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Edito

La Thaïlande prise en otage

Un quartier entier assiégé par l’armée, des ambassades fermées qui conseillent à leurs ressortissants d’éviter de voyager ou de se déplacer en Thaïlande, des journalistes qui travaillent en gilet pare balles : certains quartiers de Bangkok ont un petit air de Bosnie dans les années 90 ces derniers jours.

Un général rebelle abattu en plein centre de Bangkok par un sniper, un quartier entier assiégé par l’armée, des ambassades fermées qui conseillent à leurs ressortissants d’éviter de voyager ou de se déplacer, des journalistes qui travaillent en gilet pare balles : certains quartiers de Bangkok ont un petit air de Bosnie dans les années 90 ces derniers jours.

Peu importe que les troubles soient désormais circonscrits à un quartier de Bangkok dont la surface ne dépasse pas quelques kilomètres carrés, et ne concerne plus que quelques milliers d’irréductibles : le prisme médiatique a renvoyé dans le monde entier l’image d’un pays déchiré par un conflit violent et apparemment sans issue.

L’image d’un pays violent

L’exécution du général rebelle « Sae Deng » par des tireurs d’élite pourrait paradoxalement rendre une sortie de crise négociée plus facile, car elle affaiblit considérablement la fraction extrémiste et pro-communiste des chemises rouges. Cette fraction a torpillé les négociations autour du plan de réconciliation du gouvernement, d’abord  en temporisant l’évacuation du quartier retranché de Radjprasong, puis en rajoutant sans cesse de nouvelles conditions absurdes et matériellement impossibles à satisfaire dans un délai raisonnable.

Paradoxalement l’élimination de Sae Deng pourrait permettre une reprise des négociations en affaiblissant la fraction extrémiste de l’UDD

Les dirigeants de l’UDD (dont les plus avisés ont déjà rompu avec leur organisation comme Veera Musikhapong ) ont sciemment fait échouer un plan de sortie de crise qui aurait aboutit à une solution pacifique et à des élections.

Davantage que le mépris qu’ils ont pour leur pays, ils ont démontré le mépris qu’ils ont pour les gens qu’ils sont censés représenter, mettant en danger la vie de milliers de personnes innocentes, maintenant prises au piège.

Tous les Thaïlandais sont depuis des mois, otages d’une situation que pour la plupart ils n’ont pas voulu, quelque soit la couleur de leur chemise. Mais les conséquences économiques, même si elles sont à prendre au sérieux, pourront être surmontées à long terme.

Des civils comme bouclier humain

En revanche les vies perdues, ou gâchées pour toujours par des blessures graves, sont perdues pour toujours. La direction actuelle de l’UDD a maintenant fait preuve de sa totale incompétence : sa seule véritable ligne de conduite est la démagogie dans ce qu’elle a de plus lamentable. Une attitude irresponsable à l’égard de ceux qui les suivent, dont les intentions sont sincères, et qui défendent des revendications légitimes.

Les responsables politiques de l’UDD sont maintenant au bout du rouleau, ayant constamment joué sur tous les tableaux : professant la non violence et la défense de la démocratie contre la dictature, tout en abritant des terroristes parmi eux utilisant des civils comme bouclier humain.

Sans rire, les dirigeants de l’UDD utilisent la stratégie du Hamas tout en arborant des tee shirts de Gandhi.

Leurs sbires ont fait feu à balles réelles sur des militaires qui ont riposté, provoquant des morts innocents qui étaient venus manifester pacifiquement pour la plupart,  et ils réclament maintenant l’inculpation du vice Premier ministre pour militer contre le « double standard » dans la justice.

Avant de réclamer la fin du « double standard » il serait peut être bon de mettre fin au double langage et à la manipulation. Mais qu’attendre de dirigeants qui ont commencé leur mobilisation en diffusant en boucle des enregistrements truqués du Premier ministre appelant à la violence dans la répression ?

Le leader de l'UDD Jatuporn Prompan au moment de son arrestation, et vetu d'un tee shirt à l'effigie de Ghandi
Le leader de l’UDD Jatuporn Prompan au moment de son arrestation, et vetu d’un tee shirt à l’effigie de Gandhi

Dans quel pays au monde autorise t’on une manifestation de six semaines en plein centre de la capitale, encadrée par un milice armée de lance grenades, et de fusils d’assaut ?

S’il s’agit d’une dictature sanguinaire, comme la propagande de l’UDD décrit quotidiennement le gouvernement d’Abhisit, alors je souhaite à beaucoup de pays dans le monde de vivre avec ce genre de dictature comme forme de gouvernement.

Les dictateurs ne sont pas toujours là où on les attends, et les clowns tristes qui ont pris la direction de  l’UDD et imposé une  « ligne dure », doivent maintenant faire face à la réalité. La Thaïlande n’est pas une dictature sanglante, ni la Russie des années 20. Abhisit n’est pas Pinochet même s’il na pas été élu directement par le suffrage universel.

Jatuporn n’a pas l’envergure d’un Lénine, ni Sae Deng celle d’un Trotsky. La surenchère verbale et la démagogie ne peuvent pas éternellement tenir lieu de programme politique, et il est un peu tard pour remballer le béret du Che et le remplacer par un baton de pèlerin. Il est maintenant temps pour les responsables de l’UDD d’envisager une reddition pure et simple et sans conditions farfelues, comme ils s’étaient d’ailleurs engagé à le faire pour le 15 mai.

L’heure des comptes a sonné et les dirigeants des « chemises rouges » peuvent encore quitter la scène la tête haute sans se transformer eux mêmes en dictateurs, et sans imposer à une foule innocente d’autres sacrifices inutiles et la poursuite d’une partie perdue d’avance.

Olivier Languepin

Olivier Languepin

Par Olivier Languepin

Journaliste basé à Bangkok depuis 2006. Rédacteur en chef de thailande-fr.com.

25 réponses sur « La Thaïlande prise en otage »

Il est bien sûr un peu tard pour m’en apercevoir, mais je tiens néanmoins à signaler que le commentaire du 17 mai 2010 à 01:10 n’est pas de moi.
Mon « identité » semble avoir été usurpée! En effet, ce qui est dit dans ce commentaire ne correspond absolument pas à mon opinion sur cet article que je trouve au contraire excellent.
D’ailleurs, si j’avais émis l’opinion postée par ce faux Syned, j’aurais été en contradiction totale avec tous les autres posts que j’ai laissés à la suite d’ articles sur le même sujet.
En attendant, bonjour la lâcheté! C’est pitoyable…

Pcpc on se comprends alors c’est bien. Bon débat. Ma femme me répète sans cesse que la « Dame » est mêlée dans de bizarres business, qu’elle est, au contraire d’une « Elizabeth », la cheffe de l’armée, comme l’indique les décorations « discrètes » qu’elle arbore. …/…
J’angoisse un peu à vrai dire. Depuis ma petite Suisse natale j’ai beaucoup d’inquiétude pour un pays avec lequel nous avons une amitié spéciale et très proche avec SM le Roi. On se sens très impliqués sans l’être vraiment au fonds. Maintenant que le calme est théoriquement revenu, de grands enjeux cruciaux sont encore à venir. La politique c’est une chose mais le trône en est une autre. Seront ils comme vous le dites capables de vivrent ( s’entendre ) ensemble. J’aime la Thailande et les Thailandais, je souhaite vraiment le meilleur à ce formidable peuple.

Le probleme reste essentiellement Thaksin qui subventionne largement les rouges et leurs manifs. Mais la nomination d’une nouvelle responsable plus moderee a la tete du mouvement est un signe encourageant, peut etre le signe que l’UDD prend ses distances avec Thaksin

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