La menace Thaksin

Thaksin le milliardaire en exil a déjà fait la preuve de son incroyable résilience, et quelque soit son destin, celui de la famille Shinawatra est d'ores et déjà assuré de figurer en bonne place dans les livres d'histoire sur la Thaïlande.

Et si la saga Shinawatra ne faisait que commencer ? Thaksin le milliardaire en exil a déjà fait la preuve de son incroyable résilience, et quelque soit son destin, celui de la famille Shinawatra est d’ores et déjà assuré de figurer en bonne place dans les livres d’histoire sur la Thaïlande.

La famille Shinawatra a déjà à son actif deux exceptions notables dans la vie politique thaïlandaise. Thaksin est le seul Premier ministre de l’histoire de son pays à avoir remporté les élections deux fois de suite (en 2001 et 2006), et sa sœur Yingluck est la première femme à occuper le poste de Premier ministre en Thaïlande.

Si les gens le souhaitent, je reviendrai pour diriger le pays. Je leur dois bien ça. – Thaksin au Times le 26/8/2011

Exclu de la vie politique par un coup d’Etat militaire en 2006, Thaksin n’a cessé de hanter la scène politique de son pays: dès 2007 son parti remporte les élections et en 2008 il regagne le pouvoir par personne interposée une première fois, avec un gouvernement dirigé par son beau-frère (Somchai Wongsawat), et maintenant une seconde fois après avoir imposé sa propre soeur.

Yingluck la chanceuse saura t-elle saisir la chance historique qu’elle représente pour la Thaïlande ?

Si l’on fait le compte de ses mandataires, affidés et avatars qui l’ont plus ou moins bien représentés dans la vie politique thaïlandaise, Thaksin peut se targuer d’avoir remporté quatre fois les élections: personnellement en 2001 et 2006, avec son parti en 2007, et avec sa soeur en 2011.

Thaksin Premier ministre ?

Dans une interview accordée au correspondant du Times, au Japon, M. Thaksin a déclaré récemment:

«Si les gens le souhaitent, je reviendrai pour diriger le pays. Je leur dois bien ça ».

Thaksin semble avoir changé d’idée depuis une interview  au mois de juin, à Dubaï lorsqu’il avait déclaré à la Australian Broadcasting Corporation qu’il préférait faire des conférences, et jouer au golf.

«Ma plus jeune soeur Yingluck est déjà là, donc pas besoin pour moi de revenir en tant que Premier ministre »,

avait alors déclaré M. Thaksin.

Rarement un homme politique absent et banni de son pays aura été aussi populaire: en exil, poursuivi par la justice de son pays, condamné à deux années de prison pour abus de pouvoir, et ses biens en partie confisqué, Thaksin n’a jamais cessé de faire la une de l’actualité en Thaïlande.

De ce point de vue le bilan de ses opposants est un échec total : non seulement l’ex premier ministre n’a rien perdu de sa popularité auprès de son électorat, mais sa sœur totalement inconnue il y a seulement quatre mois, a remporté haut la main les élections du 3 juillet.

Une chance historique

L’élection de 2011 présente pourtant l’immense avantage de présenter un résultat clair, et qui n’est contesté par personne: c’est une chance historique pour la Thaïlande.

Un gouvernement démocratiquement élu est au pouvoir avec la majorité absolue au Parlement, et les militaires sont dans une position de faiblesse qui ne leur permet pas de reprendre le dessus avant un bon moment.

Ma plus jeune soeur Yingluck est déjà là, donc pas besoin pour moi de revenir en tant que Premier ministre  –

Thaksin à la chaîne australienne ABC, juin 2011

De fait Yingluck Shinawatra se retrouve dans la délicate position de devoir assumer son héritage familial (elle doit très clairement son élection à son frère, dont elle n’a cesse de se réclamer pendant sa campagne), tout en prenant soin de ne pas apparaître comme une simple courroie de transmission au service de la réhabilitation de Thaksin.

Yingluck doit faire la preuve de son indépendance pour favoriser la réconciliation, apaiser les craintes de l’armée, et rassurer les classes moyennes urbaines de Bangkok. Son nouveau gouvernement, cependant, contient principalement des proches alliés de Thaksin, dont certains semblent avoir été choisi par l’ancien premier ministre pour servir ses intérêts.

C’est le cas du nouveau ministre des affaires étrangères, le cousin de Thaksin et qui a peu d’expérience. L’histoire retiendra probablement que son premier acte en tant que ministre aura été de demander un visa spécial au Japon pour son cousin. Le nouveau ministre du commerce est aussi un allié de longue date M. Thaksin, et le nouveau ministre de la défense est un autre proche de Thaksin.

L’impossible come back

Thaksin Shinawatra prétend qu’il n’a pas l’intention de recommencer une carrière politique, mais tout indique le contraire.

Thaksin passeport
Le nouveau gouvernement a inscrit dans ses priorités une réforme de la Constitution, favorable à une amnistie dont pourrait profiter Thaksin

Mais aujourd’hui personne ne sait comment la Thaïlande pourrait gérer le retour de Thaksin, sans risquer de sombrer de nouveau dans les manifestations et la violence.

Adulé dans les régions rurales et pauvres du royaume, il est moins populaire à Bangkok, ou ses opposants (L’Alliance du peuple pour la démocratie, PAD) ont menacé de manifester si le nouveau gouvernement cherchait à intervenir pour neutraliser sa condamnation à deux ans de prison.

Pourtant le nouveau gouvernement a bien inscrit dans ses priorités une réforme de la Constitution de 2007 promulguée par les militaires, un préalable pour envisager une mesure d’amnistie dont pourrait profiter Thaksin.

Même s’il se défend de vouloir revenir précipitamment en Thaïlande, Thaksin a plusieurs fois laissé entendre qu’il souhaitait assister au mariage de sa fille aînée, prévu pour le mois de décembre.

Le dernier coup d’Etat ?

Les enjeux sont clairs: au cours des dix dernières années, la Thaïlande, autrefois prometteuse démocratie était considéré comme un exemple pour d’autres jeunes démocraties dans la région.

Apres le coup d’Etat de 2006, la situation s’est dégradée, au point que les militaires, que l’on croyait avoir disparu de la scène politique pour de bon, sont maintenant de retour comme une force majeure.

Pour Yingluck le choix se résume  à une alternative historique: soit elle restera dans l’histoire comme la femme Premier ministre qui a su réconcilier son pays, et y rétablir la démocratie de manière indiscutable, soit elle ne sera que l’instrument des ambitions de son frère, au risque de déclencher une catastrophe.

« L’histoire ne se répète pas, elle bégaie », disait Karl Marx, c’est pourquoi le coup d’Etat de 2006 ne peut pas se reproduire. Si l’élection Yingluck devait être rejetée ou annulée par des moyens détournés, la démocratie pourrait s’effondrer complètement en Thaïlande, ouvrant la voie à une instabilité et des troubles d’une ampleur impossible à prévoir.


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3 Commentaires

  1. Bizarrement, dans aucun article, on ne parle de l’opposition absolue du sud du royaume à Thaksin et ses amis. On parle toujours de l’opposition élites de Bangkok contre fermiers pauvres du Nord-Est. Pourtant, au sud de la capitale, l’opposition à Thaksin est très forte mais souvent passée sous silence. En fait, il y a le nord et surtout le NE, pro Thaksin et le sud + Bangkok anti-Thaksin.

    • @Phuket :
      Fallait pas le dire !
      La division est géographique et pas sociologique, mais faut pas que çà se sache car çà « ne colle pas » avec les théories marxistes qu’on nous rabache comme des évidences …

  2. j’approuve, le sud ne semble pas exister dans les theories marxo-rougiseantes des pro-jenediraipassonnom…pourtant, les sudistes ne roulent pas sur l’or. Tout ce que je constate, c’est que les gens du sud ont une reputation d’integrite, et ils ne votent pas pour jenediraipassonnom…bizarre

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