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La crise politique menace la croissance thaïlandaise

Après plusieurs mois de manifestations pour faire tomber la première ministre Yingluck Shinawatra, la crise politique entraîne des conséquences économiques importantes : croissance ralentie, baisse du tourisme, chômage, endettement…

Après plusieurs mois de manifestations pour faire tomber la première ministre Yingluck Shinawatra, la crise politique entraîne des conséquences économiques importantes : croissance ralentie, baisse du tourisme, chômage en hausse, endettement des ménages.

Le Rangsit University’s Centre for Economic and Business Research for Reform a récemment indiqué que la crise politique en Thaïlande a déjà engendré des pertes de 490 milliards de bahts pour l’économie thaïlandaise.

Une croissance de moins de 3% ?

Suite aux troubles politiques et au retard des investissements du gouvernement, les prévisions de croissance de cette année ont été revues à la baisse : on ne compte plus sur les 4-5 %  attendus pour 2014 mais sur un probable 3-4 %, voire moins si les troubles se poursuivent au delà du deuxième trimestre.

Selon le NESDB, si un gouvernement peut être formé au mois d’avril, et que le Parlement peut être convoqué sans violence majeure, l’économie pourrait croître d’au moins 2,5% en 2014.

L’agence nationale pour le développement économique et social de Thaïlande (NESDB) a d’ailleurs pointé du doigt une augmentation du chômage dans le pays. Elle a en effet indiqué que le chômage, au quatrième trimestre de 2013, s’élevait à 0,65 % de la population active, alors qu’il ne dépassait pas les 0,48 % pour la même période en 2012.

« Et la situation ne va qu’empirer si l’impasse politique continue plus longtemps. »

a ajouté Yongyuth Chalamwong, directeur de recherche à l’Institut de Recherche et de Développement de Thaïlande.

Les conséquences de la crise politique sur le marché de l’emploi commencent donc à réellement se faire sentir. Comme l’a d’ailleurs souligné Yongyuth Chalamwong, le vide politique actuel a stoppé la plupart des investissements publics.

Une perte de 90 milliards de bahts est à prévoir pour l’industrie du tourisme

Le tourisme aussi en prend un coup : d’après le Bangkok Post, les arrivées de touristes chinois par le biais de l’association Thai Travel Agents ont chuté, en baisse de 61%, les japonais à 58,8 %, et les russes à 9,32%.

Si cette tendance devait persister durant la première moitié de l’année, les pertes de l’industrie du tourisme pourraient s’élever à 90 milliards de bahts (environ 2,14 milliards d’euros). « La perspective n’est pas bonne du tout », a affirmé Mr Yongyuth.

« Et maintenant, le premier trimestre est presque fini, mais il n’y a toujours aucune solution [à l’impasse politique] en vue. »

Un coup dur de plus pour la Thaïlande qui tire 8% de ses ressources du secteur touristique.

En janvier déjà, les compagnies aériennes asiatiques dont Cathay Pacific et Singapore Airlines avaient supprimé des vols vers le pays à cause des manifestations.

Des ménages très endettés

Du côté des revenus des ménages, la moyenne s’élevait 25 403 bahts par mois dans la première moitié de l’année dernière, tandis que les dépenses moyennes s’élevaient à 19 259 bahts.

L’endettement moyen des ménages thaïlandais est de 159 492 baht, en hausse de 8,7% depuis le début de l’année.

De plus, les ménages auraient tendance à consommer moins ces derniers temps, ce qui n’arrange en rien la situation économique de la Thaïlande.

Selon la présidente UTCC Saowanee Thairungroj, la confiance dans l’économie aurait en effet chuté au cours du dernier mois à 61,4 points. L’origine de cette baisse de confiance ?

Les préoccupations des Thaïs par rapport à la crise politique pendant les manifestations, mais aussi l’état d’urgence mis en place par le gouvernement dans la capitale et ses provinces voisines.

Au-delà de l’impasse politique actuelle, le pays risque alors de se retrouver coincé dans une impasse économique. La Thaïlande pourrait d’ailleurs même perdre son opportunité de devenir le centre de la communauté économique de l’ASEAN (AEC), qui doit entrer en vigueur l’année prochaine.

Par Pauline Bouveau

Étudiante en Master 1
Nouvelles Pratiques Journalistiques
Université Lumière Lyon 2