Quand les militaires de Thaïlande feront le bilan de leurs réalisations en 2007, ils risquent d’avoir des doutes pour savoir si le coup d’État en valait la peine. Certes, ils ont augmenté le budget de la défense d’un bon 35 pour cent (une vilaine habitude chez les militaires, quand ils restent au pouvoir trop longtemps), puis dressé une liste de nouvelles armes à acheter prochainement, dont un sous-marin d’ une valeur de 9,3 milliards de dollars devant être acheté au cours de la prochaine décennie, et ont obtenu quelques postes très lucratifs pour des généraux dans les entreprises d’Etat. Mais était ce vraiment ça qu’attendait les Thailandais après le départ de Thaksin ?

Ils ont aussi promulgué une nouvelle constitution, jugé moins démocratique que la précédente, et qui rend beaucoup plus difficile pour quiconque de monopoliser la scène politique, à la manière de l’ex premier ministre Thaksin Shinawatra et de son parti le Thai Rak Thai de 2001 à 2006.

Enfin une nouvelle loi sur la sécurité intérieure a été adoptée en catimini un jour avant les élections générales du 23 décembre afin d’institutionnaliser un rôle de premier plan des militaires dans les questions de sécurité (y compris en cas de futures crises politiques) et de rétablir l’Internal Security Operations Command (peu recommandable institution responsable de nombreuses violations de droits de l’homme par le passé) comme un acteur clé dans les provinces.

Une chose est certaine, le coup du 19 Septembre 2006 a été beaucoup moins bien réussi sur le plan économique que le précédent coup d’État de 1991. En 1991 les militaires avait mis en place une équipe de technocrates dirigé par le l’ ancien diplomate Anand Panyarachun, qui a promulgué plus de 300 lois qui ont mis l’économie de la Thailande en bonne place sur la route de la mondialisation. Cette période a été un pas en arrière pour la démocratie, mais beaucoup de Thaïlandais ont sans doute pensé que le sacrifice en valait la peine.

Le gouvernement dirigé par le Premier ministre Surayud Chulanont, un ancien général de l’armée, n’a pas réussi à redresser l’économie en 2007 : au contraire il a mis en place une série de mesures qui ont fait fuir les capitaux étrangers et inquiété les investisseurs.
L’économie thaïlandaise devrait enregistrer un croissance de seulement 4,3 pour cent cette année, la plus faible en Asie du Sud-Est. La plupart des économistes pensent que cette mauvaise performance est la conséquence de la crise politique en Thaïlande, qui a commencé au début de 2006 avec les manifestations contre Thaksin, et qu’elle est loin d’être terminée.

Le coup d’État a bien forcé Thaksin à quitter physiquement la Thaïlande pour l’Angleterre, (où il a acheté le club de football de Manchester City), mais il n’a pas réussi à le tenir à l’écart de la politique de la thaïlandaise. Bien que son parti (le Thai Rak Thai) a été dissous par la Cour constitutionnelle en mai 2007, et ses 111 principaux membres, dont Thaksin, banni de la politique au cours des cinq prochaines années, le souvenir de la politique populiste de Thaksin reste profondément ancrée dans la population. La victoire éclatante du PPP aux élections le démontre amplement.

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