concerne la Thaïlande, l’abandon par les États-Unis du partenariat transpacifique (TPP) n’a pas eu de conséquences directes puisque le royaume n’avait pas signé le traité.

Trump a ensuite annoncé son retrait officiel de l’accord de Paris sur le changement climatique.

Le désintérêt des États-Unis pour les institutions multilatérales régionales n’est pas la seule menace à leur viabilité. La récente décision de l’Inde de se retirer du Partenariat économique régional (RCEP) global démontre que les sentiments unilatéralistes ne se limitent pas aux États-Unis.

La tentation chinoise de la Thaïlande

La Thaïlande et la Chine possèdent des liens socio-économiques et culturels très anciens, qui ne cessent de se renforcer depuis l’arrivée au pouvoir de la junte militaire en mai 2014.

Alors que les puissances occidentales ont brusquement gelé les relations bilatérales en appelant à une régulation immédiate de la situation thaïlandaise, la Chine a quant à elle multiplié les visites ministérielles et les plans d’action économique avec le royaume.

C’est une des conséquences du coup d’Etat du mois de mai 2014 : contrairement à l’Europe et aux Etats-Unis, la Chine s’est prudemment abstenu de tout commentaire négatifs lorsque l’armée a pris le pouvoir en Thaïlande.

Le multilatéralisme, une nécessité face à la puissance de la Chine

Nulle part l’engagement multilatéral n’est plus important que pour les pays de l’Asie de l’Est.

Face à la puissance économique et militaire croissante de la Chine, les pays de la région sont à la recherche de stratégies communes pour contrer son influence.

Des accords multilatéraux efficaces peuvent leur permettent de résister à la stratégie de division et de conquête de la Chine sans être forcés de choisir entre la Chine et les États-Unis.

On le constat également dans la gestion de l’eau et des barrages sur le Mekong, dont l’importance est vitale pur plusieurs pays de la région dont la Thaïlande.

Dirigée par l’ASEAN, la région a évolué vers de nouveaux traités au cours des trois dernières décennies, traitant d’un éventail de questions allant des préoccupations politiques et transnationales comme la santé publique et l’énergie, à la sécurité, au Forum régional de l’ASEAN et en Asie.

Pour honnête, ces institutions ont au mieux produit des résultats concrets modestes – le plus notable étant le PTP. Les réunions sont souvent tournées en dérision comme un simple exercice de représentation.

Les réalistes soutiennent que la participation – ou non – aux institutions internationales a peu ou pas d’impact sur le comportement des États dans la pratique.

Sans la participation américaine, ces engagements n’ont aucune chance d’offrir une alternative viable à une concurrence dangereuse entre les États-Unis et la Chine – sans certitude que, face à un choix difficile, les pays se rangeront du côté des États-Unis.

L’exemple de la mer de Chine

Cela n’est nulle part plus apparent que dans la mer de Chine méridionale.

La Chine a cherché à faire progresser ses objectifs dans cette voie navigable vitale en insistant sur des négociations bilatérales et en essayant de limiter le rôle du Forum régional de l’ASEAN – notamment parce que les États-Unis en sont membres.

Les États-Unis ont insisté à juste titre sur la nécessité d’une approche multilatérale pour élaborer un code de conduite et empêcher la Chine d’utiliser sa domination économique et militaire pour intimider individuellement les petits pays d la région.

La mise en place d’institutions multilatérales efficaces en Asie-Pacifique est un défi de taille, mais c’est un antidote essentiel à la concurrence entre la Chine et les Etats-Unis, qui menace la paix et la prospérité de cette région cruciale.

Olivier Languepin

Par Olivier Languepin

Journaliste basé à Bangkok depuis 2006. Rédacteur en chef de thailande-fr.com.

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