En apparence rien n’a changé en Thaïlande: le calme est revenu au pays du sourire, et aucune manifestation ne vient plus perturber les gigantesques embouteillages de Bangkok.

Le royaume n’a jamais attiré autant de touristes, et l’année 2015 vient de s’achever sur un nouveau record : 29,8 millions de voyageurs sont venus profiter des plages et de la richesse culturelle de la Thaïlande.

Mais si la violence de rue et les attentats ne font plus partie du quotidien des Thaïlandais, ce retour au calme s’est accompagné d’une répression politique qui ravive les divisions dans la société.

Les différentes forces politiques se sont plus ou moins bien accommodées de la “Pax Prayut” imposée par l’armée, mais le prix à payer pour cette paix commence à devenir de plus en plus exorbitant, sous forme de censure et d’atteinte aux  droits et libertés fondamentales.

D’après Thitinan Pongsudhirak, un des principaux experts sur la politique thaïlandaise de la Chulalongkorn University de Bangkok:

«Beaucoup de gens avaient ressenti un certain soulagement lorsque le coup d’Etat a eu lieu après six mois de chaos et de manifestations. Dans la vie de tous les jours la Thaïlande était devenue impraticable, ingouvernable.

Mais deux ans plus tard les gens commencent à douter. Il y a eu beaucoup de coercition d’arrestations arbitraires, de violations des libertés civiles fondamentales, au détriment de la recherche de la stabilité à long terme « .

dans une interview publiée ce matin par Associated Press.

Un bref retour en arrière

Revenons en 2014, le pays est en crise depuis plusieurs mois, Niwattumrong Boonsongpaisan, premier ministre à l’époque dirige le gouvernement provisoire instauré suite à la destitution de Yingluck Shinawatra jugée coupable de corruption.

La diffusion des chaînes de télévision a été interrompue peu de temps après l'annonce du coup d'Etat
La diffusion des chaînes de télévision a été interrompue peu de temps après l’annonce du coup d’Etat

Le 20 mai 2014, le général Prayut Chan-Ocha instaure la loi martiale qui donne le contrôle du pays à l’armée.

Le pays subissait alors de nombreuses violences qui ont causé la mort de 28 personnes.

La constitution de Thaïlande est alors suspendue et Prayut Chan-Ocha revendique le coup d’Etat afin de rétablir la paix, promouvoir la réconciliation nationale, et lutter contre la corruption.

Une junte nommée Conseil National pour la Paix et le Maintien de l’Ordre (NCPO) s’empare du pouvoir et impose une stricte censure sur les médias.

Les rassemblements de plus de cinq personnes sont interdits, 155 personnalités ont interdiction de quitter le territoire dont Yingluck Shinawatra. Le 24 mai, la junte dissout le Sénat.

Cette prise de pouvoir est lourdement condamnée par la communauté internationale mais en juillet, le Roi Rama IX approuve une Constitution provisoire qui octroie de larges pouvoirs aux militaires.

Des élections sont prévues en 2015. Elles n’auront pas lieu.

La junte au pouvoir

Deux ans plus tard, les militaires n’ont pas convaincus de leur efficacité à la tête du pays.

Des élections doivent avoir lieu en septembre 2016 mais à condition que la nouvelle Constitution rédigée sous le contrôle de l’armée soit d’abord approuvée par référendum le 7 août 2016.

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Deux ans plus tard, les militaires n’ont pas convaincus de leur efficacité à la tête du pays.

L’armée, pour éviter de devoir systématiquement utiliser la force a mis en place une nouvelle constitution censée officialiser sa main mise sur le pouvoir.

En réalité, tout débat public est interdit et un décret puni d’une peine de 10 ans de prison ceux qui influenceront les électeurs avant le référendum en déformant la réalité.

Le général Prayuth se justifie ;

« Nous ne pouvons pas laisser les gens profiter de la liberté, sinon il y a des manifestations et le gouvernement ne pourra pas travailler. »

Au même moment, des projets de loi relatifs à la cyber sécurité sont étudiés. Dix mesures offrant un pouvoir illimité aux autorités : traquer toute communication virtuelle et saisir tout matériel informatique, sans mandat, sans intervention de la justice, sans possibilité d’appel mais avec la collaboration des fournisseurs d’accès à Internet, au nom de la « sécurité nationale ».

En 2014, Freedom House qui note entre autres la liberté d’Internet, a classé la Thaïlande « non-libre  » avec un score de 62 (0 étant le meilleur, 100 le pire), soit plus élevé que la Birmanie.

Une dérive autoritaire

La junte tient à garder le contrôle, stopper toutes formes de protestations et lutter contre différents activistes.

La démocratie est donc bien loin du quotidien thaïlandais. Un blogueur a été emprisonné pour avoir publié un communiqué sur la mauvaise santé du roi. Près de 25 000 URL sont bloquées en Thaïlande, dont le site d’Human Rights Watch, du Daily Mail, de collectifs citoyens ou de blogs critiques.

Six organisations, dont Human Rights Watch (HRW) et Amnesty International, s’inquiètent de la dérive autoritaire en Thaïlande.

« Au lieu d’ouvrir la voie à un retour à la démocratie, la junte thaïlandaise élargit ses pouvoirs pour faire à peu près tout ce qu’elle veut, y compris commettre des exactions en toute impunité »,

déplore Brad Adams, directeur Asie de HRW.

527 personnes arrêtées, 114 inculpées

Selon l’association thaïlandaise de surveillance de la repression politique iLaw (http://ilaw.or.th/) depuis la prise de pouvoir par les militaires au moins 992 personnes ont été convoquées ou ont reçu une visite des soldats.

Au moins 527 personnes ont été arrêtées, et 67 on été accusées de lèse-majesté et 47 accusées de sédition.

« Dans le passé, notre société a rencontré beaucoup de problèmes car nous étions trop démocratiques. Néanmoins, la Thaïlande reste toujours à 99% libre, car ce n’est pas comme si nous emprisonnions nos opposants et les menions au peloton d’exécution. A ce moment-là tout sera fini et je n’aurais plus à rester éveillé toute la nuit, tourmenté par ces problèmes ».

explique le général Prayuth à ses détracteurs.

Mais il a du mal à convaincre les associations chargées de la défense des droits de l’homme comme Amnesty International qui écrit dans son rapport

« Les autorités militaires se sont arrogé des pouvoirs de plus en plus étendus, restreignant les droits de façon excessive et réduisant l’opposition au silence au nom de la sécurité. Les projets de transition politique ont été remis à plus tard et la répression a pris de l’ampleur.

Le nombre de personnes harcelées, poursuivies en justice, incarcérées et arrêtées arbitrairement alors qu’elles n’avaient fait qu’exercer pacifiquement leurs droits a enregistré une forte hausse. Celui des arrestations et des poursuites pénales au titre de la loi sur le crime de lèse-majesté a continué d’augmenter. Le conflit armé interne s’est poursuivi. »

Des relations tendues avec la presse

C’est un fait, le général Prayut n’apprécie pas trop les critiques des journalistes.

Il avait accompagné ses recommandations à la presse sur un ton humoristique  en affirmant qu’il

« balancerait son poing à la face du reporter sans sourciller » et qu’il « exécuterait probablement les journalistes qui ne rapportent pas la vérité « .

Tout cela après avoir lancé une peau de banane sur un cameraman qui ne lui plaisait visiblement pas.

La junte a également fait interdire un exemplaire de Marie-Claire pour avoir publié un article jugé insultant pour prince héritier, et, en décembre 2015, un internaute a été emprisonné pour avoir manqué de respect au chien du roi sur Internet.

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En 2016, la Thaïlande a chuté à la 136e place dans le classement RSF de la liberté de la presse

Même l’ambassadeur des Etats-Unis a été menacé après des propos jugés, là encore, irrespectueux à l’endroit de la royauté.

Les mises en garde de la communauté internationale

Le  gouvernement est fortement critiqué sans pour autant laisser d’espoir quant à un retour rapide de la démocratie.  Amnesty Internationale ainsi que le conseil de l’ONU qui s’est réuni le 11 mai rappelle que la Thaïlande ne respecte pas les droits de l’Homme.

Le pouvoir militaire est une sérieuse préoccupation à Genève. L’ONU demande à la Thaïlande de mettre fin au jugement de civil par le tribunal militaire et de lever la loi martiale qui abuse du crime de lèse-majesté pour contrôler les dissidents politiques.

La Thaïlande a répondu qu’elle allait faire des efforts en fonction de la situation actuelle du pays, de la culture et des normes locales. Une réponse vague et sans objectifs précis qui montre un gouvernement mal à l’aise face aux pressions des organisations internationales.

 

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3 Commentaires

  1. C’est surtout que l’éducation des Thaïlandais ne les prépare pas du
    tout à la vie citoyenne, dont vous pourrez leur expliquer le concept :
    Élections Présidentielles, Sénat, Assemblés Nationale, Collège électoral
    par exemple pour les États Unis, ils n’en ont pour la plupart rien à
    faire et c’est tant mieux pour eux ! Le jour la Thaïlande devient une
    démocratie avec toutes ces pourritures et leur promesses à deux balles, je me tire une balle !
    Quand Hollande est regardé par
    certains pays Asiatiques comme un gamin de 3 ans gavé comme un canard,
    pour finir bouffé par les ricains aussi facilement.
    Les Thaï ont
    l’avantage grâce à leur corruption et l’expulsion et enfermement d’étrangers « gênants »
    de garder le contrôle de leur souveraineté territoriale, et même pire,
    de s’agrandir alors que la France est en passe de devenir – soit une colonie Algérienne, – soit le pire pays raciste au monde, ça laisse aucun choix.

    Un Thaï n’aspire qu’à un concept : La satisfaction
    de ces besoin primaires : Une maison, une
    voiture, un abonnement téléphonique, un chéri(e), un beau mariage, et à une belle récompense :
    être admiré avec respect par sa famille !
    Et n’importe quel moyen peut lui donner la voie à suivre, et le thaï suivra le chemin qu’il pense être le meilleur

    Là ou un Français préfèrera travailler 60 heures payées 30 pour financer des députés/Sénateurs déjà assez riches et habitants les quartiers richissimes de Bangkok, ou les Français pourront aller passer leurs vacances dans une centaines de vies.

    On ne discutera pas des méthodes employées par les Thaï pour parvenir à leur recherche du bonheur, mais leur voie est bien plus courte que la notre.

  2. Vivant avec une famille thailandaise ,je n’ai constaté aucune différence entre avant le coup d’Etat et à présent.Les thailandais n’en font cas pour la plupart.D’ailleurs,il y a moins (voir plus du tout ) de conflits,ce qui ne veut pas dire que les habitants sont plus heureux pour autant…Par contre pour nous farengs,l’immigration est plus strict .

  3. Je fréquente des centaines de Thailandais…aucun ne se plaint d’un « manque de liberté »…La fête de l’eau a réuni des centaines de milliers de personnes sans incident grave et avec une présence policière ultra légère!
    En revanche,je connais des centaines de Français qui souhaiteraient que la chienlit actuelle,malgré une police et une armée présentes partout,aboutisse à l’arrivée d’un nouveau De Gaulle!

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