Créé le 1er mai sur Facebook, le groupe “Yai Prathet Kan Ther” (Changeons de pays) a réuni plus d’un million de membres en seulement dix jours: un succès qui reflète un malaise croissant de la jeunesse en Thaïlande.

Ce groupe qui encourage la jeunesse thaïlandaise à émigrer rencontre une audience inédite qui va bien au delà des simples conseils d’expatriation. On y trouve aussi des posts critiquant ouvertement le gouvernement et la monarchie.

Le ministère de l’Économie et de la Société numériques (DES) a annoncé surveiller de près ce nouveau groupe Facebook et menacé des poursuites ceux qui « provoquent la division ou offensent la monarchie ».

Résultat d’une fatigue sociétale par rapport aux décisions gouvernementales, notamment concernant la gestion de l’épidémie, ou symptôme d’une jeunesse étouffée et muselée, qui n’a pas sa place dans l’évolution du pays .

Ce groupe sur Facebook fait parler de lui. Son hashtag #ย้ายประเทศกันเถอะ a suivi et la tendance s’est installée sur Tweeter et Line, l’application de messagerie répandue en Thaïlande. 

Sur celui-ci, plus d’un million de jeunes Thaïlandais mettent en commun leurs désirs d’ailleurs. Nombreux sont les expatriés ou étudiants thailandais à l’étranger qui partagent des anecdotes et des photos de leurs pays, ainsi que des astuces pour s’y rendre, participant à nourrir ces rêves qui transcendent les frontières.

Exaspération et espoirs déçus

A l’origine de ce mouvement, une accumulation d’exaspération et un manque d’espoir sur le plan économique, politique et social. Lorsque les prévisions de la croissance économique chutent en deçà de 2%, que les leaders de la contestation politique sont jetés en prison et que l’évolution du système en place paraît impossible, les horizons du pays se font moins larges et la tentation de l’émigration est plus forte. 

Par ailleurs, la pandémie exacerbe ces velléités d’émigrations. La fatigue des restrictions et la mauvaise gestion de la crise et des vaccins par l’administration du premier ministre Prayut amplifie les critiques.

Seulement environ 1,4%de la population, soit 1 800 000 , personnes ont reçu leur première dose de vaccin à la date du 11 mai, ce qui place la Thaïlande en 6e position des pays de l’Asean pour le taux de vaccination et derrière des pays beaucoup moins avancés sur le plan économique comme le Cambodge et le Laos.

Pourtant, le Premier ministre assurait un excès de vaccins samedi sur sa page Facebook : « Notre objectif actuel est de 100 millions de doses de vaccins, mais la Thaïlande devrait avoir 150 millions de doses ou plus ».

Le gouvernement entend produire localement 61 millions de doses du vaccin Astra-Zeneca d’ici juin.

L’engouement général autour de ce groupe fait germer la contestation : certains posts critiquant la monarchie pourraient faire l’objet d’une accusation de lèse-majesté, un crime pouvant entraîner jusqu’à 15 ans d’emprisonnement.

Le gouvernement détient d’ailleurs à ce titre une centaine d’activistes, principalement des étudiants, arrêtés lors des manifestations anti-gouvernementales en 2020.

« Pas d’avenir ici »

Selon le professeur Somchai Preechasinlapakun, de la faculté de droit de Chiang Mai, les jeunes ne se projettent plus dans un pays où la contestation est impossible.

« Ils [les jeunes] ne voient aucun futur dans cette société »

Somchai Preechasinlapakun, professeur à la faculté de droit de Chiang Mai

Il appelle aussi la classe politique à « voir à quel point notre système politique est sérieusement pathétique », au lieu d’inviter les mécontents à quitter le pays. 

Somchai Srisutthiyakorn, ancien membre de la Commission électorale, déplore : « Ces gens ne détestent pas le pays. Au contraire, ses dirigeants les ont fait sentir que la Thaïlande n’est plus un endroit où il fait bon vivre, donc ils veulent partir ».

L’histoire a montré que les sociétés où les voix sont étouffées, la créativité réduite et les perspectives d’avenir limitées, voient leurs jeunes se diriger naturellement vers d’autres horizons plus prometteurs.

«Voter avec ses pieds» et abandonner l’espoir du changement ? 

Partir ou rester, le dilemme s’installe et la question se pose à ceux qui envisagent sérieusement leur départ. D’un côté, les perspectives d’une situation économique potentiellement plus confortable dans un autre pays, d’opportunités de découvertes et de renouveau, accompagnées de plus grandes libertés. 

Mais de l’autre, le sentiment que si l’on quitte son pays par désespoir de le changer, les choses ne bougeront jamais, puisque ceux susceptibles d’amorcer un changement auront pris leur envol. « [Ne quittez] pas la Thaïlande pour de bon. Ne fuyez pas les difficultés », peut-on lire sur Khaosod.

L’auteur Pravit Rojanaphruk ajoute « : « Beaucoup reste à faire, à être corrigé, réparé. Et la Thaïlande a besoin de vous. Si trop de gens abandonnent la Thaïlande, alors il n’y a plus d’espoir pour la Thaïlande, votre terre-mère. »

La crainte d’une fuite des cerveaux 

L’ampleur de ce mouvement et le ras-le-bol exacerbé par la pandémie, fait redouter le départ des personnes éduquées, pouvant potentiellement participer à la croissance et au capital du pays.

Pumsaran Tongliemnak, analyste économique et politique au ministère de l’éducation, ne cache pas son inquiétude : « J’espère qu’émigrer à l’étranger est juste une tendance temporaire, au sein de jeunes insatisfaits des récents jugements erronés du gouvernements », a-t-il dit à la chaîne ThaiPBS

« Si à long terme, ce sentiment prévaut, la Thaïlande perdra pour sûr son accumulation de capital humain, durement acquis, ce qui aura des effets néfastes sur le futur développement du pays sur de nombreux plans ». 

Pumsaran Tongliemnak, analyste économique et politique au ministère de l’éducation

Reflet d’une fracture générationnelle et d’un malaise de la jeunesse, le potentiel de ce mouvement pourrait provoquer un effet boule de neige et remettre en question la cohésion apparente du pays.

3 replies on ““Quittons ce pays” : le ras-le-bol de la jeunesse thaïlandaise gronde sur Facebook”

  1. cette m*****chie devrait ne plus exister completement depassée nonobstant ses frasques en allemagne ou suisse

  2. Sans vouloir être méchant, beaucoup de jeunes thaïlandais n’ont pas l’expérience et le niveau requis pour s’expatrier.

  3. Le pays a besoin de vous,il faut encore un peu de patience et l’avenir est en vue. Être considéré comme un farang dans un autre pays n’est pas enviable comme situation..
    Long life the King.

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