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Edito

2019, une année de transition inachevée

Marquée par les élections législatives du mois de mars, l’année 2019 a permis à la Thaïlande de rejoindre le camp des démocraties.

L’année 2019 vient de se terminer, et elle restera sans doute comme une année de transition inachevée dans l’histoire de la Thaïlande.

Les élections de mars 2019 devaient être l’occasion pour la Thaïlande d’effectuer une transition en douceur vers un régime démocratique après cinq années de dictature militaire.

Mais neuf mois après les élections la Thaïlande hérite d’un régime qui a les apparences d’une démocratie, mais qui continue d’harceler et de réprimer l’opposition.

Une démocratie en mode kaki

De nombreux groupes de défense des droits de l’homme estiment que la Thaïlande a fait peu ou pas du tout de progrès dans le rétablissement de la démocratie depuis l’élection de mars dernier.

De fait l’armée a conservé le contrôle et la haute main sur quasiment tous les organismes indépendants qui sont censés garantir le bon fonctionnement du système démocratique.

C’est le cas de la Commission Electorale (EC) ou de la Cour Constitutionnelle dont les membres et les juges ont tous été nommés par la junte responsable du coup d’Etat de 2014.

Le 21 janvier prochain la Cour Constitutionnelle doit justement se prononcer sur l’éventuelle dissolution du parti d’opposition Future Forward arrivé en troisième position aux élections de 2019 avec plus de 6 millions de voix.

En cas de dissolution il est fort probable qu’un nouveau cycle de manifestations de rue se profile à l’horizon pour 2020, comme l’a annoncé son principal dirigeant lors d’une première manifestation qui s’est tenue à Bangkok le 14 décembre.

La Cour constitutionnelle a déjà condamné son président, Thanathorn Juangroongruangkit, le mois dernier pour avoir détenu des actions dans une société de médias alors qu’il se portait candidat, le privant de son siège au Parlement. 

Le 21 janvier son parti risque à son tour la dissolution judiciaire par la Cour constitutionnelle pour avoir accepté un prêt à hauteur de 190 millions de bahts de la part de son président fondateur.

La Cour devra également se prononcer sur une accusation de « sédition » qui repose sur des liens supposés entre le FFP et la secte Illuminati, car son logo en forme de pyramide ressemble à celui de la secte.

Un gouvernement militaire au service des élites ?

« Le même groupe d’élites exerce toujours le pouvoir, mais sous une forme déguisée », a déclaré Titipol Phakdeewanich, doyen de la faculté de science politique de l’Université Ubon Ratchathani à VOA News.

« La Thaïlande est décrite comme un pays démocratique alors qu’elle ne l’est pas. C’est une sorte d’illusion pour rétablir les liens avec l’Occident, car les militaires sont toujours là et ils utilisent le système juridique pour tout contrôler ».

Titipol Phakdeewanich, doyen de la faculté de science politique de l’Université Ubon Ratchathani.

Avant les élections, la junte avait promis d’annuler les centaines de diktats qu’elle avait imposés au cours des cinq dernières années en vertu des pouvoirs spéciaux (le fameux article 44) conféré au général Prayuth.

Mais l’opposition a fait remarquer qu’elle les a en fait intégré en grande partie dans les lois existantes, y compris un décret donnant aux militaires le pouvoir de détenir des personnes jusqu’à sept jours sans inculpation.

La colère des gens est réelle et tangible. La frustration s’accumule et la situation pourrait devenir périlleuse si les militaires ne tolèrent pas le débat démocratique. Si vous allez sur les marchés en province, les gens vous diront combien ils détestent le gouvernement. 

Thanathorn Juangroongruangkit, président du FFP (conférence de presse au FCCT)

En novembre, l’opposition a pris la coalition au pouvoir par surprise et rassemblé assez de votes pour adopter une motion visant à mettre en place une commission spéciale pour examiner ces décrets.

Le président de la Chambre a annulé le vote et appelé à un recomptage qui s’est transformé en un deuxième vote quelques jours plus tard, au cours duquel la motion à cette fois été rejetée de justesse.

Olivier Languepin

Par Olivier Languepin

Journaliste basé à Bangkok depuis 2006. Rédacteur en chef de thailande-fr.com.

1 réponse sur « 2019, une année de transition inachevée »

Désolé mais c’est trop délicat de faire des commentaires sur un sujet aussi savonnette, et je préfère conserver mon visa pour le moment, mais je crois que vous m’avez compris…

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