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RCEP : quel impact sur les échanges de l’ASEAN et de la Thaïlande ?

La décision de l’Inde de ne pas participer au RCEP renforce sa nature sino-centrique et risque de faciliter une position hégémonique chinoise dans le commerce régional .

L’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE ou ASEAN en anglais) poursuit en 2020 la finalisation du Partenariat économique global régional (RCEP) qui devrait être le plus grand accord de libre-échange (ALE) du monde.

Les dernières séries de négociations ont eu lieu le 4 novembre 2019, lors du troisième sommet du RCEP à Bangkok. Au cours de ces récents pourparlers, 15 des 16 pays concernés (l’Inde a fait machine arrière au dernier moment) ont conclu des négociations avec une signature officielle qui devrait être finalisée en 2020.

Présentation du RCEP

Démarré en mai 2013, le RCEP regroupe les 10 économies de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Brunei, Cambodge, Indonésie, Laos, Malaisie, Myanmar, Philippines, Singapour, la Thaïlande et le Vietnam) et six de ses partenaires commerciaux (Australie, Chine, Inde, Japon, Nouvelle-Zélande et Corée du Sud).

Le groupe aboutirait à une intégration économique régionale menant à la création du plus grand bloc commercial du monde représentant près de 45% de la population mondiale et un produit intérieur brut combiné de 21,3 trillions de dollars.

Cependant, l’Inde s’est récemment abstenue de rejoindre le RCEP, craignant que ses marchés ne soient inondés de biens de consommation chinois ainsi que de produits agricoles de Nouvelle-Zélande et d’Australie.

Le RCEP a été conçu comme un accord commercial tourné vers l’avenir prenant en compte d’autre variables qu’une simple baisse des taxes douanières.

Contrairement aux règles de l’ Organisation mondiale du commerce (OMC), l’accord est un subtil mélange d’engagements «  OMC-plus  » pour abaisser les barrières commerciales à la frontière et des dispositions et de mesures communes pour résoudre les problèmes de réglementation à l’étranger.

En tant que tel, l’accord vise à réaliser un partenariat économique global qui couvre des questions de grande envergure telles que le commerce, les investissements, la coopération technologique, les droits de propriété intellectuelle, la concurrence, le commerce électronique et le règlement des différends commerciaux.

Le RCEP a un potentiel assez considérable pour les entreprises des pays participants, car il devrait englober environ 45% de la population mondiale (3,4 milliards) et un tiers du produit intérieur brut mondial (PIB).

En outre, le bloc représente un commerce total de 10 000 milliards de dollars américains et 26 pour cent des investissements étrangers directs (IED).

Le «bol de nouilles» de l’ASEAN

L’ANASE a déjà plusieurs accords commerciaux «plus un» avec plusieurs partenaires commerciaux membres du RCEP. 

Afin de fournir des engagements concrets en matière d’accès aux marchés et d’investissement, le RCEP simplifiera les règles et procédures pour chaque ALE ( accord de libre-échange ) existant, dans un cadre unique.

Cela permettra de simplifier le problème dit du «bol de nouilles» de l’ASEAN, lorsque les différentes réglementation s’emmêlent dans le cadre de plusieurs ALE avec des règles différentes pour chaque pays.

Le RCEP abaissera les barrières commerciales et améliorera l’accès aux marchés pour les biens et services, attirant les entreprises étrangères désireuses de s’engager dans un bloc économique ASEAN plus intégré.

De même, la coopération technique avec des pays industrialisés avancés comme le Japon, la Corée du Sud, la Nouvelle-Zélande et l’Australie aidera les PME de l’ANASE à développer des produits meilleurs et plus compétitifs.

Un outil au service des ambitions économiques de la Chine ?

L’Inde a exprimé ses inquiétudes quant à la possibilité que des produits chinois bon marché et fabriqués en série inondent son marché, et a bloqué son intention de signer le plus important accord commercial au monde, connu sous le nom d’accord de partenariat économique régional (RCEP), lors du sommet de l’Asean à Bangkok.

De même, il n’est pas clair si le RCEP s’alignera sur les intentions de l’ASEAN ou s’il accélérera la propagation croissante de l’influence chinoise en Asie du Sud-Est et de l’Est.

Jusqu’à présent, le RCEP a été un projet dirigé par l’ASEAN et le principe «  Principes directeurs et objectifs du groupe pour la négociation du partenariat économique global régional  » réitère la reconnaissance de la «  centralité de l’ASEAN  » pendant le processus de négociation.

Cependant, si les règles et les processus du RCEP ne sont pas assez rigoureux, cela pourrait conduire à placer les pays membres plus proche de l’orbite de la Chine, et faciliter une position hégémonique chinoise dans le commerce régional .

À elle seule, la Chine est déjà devenue le principal partenaire commercial de l’ASEAN. Son commerce total a augmenté en moyenne de 10% par an depuis 2009, et a atteint 483 milliards de dollars en valeur en 2018.

La décision de l’Inde de ne pas participer sera un autre facteur affectant la nature sino-centrique possible du RCEP, car la sortie de 1,3 milliard de personnes pourrait renforcer l’influence de la Chine – une perspective que d’autres membres ne veulent pas. L’absence de l’Inde réduira également les aspirations de l’ASEAN à s’étendre à la région indo-pacifique.

Quels sont les avantages du RCEP pour les pays de l’Asean?

Thaïlande

La Thaïlande dont les exportation représentent 70% de son PIB peut bénéficier du RCEP grâce à une plus grande intégration de son économie avec les chaînes d’approvisionnement et les marchés de la région Asie-Pacifique.

Les exportateurs thaïlandais pourront en bénéficier en termes d’échanges, de prix et d’innovation, tandis que les fabricants pourront également obtenir des matières premières moins chères auprès d’un plus grand réseau de sources.

Singapour

Cette intégration approfondie devrait profiter à Singapour en tant qu’acteur pivot du commerce régional et des chaînes d’approvisionnement de l’ASEAN.

Il est toutefois peu probable que le RCEP profite beaucoup à court terme aux résultats commerciaux de Singapour.

Le pays a déjà des accords bilatéraux avec tous les partenaires non-ASEAN du RCEP, à savoir le Japon, la Corée du Sud, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et la Chine.

En outre, toute réduction tarifaire significative pour les principaux produits d’exportation devrait être mise en œuvre par phases sur une période de plusieurs années, encore une fois peu susceptible de stimuler les exportations à court terme.

Les Philippines

Le RCEP ouvrirait des marchés à 92% des produits fabriqués par les Philippines. Cela comprend le secteur de l’externalisation des services et du personnel de service tels que les marins, les enseignants, les programmeurs informatiques et les ingénieurs, qui pourront bénéficier de la demande de pays comme le Japon et la Corée du Sud.

Indonésie

De même, l’Indonésie – la plus grande économie de l’ANASE – bénéficiera d’une augmentation de l’accès aux marchés, des investissements et des opportunités de participer aux chaînes d’approvisionnement régionales. À leur tour, ces progrès entraîneront une augmentation des exportations, ce qui est essentiel pour la croissance économique du pays.

Malaisie

Une grande majorité des échanges commerciaux de la Malaisie se fait déjà avec les pays membres du RCEP, et l’accord offrira aux entreprises et aux consommateurs malaisiens des opportunités commerciales et des partenariats accrus.

Les entreprises spécialisées dans des secteurs tels que les télécommunications, la banque et la finance et le conseil bénéficieront d’une coopération renforcée. Les entreprises malaisiennes bénéficieront également d’un meilleur accès à des matières premières de qualité à des prix compétitifs.

Vietnam

Le RCEP donnerait aux entreprises vietnamiennes la possibilité de stimuler les exportations, de s’engager dans de nouvelles chaînes de valeur et d’attirer de nouveaux investissements étrangers.

La réduction des tarifs d’importation ouvrirait de nouvelles opportunités pour les produits de ses secteurs de premier plan tels que les télécommunications, les TIC, les textiles et les chaussures, et l’agriculture – qui ne cessent de croître avec l’augmentation du chiffre d’affaires à l’exportation.

Un accord en suspens

En fin de compte, sans le texte final disponible, il est impossible de savoir dans quelle mesure la région se transformera grâce au RCEP. Il reste à voir si le RCEP conduira à un système commercial fondé sur des règles qui générera des échanges plus équitables et plus profonds – agissant en tant que précurseur d’un marché unique – ou ne constituera qu’une modeste mise à niveau des accords existants.

Redaction Bangkok

Par Redaction Bangkok

La rédaction de thailande-fr est installée à Bangkok depuis 2007, avec un rédacteur en chef, des pigistes, et des stagiaires d'écoles de journalisme et de communication.

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