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L’opposition peine à trouver sa place en Thaïlande

Depuis que la crise politique a débuté en 2006 en Thaïlande, plusieurs groupes ont tenté de s’opposer à la domination de Thaksin et de ses alliés sur la vie politique thaïlandaise. En vain. Rarement un absent aura été aussi présent depuis son éviction par un coup d’État militaire en septembre 2006. Aujourd’hui la principale force de contestation se trouve dans la rue avec l’APD, Alliance du Peuple pour la Démocratie (P.A.D. People Alliance for Democracy) qui parie sur une stratégie de tension pour provoquer une démission du premier ministre M. Samak.

Depuis que la crise politique a débuté en 2006 en Thaïlande, plusieurs groupes ont tenté de s’opposer à la domination de Thaksin et de ses alliés sur la vie politique thaïlandaise. En vain. Rarement un absent aura été aussi présent depuis son éviction par un coup d’État militaire en septembre 2006.

Aujourd’hui la principale force de contestation se trouve dans la rue avec l’APD, Alliance du Peuple pour la Démocratie (P.A.D. People Alliance for Democracy) qui parie sur une stratégie de tension pour provoquer une démission du premier ministre M. Samak.

Cette tactique de harcèlement a beau avoir un impact médiatique certain, elle a un gout de déjà vu pour les Thaïlandais, et c’est sans doute pour cela qu’elle ne semble pas être en mesure de déstabiliser le pouvoir en place. Bruyante, mais assez peu précise sur le contenu de son opposition, l’Alliance du Peuple pour la Démocratie s’est surtout fait connaitre par ses manifestations de rue à Bangkok, d’abord contre Thaksin en 2006, et maintenant contre Samak, considéré comme son représentant.

Spectaculaires, les actions de l’APD n’en sont pas moins très minoritaires et s’apparentent plus à des coup de main « gauchistes » qu’à un véritable mouvement de contestation s’appuyant sur un mouvement de masse. Même si quelques centaines de manifestants anti-gouvernementaux suffisent à bloquer les entrées et les sorties d’un aéroport, on peut s’interroger sur la légitimité d’un mouvement de rue qui exige avec quelques milliers de personnes la démission d’un gouvernement régulièrement élu au suffrage universel avec une confortable majorité.

Thitinan Pongsudhirak, professeur à la faculté de sciences politiques de Chulalongkorn dénonce

« Une tyrannie dirigée par une minorité. Il est temps pour la majorité silencieuse des Thailandais, qui n’aime pas Thaksin et rejette aussi Samak, de condamner la prise d’otage du système démocratique par  l’APD »

La position de l’APD est d’autant plus difficile à soutenir sur le plan des principes, qu’elle a été singulièrement absente du débat pendant la période du coup d’État militaire, où la démocratie a sans doute davantage souffert qu’en ce moment. Faut-il y voir un soutien plus ou moins tacite à un futur retour des militaires au pouvoir ? De fait, si les troubles devaient s’étendre à l’ensemble du pays, la tentation serait grande pour les militaires d’imposer une nouvelle junte devant l’incapacité des forces démocratiques à organiser une forme de pouvoir crédible.

Il semble en tout cas que l’Alliance du Peuple pour la Démocratie ait quelque peu usurpé sa dénomination: son programme politique défend davantage un recul de la démocratie, et s’appuie sur une conception élitiste du pouvoir. Aujourd’hui l’APD défend avec son leader Sondhi Limthongkul son propre projet de « Nouvelle Politique » pour la Thaïlande face au gouvernement pro Thaksin issu des élections en décembre dernier. La Nouvelle Politique se situe dans une ligne plutôt réactionnaire qui reviendrait à transformer le système parlementaire Thaïlandais en une forme de corporatisme, ou une sorte de démocratie sélective, pour ne pas dire censitaire.

L' argumentation de Sondhi Limthongkul cache mal son objectif réel, à savoir empêcher les forces pro-Thaksin de continuer à gagner les élections

Le remède de l’APD contre les victoires électorales à répétition des pro Thaksin consiste tout simplement à démanteler le système électoral. Radical mais efficace, d’un point de vue strictement tactique. Ainsi dans le « nouveau » système made in APD, seulement 30 % des membres du parlement seraient élus, et le reste des députés proviendraient de différentes professions et associations. Cette proposition ramènerait le pays 76 ans en arrière lorsque la monarchie constitutionnelle fut établie en 1932. Les auteurs du coup d’état établirent alors un parlement dont les sièges étaient occupés par un nombre égal de membre élus et désignés. Ils déclarèrent que le nombre de députés nommés serait réduit par la suite lorsque le peuple sera plus éduqué. Une vieille rengaine qui sert d’excuse à répétition aux têtes galonnées depuis longtemps.

L’ argumentation de Sondhi Limthongkul cache mal son objectif réel, à savoir empêcher les forces pro-Thaksin de continuer à gagner les élections, par tous les moyens. C’est sans doute pourquoi la « Nouvelle Politique » est aussi clairement pro-militaire et n’a en fait rien de nouveau. Elle codifie même les conditions dans lesquelles une intervention de l’armée pourrait légitimement survenir. Mr Sondhi a parlé de quatre conditions : lorsque des accusations de lèse-majesté n’entraînent aucune action en justice, quand un gouvernement est incompétent, quand la corruption est abondante, lorsqu’un gouvernement trahit la souveraineté nationale. Autant dire que selon l’APD, les militaires seront les bienvenus dans les bureaux des ministères quand bon leur semble.

De fait ces propositions traduisent sans doute un complexe « bonapartiste » de la démocratie thaïlandaise, une affection très commune en Amérique latine ou l’on prise particulièrement les « caudillos » à poigne chargé de rétablir l’ordre. L’idée qu’un sauveur providentiel, qu’un homme décidé et volontaire, serait mieux à même de diriger le pays que des politiciens corrompus n’est pas nouvelle. Mais en Thaïlande, elle n’a guère de signification s’agissant de l’armée. La gestion calamiteuse du pays après le coup d’État de septembre 2006 n’a visiblement guère permis de rafraichir les mémoires défaillantes, et c’est sans doute pour cela que la bronca de militaires thaïlandais s’est soldée en décembre dernier par une cuisante défaite dans les urnes.

Redaction Bangkok

Par Redaction Bangkok

La rédaction de thailande-fr est installée à Bangkok depuis 2007, avec un rédacteur en chef, des pigistes, et des stagiaires d'écoles de journalisme et de communication.

1 réponse sur « L’opposition peine à trouver sa place en Thaïlande »

Cet article est très intéressant , d’ailleurs comme la plupart des articles de ce blog, et montre une réelle connaissance de la Thaïlande. Pour un amoureux comme moi de ce pays qui vient s’y installer en Octobre, c’est un régal car la vie politique du pays est parfois assez complexe à comprendre et un oeil objectif permet de faire un discernement.

Par contre la crise actuelle, démontre bien l’absence d’une réel opposition crédible, sans être citée dans cet article, il semble clair que l’alternative semble le partie démocrate, ont t’il eu des résultats dans le passé, ont ils déjà gouvernés, quelles sont leurs réformes et comment se situent t’ils dans le paysage politique thaïlandais. Ca serait intéressant de dresser un tableau des différentes forces politiques et leurs points clés afin de mieux comprendre.

En tout cas merci pour vos articles

Thibaut

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