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Le calvaire sans fin des Hmongs en Thaïlande

Ils sont près de 8000 à vivre dans le camp de Huai Nam Khao après avoir fui le Laos: leur pays d’origine, mais aussi un pays communiste qu’ils ont pour la plupart quitté, parce qu’ils redoutaient la répression et les mauvais traitements. Les Hmongs font partie de ces réfugiés oubliés du monde, entassés dans des camps provisoires, et coincés entre deux pays qui les rejettent. La Thaïlande veut s’en débarrasser, et le Laos veut les punir pour avoir aidé les Américains pendant la guerre du Vietnam.

Ils sont près de 8000 à vivre dans le camp de Huai Nam Khao après avoir fui le Laos: leur pays d’origine, mais aussi un pays communiste qu’ils ont pour la plupart quitté, parce qu’ils redoutaient la répression et les mauvais traitements. Les Hmongs font partie de ces réfugiés oubliés du monde, entassés dans des camps provisoires, et coincés entre deux pays qui les rejettent. La Thaïlande veut s’en débarrasser, et le Laos veut les punir pour avoir aidé les Américains pendant la guerre du Vietnam.

Vous pensez que la guerre du Vietnam est terminée depuis plus de trente ans ? Pas pour tout le monde. Parce que certains d’entre eux ont servi comme auxiliaires de l’armée américaine et ont travaillé pour la CIA, les Hmongs sont pourchassés et persécutés par le gouvernement communiste du Laos. Plusieurs milliers d’entre eux ont réussi à fuir leur pays et à se réfugier en Thaïlande, notamment dans la région de Petchabun, mais les autorités thaïlandaises ne leur ont jamais accordé le statut de réfugiés politiques, et les considèrent toujours comme des immigrants illégaux. Depuis le début de l’année la situation des Hmongs de Thaïlande s’est brutalement dégradée.

En Février 2008, le ministre thaïlandais des affaires étrangères Noppadon Pattama a déclaré que les  gouvernements de la Thaïlande et du Laos avaient conclu un accord pour organiser le rapatriement de tous les Hmongs, soit environ  8000 personnes, réfugiés dans le camp de Huai Nam Khao d’ici la fin de 2008. Depuis la situation n’a cessé d’empirer, car cet accord est intervenu en dehors de toute intervention des organisations internationales qui devraient logiquement superviser une telle opération. La semaine dernière près de 800 Hmongs ont déjà été renvoyés au Laos dans un convoi dirigé par l’armée thaïlandaise. La Thaïlande prétend que ces départs ont lieu sur la base du volontariat, mais il ne fait guère de doute que la plupart des expulsés l’ont été contre leur gré.

Des départs volontaires ?

Selon l’ONG Médecins Sans Frontières (MSF) « Les autorités thaïlandaises affirment qu’il s’agissait de rapatriements volontaires. C’est difficile à croire. Des familles ont été séparées. Une de nos employées hmongs qui s’était jointe à cette marche a été renvoyée au Laos sans ses enfants et d’autres cas similaires nous ont été rapportés. Beaucoup de réfugiés avaient exprimé de fortes craintes à l’idée d’être renvoyés au Laos », a indiqué Gilles Isard, chef de mission MSF en Thaïlande. Depuis le début de son intervention au camp de Huai Nam Khao, l’ONG française a enregistré de nombreux témoignages faisant état de répressions contre les Hmongs, aussi bien avant leur arrivée en Thaïlande, qu’après leur rapatriement au Laos. Toujours selon MSF:

“Dans le camp de Huai Nam Khao, plus de 150 personnes ont des traces de blessures par balle, infligées selon leurs dires par l’armée laotienne voici quelques années alors qu’ils vivaient dans la jungle. Des réfugiés hmongs qui étaient soignés par MSF pour des traumatismes psychologiques dus aux violences et aux persécutions subies au Laos figurent parmi les personnes disparues.“

Par ailleurs ce rapatriement intervient un mois à peine après de graves incidents dans le camp, et il semble difficile de ne pas y voir une punition pure et simple de ceux qui ont participé à ces incidents. Au cours du mois de mai 2008, un incendie a éclaté dans une partie du camp de Huai Nam Khao, sans que son origine n’ait été clairement établie. Peu avant cet incendie, une grève de la faim avait éclaté pour protester contre l’arrestation par les militaires thaïlandais de Lee Xue, un des leaders politiques hmongs du camp. Lee Xue était précisément accusé de fournir des informations aux médias prouvant que les renvois de Hmongs vers le Laos étaient bien effectués de force, et non sur la base du volontariat comme le prétendent les autorités thaïlandaises. Craignant d’être lui même expulsé vers le Laos, Lee Xue s’était enchainé à l’entrée principale du camp pendant une semaine.

Au mois de juin le camp de réfugiés était en fait au bord de l’émeute: 5 000 réfugiés avaient entamé, le 19 juin, une marche pour protester contre l’accord de rapatriement conclu entre les gouvernements thaïlandais et laotien. Ces manifestants ont été encerclés par l’armée thaïlandaise deux jours plus tard près du village de Kek Noi et MSF estime que depuis lors, 1 300 personnes n’ont pas rejoint le camp de Huai Nam Khao. Les 800 réfugiés hmongs renvoyés de force au Laos, faisaient comme par hasard partie de ce groupe de manifestants.

“Ils ont manifesté contre leur déportation et contre le fait que la Thaïlande refuse d’autoriser le HCR à intervenir sur place. Pendant qu’ils étaient dans les bus qui les conduisaient vers la frontière, certains nous appelaient avec leurs téléphones portables pour nous demander de l’aide. Dans le camp plusieurs familles ont été séparées car le père avait participé à la manifestation, pendant que la mère était restée au camp avec les enfants.” explique un responsable de MSF joint par téléphone.

Le HCR grand absent des négociations

Depuis plusieurs années MSF réclame que le HCR intervienne au camp de Huai Nam Khao et prenne en charge la question des rapatriements, c’est à dire de l’examen individuel des dossiers. Mais la Thaïlande considère par principe que le Hmongs sont des immigrants illégaux pour des raisons économiques. Le HCR n’a donc jamais eu le droit de pénétrer dans le camp, et malgré de nombreuses demandes officielles, cet organisme n’a pas été autorisé à évaluer les conditions matérielles des réfugiés, ni à examiner leur dossier de façon objective.

Récemment l’UNHCR a pourtant publiquement exprimé son inquiétude concernant la situation des Hmongs. Jennifer Pagonis, porte-parole pour la Haute Commission de l’ONU pour les réfugiés, estime que le récentes expulsions pourraient aller à l’encontre du principe qu’aucun réfugié ou demandeur d’asile ne devrait être forcé de retourner dans un pays où il pourrait être victime de persécutions. “Le manque de transparence et de l’absence de tierce partie pour surveiller l’opération de retour rend impossible de vérifier la nature volontaire du rapatriement” a t-elle ajouté. Mais l’accord bilatéral passé entre le Laos et la Thaïlande prévoit expressément l’exclusion de toute intervention de tierce partie. La situation est donc pour le moment sans issue: seule des pressions internationales pourraient amener le gouvernement thaïlandais à revoir sa position, mais pour l’instant elles n’ont sans doute pas atteint un niveau suffisant.

Photos: MSF et Daniela Abadi

Redaction Bangkok

Par Redaction Bangkok

La rédaction de thailande-fr est installée à Bangkok depuis 2007, avec un rédacteur en chef, des pigistes, et des stagiaires d'écoles de journalisme et de communication.

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