Le 28 juin 2019 marquera les cent ans du traité de Versailles, ayant mis fin à la première guerre mondiale.

Au milieu des grandes puissances occidentales, on retrouve le Royaume de Siam, qui tente d’accroître sa souveraineté et de se donner une légitimité internationale.

Il y a tout juste cent ans, le 28 juin 1919, au château de Versailles, le monde mettait officiellement fin à guerre la plus atroce que l’humanité avait jusqu’alors connue.

Dans la grande galerie des glaces, les représentants des 31 pays victorieux signèrent le traité de paix, quelques mois après l’armistice. 

Vendredi marque le 100e anniversaire du Traité de Versailles, l’un des documents les plus importants du 20e siècle.

Ce traité ne met pas uniquement fin à la première guerre mondiale, mais prévoit également des sanctions à l’encontre de l’Allemagne.

Il contient aussi la création de la SDN (Société des Nations), ancêtre des Nations Unies, imaginée par le président américain Woodrow Wilson dans le but de maintenir la paix mondiale.

Parmi les signataires, figurent deux princes thaïlandais, Charoonsakdi Kritakara et Traidos Prabhandh Devakula: un des plus plus grand succès de la politique étrangère thaïlandaise à l’époque de l’impérialisme. 

Le Royaume de Siam rejoint les Alliés en 1917

Lorsque la Première Guerre mondiale a commencé en 1914, il s’agissait d’un lointain conflit européen pour le Royaume de Siam. Le Royaume ne se sentait alors pas réellement affecté et décida d’adopter une position neutre entre les principaux belligérants.

Mais à mesure que le conflit gagnait en ampleur et s’étendait au niveau mondial, des pressions se sont exercées sur la Thaïlande pour qu’elle prenne position avec un camp. Pour des raisons de stratégie politique, mais aussi personnelle, le roi Rama VI et ses principaux conseillers décidèrent de déclarer la guerre à l’Allemagne en juillet 1917 et de rejoindre les Alliés (alliance entre la France, la Grande-Bretagne, la Russie, les États-Unis et le Japon).

Monument aux morts de la guerre de 14-18 dans le jardin de Sanam Luang à Bangkok. Photo : LeroypyMonument aux morts 14-18CC BY-SA 3.0

Le choix avait également été renforcé par l’entrée des États-Unis dans le conflit en avril 1917

Dès son entrée en guerre, le Royaume de Siam emprisonna les 300 citoyens allemands et austro-hongrois présent sur ses terres, confisquant leurs entreprises et saisissant une flotte de navires marchands allemands.

La Thaïlande prit l’audacieuse décision d’envoyer un contingent de 1 300 hommes en France à la fin de l’été 1918, et fournit un soutien logistique derrière les lignes de front. Les troupes siamoises opéraient sous leur propre drapeau et leur propre commandement :  ce qui fit du Royaume de Siam le seul belligérant indépendant d’Asie du Sud-Est sur les champs de bataille d’Europe. 

L’unité médicale comprenait des infirmières et furent, selon des sources thaïlandaises, les seules femmes à servir dans les tranchées du front occidental.

Le contingent siamois participa au défilé de la Victoire à Paris le 14 juillet 1919 et fut de retour au Siam le 21 septembre 1919.

Le roi Rama VI était convaincu que la participation du Siam serait l’occasion de contrer les visées impérialistes tant des Britanniques (cession de quatre provinces du Sud par le traité anglo-siamois de 1909) que des Français (perte du Laos et du Cambodge).

Le roi Rama VI était convaincu que la participation du Siam serait l’occasion de contrer les visées impérialistes des Britanniques et de la France

Une victoire permettant de participer au célèbre traité de Versailles

Sa participation, de manière indépendante, du côté des Alliés, permit à la Thaïlande de participer à la conférence de paix de Paris, où ses délégués eurent l’occasion de rencontrer les grandes puissances.

A Versailles, le Royaume de Siam a fait valoir ses intentions : se débarrasser des traités inégaux avec lesquels les puissances coloniales obtenaient des avantages commerciaux dans le Royaume et obtenir la pleine souveraineté en faisant partie du nouvel ordre international de l’après-guerre. 

Le Bangkok Times, la veille de la conférence, a commenté  » une grande porte est maintenant ouverte pour ce pays. Et nous, Occidentaux, nous ne devons pas oublier que nous sommes également en procès ».

Les princes Charoon et Traidos firent offices de très bons représentants lors des négociations : diplomates expérimentés, ils étaient cosmopolites, polyglottes et connaissaient bien le droit international.

Parmi les autres membres éminents de la délégation siamoise figuraient le célèbre homme d’affaires et diplomate Phraya Bibadh Koshsa (Celestino Xavier), ainsi qu’un jeune prince récemment diplômé de Sciences Po Paris, Wan Waithayakorn.

Ce dernier allait succéder au Prince Charoon comme premier diplomate thaï pendant la majeure partie du XXe siècle.

Centenaire du traité de Versailles : la Thaïlande dans la Première Guerre mondiale

Les enjeux diplomatiques: affirmer la souveraineté du Royaume de Siam face aux puissances coloniales

A l’époque, le Royaume de Siam avait modernisé le pays selon les lignes occidentales afin de montrer aux puissances impériales le degré de civilisation du Royaume.

En se joignant activement à la guerre, la Thaïlande a souhaité renforcer sa position pour être traité sur un pied d’égalité par l’Occident.

Lorsque les négociations du traité de Versailles commencèrent en janvier 1919, la délégation thaïlandaise mena une stratégie discrète et efficace, mais sa réussite fut partielle.

Alors que l’Allemagne a été contrainte d’abandonner tous ses traités inégaux en Thaïlande, la Grande-Bretagne et l’Allemagne ont refusé de faire de même. Encore trop colonialistes, il a fallu attendre encore plusieurs années de négociations pour se défaire de ces traités.

Mais victoire pour le Royaume de Siam, qui parvint à s’inscrire parmi les membres fondateurs de la première organisation internationale permanente, la SDN.

« Que nous soyons membres de la Ligue dont le devoir est de réglementer les affaires mondiale selon les principes du droit et de la justice, se révèle être pour nous une satisfaction et une fierté  »

Le Roi de Thaïlande RAMA VI.

Par la suite, la Thaïlande s’abstint de s’impliquer dans les questions politiques qui auraient pu mener à la chute de la SDN. Mais le Royaume fut actif dans les travaux techniques sur le contrôle de l’opium, la traite des êtres humains ou encore la santé publique.

Ces secteurs ont eu un fort impact sur le développement social et les politiques publiques du Royaume pendant l’entre deux guerre. 

Le Royaume put alors s’appuyer sur ses références multilatérales lorsqu’il rejoindra après la seconde guerre mondiale le successeur de la SDN : l’Organisation des Nations Unies

Le traité de Versailles a marqué la fin formelle de la Première guerre mondiale, et fut une profonde humiliation pour l’Allemagne. Traumatisme qui hantera l’Europe deux décennies plus tard, lorsqu’une Allemagne belliqueuse entraînera le continent, puis le monde, dans un nouveau conflit. 

Mais le 28 juin 1919, l’atmosphère est joyeuse et optimiste, puisque le traité de Versailles est signé lors d’une célébration festive dans la galerie des Glaces, où l’Empire allemand a été proclamé en 1871 et où le roi Louis XIV a reçu l’ambassade du Royaume de Siam en 1686.

Le 28 juin met aussi en avant le succès de la stratégie de la Thaïlande, ayant choisi de combattre au côté des Alliés. C’est une nouvelle avancée pour l’indépendance du Royaume, même si ce dernier est encore entouré de colonies européennes et de puissances occidentales qui  continuent d’exercer une influence sur la politique et l’économie du pays. 

Deux semaines plus tard, à l’occasion du 14 juillet 2019, les soldats thaïlandais ont défilé avec leur drapeau dans le centre de Paris : signe que le Royaume de Siam était parvenu à se créer une place sur la scène internationale. 

Le Traité de Versailles a marqué une étape décisive dans l’évolution du droit international et vers l’organisation d’un système mondial. 

Pour certains pays, le traité a perpétué l’ordre colonial, pour d’autres, comme la Thaïlande, il a constitué un pas vers une plus grande souveraineté. 

L’héritage de la participation du Royaume à ces événements est symbolisé par le monument commémoratif, dédié aux soldats siamois de la Première Guerre mondiale, qui se trouve à Sanam Luang, à Bangkok.

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