Insécurité routière : la Thaïlande deuxième pays le plus meurtrier au monde

Heureusement si on ose dire, il y a la Libye. Il faut un pays africain sous développé et en guerre civile, pas moins, pour éviter à la Thaïlande de remporter le trophée peu enviable de champion du monde de l'insécurité routière.

La Thaïlande manque de peu une première place dans un classement où il vaut mieux éviter de briller : celui du nombre de morts sur les routes.

Pour être sur le podium de l'insécurité routière dans le monde, il faut aller en Afrique, de préférence dans un pays en guerre civile comme la Libye, seul pays à surpasser la Thaïlande en matière de mortalité sur les routes.

La loi insuffisamment appliquée

L'absence de normes de sécurité de base et surtout la mauvaise application des lois déjà existantes sont les deux facteurs combinés qui font de la Thaïlande, le deuxième pays le plus dangereux au monde pour les accidents de la route selon une nouvelle enquête de l'Organisation mondiale de la Santé.

C'est le cas en particulier pour le port du casque à moto alors que les deux roues représentent 70% de tous les décès sur les routes de Thaïlande.

Dans l'édition 2015 de son Rapport de situation sur la sécurité routière, l'agence de santé des Nations unies a estimé que 14 059 ont été tuées sur les routes thaïlandaises en 2012, soit un taux de mortalité de 36,2 personnes par 100 000, un taux seulement dépassé par la Libye, un pays déchiré par la guerre civile où 73,4 personnes par 100 000 sont mortes la même année.

Le taux de mortalité routière de la Thaïlande est proche de l'Iran (32,1 pour 100 000), du Togo (31,1) et de neuf pays africains qui ont affiché des taux entre 30 et 35.

Un nombre réel plus élevé que le chiffre officiel

En outre, l'OMS estime que le nombre réel d'accidents de la route en Thaïlande a été beaucoup plus élevé que le chiffre officiel. Basé sur ses modèles, l'agence estime ce nombre à 24237 en 2012, 42% de plus que déclaré par le ministère de la santé publique.

Dans le monde, l'OMS estime à 1,25 million le nombre total de personnes tuées dans des accidents de la circulation chaque année.

Mais tandis que de nombreux pays ont intensifié leurs efforts pour améliorer leurs situations, avec des modifications des lois routières, la fabrication de véhicules et de routes plus sûres, les pays à faible et moyen revenus comme la Thaïlande sont à la traîne.

 90% des décès de la circulation mondiale surviennent dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire, alors qu'ils ne comptent que 54% des véhicules en circulation dans le monde.

 

"Les accidents de la circulation routière tuent trop de personnes, en particulier parmi les populations pauvres dans les pays pauvres," a déclaré Margaret Chan (OMS) dans un communiqué de presse repris par l'AFP.

L'absence de normes est particulièrement sensible en Thaïlande, où il n'y pas de loi pour la protection des enfants dans les véhicules, où on n'effectue aucune vérification de sécurité pour les nouveaux projets de construction de routes, ni aucune inspection régulière des infrastructures routières.

La Thaïlande n'a pas non plus de politiques pour séparer les automobilistes des piétons et des cyclistes.

L'OMS a également noté que la loi sur le port de la ceinture de sécurité en Thaïlande ne concerne pas pour tous les passagers, mais seulement ceux assis à l'avant.

La police thaïlandaise peut mieux faire

L'agence de l'ONU chargée de la santé a également donné une mauvaise note à la Thaïlande pour l'application des lois existantes, en donnant à la police du pays une note de trois seulement, sur une échelle de 10 pour la sanction du respect des limites de vitesse.

Le rapport de l'OMS a aussi constaté que 52% des conducteurs de deux-roues seulement - qui représentaient 70% de tous les décès routiers et autoroutiers en Thaïlande- portaient un casque et seulement 20% des passagers.

Dans le monde, près de la moitié de toutes les personnes tuées sur les routes sont des piétons ou sur deux roues.

Le rapport a constaté que la sécurité routière pouvait être considérablement améliorée dans les pays où des lois régissant les cinq principaux facteurs de risque sont appliquées: à savoir le respect des limitations de vitesse, la sanction de la conduite en état d'ébriété, et de l'utilisation de casques sur les deux roues, le port des ceintures de sécurité et l'utilisation de sièges  pour enfants.

80 kmh : une vitesse urbaine trop élevée

L'OMS recommande que la vitesse maximale dans les zones urbaines ne soit pas supérieure à 50 kilomètres par heure. Mais seulement 47 pays, représentant 950 millions de personnes, respectent cette recommandation.

La limite de vitesse maximale urbaine de la Thaïlande, par comparaison, est de 80 kmh.

Le rapport souligne également l'importance de l'interdiction de l'alcool au volant, en notant que seulement 34 pays, avec une population totale de 2,1 milliards, suivent les recommandations de l'OMS pour limiter les niveaux d'alcoolémie autorisés au-dessous de 0,05 grammes.