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Chine : comment gérer le ralentissement ?

Aujourd’hui le moteur de croissance chinois est grippé et le ralentissement de sa croissance inquiète. A commencer par la Thaïlande qui entretient des relations privilégiés avec la Chine depuis longtemps. La contribution la plus importante à la croissance du tourisme thaïlandais au premier semestre 2012 étant celle des Chinois qui représentent un million de visiteurs sur cette période, soit une hausse de 28.87 % par rapport au premier semestre 2011.

La puissance de la Chine fascine, elle  été la locomotive de la croissance mondiale depuis une décennie, devenant l’usine du monde et amassant de ce fait des excédents commerciaux records et plus de 3200 milliards de dollars de réserves en devises. Tout le contraire de l’Europe qui croule sous les dettes et les déficits de part son manque de compétitivité sur le marché des biens et services.

Aujourd’hui le moteur de croissance chinois est grippé et le ralentissement de sa croissance inquiète. A commencer par la Thaïlande qui entretient des relations privilégiés avec la Chine depuis longtemps. La contribution la plus importante à la croissance du tourisme thaïlandais au premier semestre 2012 étant celle des Chinois qui représentent un million de visiteurs sur cette période, soit une hausse de 28.87 % par rapport au premier semestre 2011.

Shanghai Tower city
Le ralentissement de la croissance chinoise traduit, jusqu’à un certain point, le succès des efforts du gouvernement pour freiner la bulle immobilière

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Le PIB annuel de la Chine a baissé de 8,1 % au premier trimestre 2012 à 7,6 % au deuxième, son niveau le plus faible depuis le deuxième trimestre 2009. L’annonce de ce chiffre a peut-être dissipé les craintes d’un atterrissage difficile pour la Chine, mais nombre d’observateurs ont néanmoins estimé que la Chine doit stimuler son économie pour garantir les 8 % de croissance annuelle.

Le gouvernement chinois a resserré sa politique monétaire depuis le début 2010 pour contenir l’inflation et les bulles immobilières.

Cela s’est traduit par une baisse de l’inflation –  2,2 % en juin, le plus bas depuis 29 mois – et par une stabilisation, et même un modeste fléchissement des prix de l’immobilier, alors que le Bureau National des Statistiques ne publie malheureusement plus de chiffre officiel pour ce secteur.

Ce ralentissement de la croissance chinoise traduit, jusqu’à un certain point, le succès des efforts du gouvernement pour freiner la bulle immobilière, ainsi que celui d’autres politiques officielles destinées à rééquilibrer l’économie. L’investissement dans le développement immobilier, qui représente directement plus de 10% du PIB, a chuté de 16,3 points au cours du premier semestre 2012. Cela a entrainé un ralentissement des investissements dans nombre d’industries corollaires, comme les matériaux de construction, l’ameublement et l’électroménager, provoquant une chute de la croissance annuelle des investissements en immobilisations de 25,6% à 20,4%.

La tendance dans la consommation des ménages est moins claire.

Mais de nombreux économistes ont trouvé des éléments permettant de penser que la croissance de la consommation des ménages a été plus forte dans la première moitié de 2012 que ne l’indiquent les statistiques officielles.

Le ralentissement de l’économie en 2012 aurait du être anticipé par le gouvernement en 2011. Dans son discours prononcé début 2012 devant le Congrès Annuel du Peuple, le premier ministre Wen Jiabao, expliquant pourquoi l’objectif indicatif de croissance économique du gouvernement était de 7,5% pour 2012, précisait que le propos était « d’encourager le travail dans tous les secteurs vers une accélération de la transformation du modèle de développement économique et de rendre le développement économique plus durable et efficient. »

En fait, afin de créer un espace suffisant permettant une évolution du modèle de croissance axé sur le PIB, le 12ème plan quinquennal de la Chine établit un objectif indicatif de 7% par an en moyenne pour la période 2010-2015.

Le taux d’investissement en Chine constitue 50% du PIB, tandis que le taux d’investissement dans l’immobilier y contribue pour plus de 10%.

Compte tenu de la prévalence de constructions répétitives et de gaspillages permanents, l’efficacité des investissements se détériore rapidement. Avec un taux de croissance annuelle de 10%, un taux d’investissement de 50% implique un rapport capital/production de 5, ce qui est inhabituellement élevé comparé à d’autres pays.

La consommation de la Chine est de 36%. Si les statistiques gouvernementales ne sont pas toujours très fiables, ce taux est bien trop faible. Tandis que d’énormes sommes d’argent ont été allouées aux infrastructures matérielles, les dépenses publiques en capital humain et en sécurité sociale sont en deçà de la moyenne mondiale. Plus de ressources devraient être déplacées de la création de capital matériel vers la création de capital humain.

Grâce à des excédents persistants de compte courant et de compte de capital depuis deux décennies, la Chine a accumulé 3200 milliards de dollars de réserves en devises étrangères. Mais étant à la tête de gigantesques actifs étrangers nets, la Chine entretient un déficit de son compte de revenus sur investissement. Depuis 2008, l’excédent du compte courant de la Chine a chuté de manière significative en proportion du PIB. Mais la Chine continue d’entretenir des excédents jumeaux, et il reste à définir si cette baisse est structurelle ou cyclique.

En effet, la Chine doit accélérer sont ajustement économique, y compris aux dépends de la croissance.

Sinon, elle devra payer un coût d’ajustement d’autant plus fort par la suite. Le gouvernement a maintenu durant des années un objectif implicite de croissance minimum de 8% par an, considéré comme nécessaire pour créer dix millions de nouveaux emplois par an. Mais les évolutions démographiques et structurelles ont pu altérer les conditions du marché du travail : jusqu’à présent, malgré une croissance inférieure à 8%, il semble y avoir certains signes de désarroi.

Il reste à savoir si, agacé par le plus mauvais résultat trimestriel de croissance en trois ans, le gouvernement instaurera un important plan de relance, avec les mêmes conséquences que la Chine a subies à chaque fois qu’un tel plan a été mis en place.

Wen a récemment déclaré que la Chine « devrait poursuivre sur la voie d’une politique budgétaire proactive et d’une politique monétaire prudente, tout en privilégiant la croissance. » De plus, le gouvernement a approuvé ces derniers mois d’importants projets dans l’acier et l’énergie, et d’autres accords pourraient se concrétiser.

Il est tout à fait pertinent pour un gouvernement de réagir rapidement face à l’évolution d’une situation. Mais le ralentissement à 7,8% de la croissance annuelle au premier semestre 2012 ne justifie pas un changement d’orientation. La Chine doit choisir entre croissance forte et ajustement structurel rapide. Elle ne peut pas avoir les deux en même temps. Face au ralentissement actuel, la Chine peut se permettre de maintenir son cap, du moins pour le moment.

Traduit de l’anglais par Frédérique Destribats

Yu Yongding est un ancien membre du Comité de politique monétaire de la Banque Populaire de Chine et ancien directeur de l’Académie chinoise de l’Institut scientifique pour l’économie et la politique mondiale. Copyright: Project Syndicate, 2012