Bureau de vote à Bangkok

L’élection générale du 24 mars, la première depuis le coup d’état militaire de 2014 devait être une étape solennelle marquant le retour de la Thaïlande dans le camp des démocraties.

Mais deux semaines après la tenue du scrutin, les cafouillages à répétition de la Commission électorale rendent cet objectif de plus en plus incertain.

Les résultats partiels sont encore peu clairs, tandis que se profile à l’horizon un possible report des résultats définitifs (prévus pour le 9 mai), pendant que les allégations de manipulation commencent à créer un climat de tension en Thaïlande.

La semaine dernière la Commission a ordonné l’annulation de six élections et le recomptage des votes dans deux autres circonscriptions.

Une formule de calcul complexe

La Commission électorale a également indiqué qu’elle utiliserait une formule d’allocation assez complexe pour répartir les derniers 150 «sièges de liste» à la l’Assemblée d’une manière qui affectera probablement le nombre de sièges obtenus par une coalition d’opposition hostile au gouvernement militaire.

Le principal parti de l’opposition, le parti Pheu Thai, composé de partisans de l’ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra, s’inquiète de plus en plus ces multiples atermoiements, qu’il considère comme autant de tentatives pour empêcher l’opposition d’avoir une majorité dans la futur assemblée.

« Après l’élection, la majorité des gens ressentent un sentiment de désespoir et de méfiance envers le processus électoral», a déclaré le Secrétaire général de Pheu Thai, Phumtham Wechayachai à l’agence Reuters

L’élection du 24 mars a eu lieu après plus de 15 ans de tourmente, et de conflits entre les partisans de l’ancien premier ministre Thaksin et ses adversaires.

Une bataille qui a donné lieu à d’innombrables manifestations, protestations de rue, affrontements violents, et deux coups militaires.

Un dirigeant de l’opposition accusé de sédition

Thanathorn Juangroongruangkit, candidat et président du Future Forward Party, avec ses supporters à Bangkok. REUTERS/Soe Zeya Tun

Pour corser le tout la justice a choisi de s’attaquer à un des principaux représentant de l’opposition, en l’accusant de « sédition » pour des faits remontant à 2015.

Thanathorn Juangroongruangkit, le leader du parti « Future Forward » qui a fait un carton aux élections du 24 mars a été inculpé samedi de sédition : une plainte qui pourrait entraîner une condamnation de sept ans de prison et une possible remise en question de l’élection de près de 80 sièges remportés par son parti farouchement anti-militariste.

Winthai Suvaree, un porte-parole de la junte, a déclaré que les accusations contre Thanathorn ne visaient pas à affaiblir l’opposition et étaient «totalement indépendantes des événements politiques actuels».

« Le mauvaises personnes »

À la veille du vote du 24 mars, le roi Maha Vajiralongkorn avait fait une déclaration inattendue, rappelant un commentaire de son défunt père sur la nécessité de voter pour les «bonnes personnes» et d’empêcher les «mauvaises personnes» de créer le chaos.

Six jours plus tard, le roi annoncera la révocation des décorations royales qui avaient été attribuées à Thaksin, citant sa condamnation pour corruption en 2008, et pour avoir fui le pays pour échapper à la prison.

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