Bangkok – Lorsqu’on est entouré de voisins comme la Birmanie, le Cambodge et le Vietnam, il n’est pas très difficile de passer pour un bon élève en matière de respect des droits des libertés et des droits de l’homme. Malgré cela l’actualité récente a plusieurs fois montré du doigt la Thaïlande dans des affaires où le royaume se retrouve en position d’accusé.

Le gouvernement a décidé une nouvelle fois de prolonger de trois mois supplémentaires l’état  d’urgence imposé dans les provinces à majorité musulmane du sud du pays. Le décret, promulgué pour la première fois en octobre 2005, avant d’être renouvelé à  14 reprises, a été prolongé jusqu’au 18 avril 2009. L’état d’urgence autorise les autorités locales (en l’occurrence l’armée) à arrêter les suspects et à les placer en détention sans inculpation, et accorde l’immunité  au personnel de sécurité engagé dans ces opérations où une guérilla islamiste affronte l’armée depuis cinq ans.

Est t-il vraiment judicieux de rester dans ce cadre juridique d’exception, alors que la publication du rapport d’Amnesty International sur l’insurrection dans le sud musulman est accablant pour le gouvernement thaïlandais en ce qui concerne l’utilisation de la torture ?

Les forces de sécurité thaïlandaises en campagne anti-insurrectionnelle dans les provinces du sud où règne la violence ont systématiquement recours à la torture et à d’autres formes de mauvais traitements.

La Thailande a aussitôt démenti ces informations, mais n’a pas non plus fourni d’explications supplémentaires sur les nombreux cas de « disparitions » dans les provinces du sud où l’armée applique sans aucun contrôle, les lois d’exception.

Des réfugiés birmans déportés par la Thailande

La semaine suivante c’est un article du South China Morning Post qui révèle assez crument les pratiques condamnables des gardes cotes thaïlandais, et notamment la brutalité avec laquelle l’armée thaïlandaise traite les musulmans birmans qui fuient leur pays, à bord d’embarcations de fortune.

Une fois remis à l’armée thaïlandaise par la police ou la marine, ces boat people sont rassemblés dans le plus grand secret sur une île de la mer d’Andaman, avant d’être conduits dans les eaux internationales et abandonnés sur de vieux rafiots équipés de simples pagaïes.

Inutile de dire que de telles pratiques, si elles sont avérées, violent les plus élémentaires règles internationales qui régissent le traitement des migrants et demandeurs d’asile. Aucun pays n’est tenu d’accorder l’asile de manière inconditionnelle à des immigrants illégaux, mais de là à les abandonner en haute mer, il y a de la marge.

Moins médiatisé mais tout aussi contestable: le rapatriement forcé des réfugiés Hmongs au Laos. La Thaïlande veut s’en débarrasser, et le Laos veut les punir pour avoir aidé les Américains pendant la guerre du Vietnam. Les autorités thaïlandaises affirment qu’il s’agit de rapatriements volontaires, mais c’est difficile à croire. Beaucoup de réfugiés ont exprimé de fortes craintes à l’idée d’être renvoyés au Laos auprès d’ONG qui interviennent dans les camps de réfugiés.

L’ONG française Médecins sans frontières a enregistré de nombreux témoignages faisant état de répressions contre les Hmongs, aussi bien avant leur arrivée en Thaïlande, qu’après leur rapatriement au Laos. La seule solution équitable serait de laisser intervenir le HCR pour faire le tri entre ceux qui peuvent prétendre au statut de réfugiés politiques et les autres.

Mauvaise publicité pour la Thaïlande: un écrivain australien condamné à trois ans de prison pour lèse majesté

Enfin la condamnation à trois ans de prison d’un journaliste australien pour lèse majesté vient s’ajouter a une liste qui commence à être longue en matière d’abus et de censure, en ce qui concerne la liberté de la presse. Personne ne saura exactement ce qu’a écrit l’écrivain australien Harry Nicolaides, qui a déjà été emprisonné sans jugement depuis le 31 août 2008. Le simple fait de reproduire ce dont on l’accuse, serait en fait un crime de lèse majesté. D’où une certaine opacité sur l’application très stricte de cette fameuse loi.

En outre, la détention provisoire était-elle vraiment nécessaire pour un journaliste qui auto publie ses romans, et affirme en avoir vendu au plus une douzaine ? En Thailande la législation sur le crime de lèse-majesté prévoit des peines très lourdes, définies par l’article 112 du code pénal en vertu duquel

“Quiconque tient des propos diffamatoires, insultants ou qui menacent le roi, la reine ou le régent est passible de trois à quinze ans de prison“.

Cet article a été utilisé à plusieurs reprises pour bloquer l’accès à des sites internet jugés trop critiques envers la monarchie. Mais selon Reporters sans frontières

“La législation thaïe sur le crime de lèse-majesté fait partie des plus sévères au monde. Elle empiète régulièrement sur le principe de la liberté d’expression.”

Les autorités thaïlandaises ont bloqué 2.300 sites web pour avoir insulté la monarchie : c’est beaucoup, d’autant plus qu’ il est de fait impossible de juger si le contenu de ces sites correspond véritablement au délit de lèse majesté, ou s’il s’agit plus de censure. Reporters sans frontières a récemment publié un article en se demandant si la Thailande serait le « nouvel ennemi d’Internet » : on fait mieux comme carte de visite.

Le gouvernement thaïlandais vient de prendre des mesures pour relancer le tourisme : c’est bien, mais il ferait mieux de réformer certaines lois obsolètes qui permettent d’embastiller n’importe qui pour quelques lignes dans un obscur ouvrage que personne n’a lu, et dont personne ne connait le contenu. La photo en une du Bangkok Post d’un australien derrière les barreaux, condamné à une peine absurde, ne risque pas d’être compensée en terme d’image de marque par l’attribution de visas gratuits. A moins que l’hébergement gratuit au « Bangkok Hilton » (la prison de Klong Prem) fasse aussi partie du package « Amazing Thailand ».

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