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Un an après les émeutes, la Thaïlande toujours déchirée

En apparence rien n’a changé à Bangkok: une année s’est écoulée sans incidents majeurs depuis que le centre de Bangkok a été occupé par les « chemises rouges », les manifestants anti-gouvernementaux favorables au retour d’un ancien premier ministre en exil condamné à deux ans de prison pour corruption. Un an plus tard, les chemises rouges sont toujours au rendez-vous, mais la reconciliation est au point mort

En apparence rien n’a changé à Bangkok : une année s’est écoulée sans incidents majeurs depuis que le centre de Bangkok a été occupé par les « chemises rouges », les manifestants anti-gouvernementaux favorables au retour d’un ancien premier ministre en exil condamné à deux ans de prison pour corruption.

Les chemises rouges, officiellement connues comme le Front uni pour la démocratie contre la dictature (UDD), tentaient alors de forcer le gouvernement actuel dirigé par le Premier ministre, Abhisit Vejjajiva, à démissionner et à provoquer des élections anticipées.

Le gouvernement avait d’ailleurs fini par accepter cette revendication, mais les Chemises rouges ont ensuite fait volte face en réclamant de nouvelles exigences. Un an plus tard, le pays reste profondément divisé par les événements de l’an dernier qui ont fait 90 morts et 2000 blessés, et beaucoup croient que les prochaines élections prévues pour le trois juillet ne seront pas en mesure de faire retomber les tensions politiques.

La reconciliation au point mort

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Un an plus tard, les chemises rouges sont toujours au rendez-vous, mais la reconciliation est au point mort

Plusieurs raisons peuvent étayer cette opinion. En premier lieu la candidature de la sœur de Thaksin au poste de Premier ministre qui se présente elle même comme un « clone » de son frère

Cette semaine, Yingluck Shinawatra la sœur cadette de M. Thaksin a annoncé sa candidature pour diriger le Peua Thai, le parti qui milite pour le retour de son frère en Thaïlande pour diriger le pays, preuve que l’heure et plus à la provocation qu’à la réconciliation. Le retour de Thaksin est en effet la seule option inacceptable pour les militaires qui ont participé à l’éviction de Thaksin en 2006, et à la répression des chemises rouges en mai dernier.

Mais de son coté le gouvernement Abhisit n’a fait aucun progrès pour clarifier les conditions de la répression du 19 mai 2010

Certains manifestants ont été tués alors qu’ils n’étaient pas armés et qu’il ne présentaient pas de danger pour l’armée. C’est le cas de Kamokate Akkhahad qui travaillait comme infirmière bénévole sur le site de Ratchprasong, lorsque des hommes armés ont tiré dans le temple bouddhiste de Pathum Wanaram, où s’étaient réfugié des manifestants au moment de l’assaut contre Ratchprasong le 19 mai.

Les Chemises Rouges commémorent l'anniversaire de la répression du 19 mai 2010

Human Rights Watch accuse

Basée à New York, Human Rights Watch a récemment publié un rapport de 156 pages sur les événements de l’an dernier et a consacré huit pages à la fusillade du temple de Pathum Wanaram. Les chercheurs de HRW pointent nettement vers les responsabilités de l’armée thaïlandaise pour les morts survenues dans le temple.

L’ONG américaine estime que le gouvernement thaïlandais devrait ouvrir une enquête impartiale et transparente, et faire en sorte que les auteurs de crimes parmi les forces de sécurité gouvernementales et les manifestants répondent de leurs actes.

« Les forces gouvernementales ont tiré sur des manifestants, et des militants armés ont tiré sur des soldats au vu et au su de tous, sans qu’aucun d’eux ne soit poursuivi. Ceux qui ont été tués et blessés méritent mieux que ça. Le gouvernement devrait faire en sorte que tous ceux qui ont commis des violences et des abus, des deux côtés, fassent l’objet d’enquêtes et de poursuites judiciaires. »

a expliqué Brad Adams, directeur de la division Asie de Human Rights Watch.

La confusion entoure également les conditions de la mort du cameraman japonais de Reuter survenue le 10 avril 2010. Le rapport final, de la DSI rendu public presque un an après le décès du journaliste, contredit de premiers résultats, qui montraient que la balle ayant tué Hiro Muramoto en avril 2010 était du même type que celles utilisées par les forces de sécurité.

La balle qui a touché le journaliste japonais au thorax serait une munition de fusil d’assaut AK-47, une arme qui n’était pas utilisée par les soldats thaïlandais ce jour-là à Bangkok, a précisé le directeur général du DSI, Tharit Pengdith.

Mais le rédacteur en chef de Reuters Stephen Adler a déclaré qu’une constatation préliminaire de la DSI en fin d’année dernière avait déclaré que la balle qui a frappé Muramoto provenait d’un fusil M16, l’arme utilisée par les soldats au cours de l’affrontement.

A quoi serviront les élections ?

Qu’on le veuille ou non, l’ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra est toujours au cœur même du conflit politique et de la polarisation sociale sans précédent qui divise la Thailande depuis plusieurs années. Par conséquent, la candidature se sa sœur (qu’il a lui même qualifié comme son propre « clone » dans une conférence de presse) comme leader du prochain gouvernement ne peut qu’aggraver les tensions.

La nomination de la sœur de Thaksin comme principale candidate du Peua Thai, a au moins le mérite de clarifier les choses pour ceux qui pensaient que l’UDD et les chemises rouges pouvaient devenir un authentique parti d’opposition indépendant. Elle confirme que les chemises rouges sont bien, et ont toujours été, le hochet du milliardaire en exil au service d’une seule cause: la défense de ses intérêts quel qu’en soit le prix.

Un an après les terribles événements du 19 mai 2011, les Thaïlandais mériteraient sans doute mieux qu’un « clone » comme Premier ministre.

Olivier Languepin

Par Olivier Languepin

Journaliste basé à Bangkok depuis 2006. Rédacteur en chef de thailande-fr.com.

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