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Edito

Thaksin, l’éternel retour ?

Aujourd’hui c’est un peu “Groundhog day” pour un journaliste qui doit écrire un article sur la Thaïlande. Pour ceux qui ne connaissent pas cette comédie hilarante, “Groundhog Day” met en scène un journaliste (l’excellent Bill Murray) qui revit le même jour chaque matin indéfiniment.

Aujourd’hui c’est un peu “Groundhog day” pour un journaliste qui doit écrire un article sur la Thaïlande. Pour ceux qui ne connaissent pas cette comédie hilarante, “Groundhog Day” met en scène un journaliste (l’excellent Bill Murray) qui revit le même jour chaque matin indéfiniment.

À chaque fois que son réveil sonne, c’est la même journée qui recommence : Bill Murray doit donc faire le même reportage tous les jours dans un petit village paumé de Pennsylvanie qui célèbre chaque année le “jour de la marmotte“. Un véritable cauchemar sans fin.

C’est un peu la situation de la Thaïlande en ce moment : la CIJ vient de rendre son verdict dans l’affaire du temple de Preah Vihear, et elle ne fait que répéter ce qu’elle a déjà dit en 1962. Le temple appartient au Cambodge, et elle ne se prononce pas sur la zone frontalière environnante de 4 km2 revendiquée par les deux pays riverains. Donc retour à la case départ.

Même chose pour la politique intérieure en Thaïlande : le dernier coup de poker de Thaksin pour rentrer en Thaïlande et récupérer son argent vient de foirer lamentablement, donc retour à la case départ.

C’est frustrant d’imaginer où la Thaïlande pourrait être aujourd’hui si ce pays n’avait pas gaspillé les sept dernières années avec son obsession du retour de Thaksin.

Chaque jour que les politiciens et les décideurs politiques thaïlandais passent obsédés par le retour de Thaksin est un jour perdu pour moderniser l’économie, augmenter la compétitivité et investir dans la recherche, l’éducation et le futur de la Thaïlande.

A la place de ça, le gouvernement subventionne… le prix du riz : un programme qui a déjà coûté 19 milliards de dollars au contribuable thaïlandais, ruiné les exportations de la Thaïlande et déstabilisé le marché dans toute la région du Mékong.

On prend les même et on recommence ?

Pas tout à fait : le bide du passage en force de  la loi d’amnistie a permis de mettre au clair quelques petites choses (dont on se doutait depuis un moment).

Le Pheu Thai a révélé sa véritable ambition et raison d’être : seuls quatre députés ont eu le courage de voter contre l’amnistie au Parlement. Le véritable nom du Pheu Thai est donc le Pheu Thaksin : un parti de mercenaires vendus au  service d’un milliardaire en exil, un bande de guignols qui ridiculisent le concept même d’élection et démocratie.

Il aura suffi d’un petit coup de sifflet du Big Boss pour que les “représentants du peuple opprimé par les riches de Bangkok et les militaires qui ont assassinés nos camarades” passent l’éponge, disent le contraire de ce qu’ils ont dit la veille avec le sourire, et conchient tranquillement la mémoire des victimes du printemps 2010 avec les dollars de Thaksin.

Même motif, même punition pour les Chemises Rouges : ils ont été environ cinq mille à manifester contre le loi d’amnistie à  Rajprasong, et 50.000 à 100,000 à rejoindre le rassemblement de l’ UDD pour soutenir le gouvernement.

Désormais plus besoin d’être un “riche monarchiste de Bangkok” pour considérer les Chemises Rouges comme des buffles qui défilent pour n’importe quoi, n’importe quand, du moment que “la famille” Shinawatra (peu importe le prénom) donne le signal du départ.

Si demain Thaksin ordonne aux chemises rouges de manifester pour remplacer la papaye par des saucisses de Toulouse dans le Som Tam, il y aura autant de monde dans la rue que pour soutenir l’amnistie, ou dieu sait quoi encore.

L’opportunisme des Démocrates

Quant à l’opposition du Parti Démocrate,  a elle aussi démontré son sens de l’opportunisme : alors que les groupes anti Thaksin étaient moribonds, le passage en force de l’amnistie leur a redonné une bouffée d’oxygène inespérée.

Le Parti Démocrate qui avait gardé ses distances avec les groupuscules aux noms imprononçables a vite fait de prendre le train en marche. Les slogans anti amnistie sont rapidement devenus des slogans anti Thaksin et appelant à la démission du gouvernement.

C’est donc bien “Groudhog day” en Thaïlande : d’un coté un gouvernement qui pense qu’il peut faire gober n’importe quoi, à n’importe qui parce qu’il a été élu au suffrage universel (l’erreur du frère répétée par la soeur), de l’autre une opposition qui s’imagine que quelques dizaines de milliers de manifestants peuvent renverser un gouvernement démocratiquement élu.

Bon j’en ai marre d’écrire la même chose tous les jours, je vais regarder “Groundhog Day”, pour la quinzième fois.

Par Olivier Languepin

Journaliste basé à Bangkok depuis 2006. Rédacteur en chef de thailande-fr.com.

  • Excellent! Ca devient tellement desesperant, que seul l’humour permet desormais d’expliquer la situation. C’est affigeant de voir cette classe dite “politique” se vautrer dans Le ridicule au detriment de l’interet du pays et de sa population.
    Merci pour cet article!