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Économie

Coup de frein sur l’automobile thaïlandaise

La production automobile thaïlandaise a enregistré en 2013 une quasi stagnation : une déception pour un secteur habitué aux taux de croissances à deux chiffres.

La production automobile thaïlandaise a enregistré en 2013 une quasi stagnation : une déception pour un secteur plutôt habitué aux taux de croissances à deux chiffres.

La position de la Thaïlande dans le top 10 des pays constructeurs de véhicules est-elle menacée ? Probablement pas, mais la stagnation de la production automobile en 2013 annoncée par l’ASEAN Automotive Federation, signe un petit ralentissement pour cette industrie .

Une croissance rapide

La volonté de la Thaïlande de devenir un acteur majeur de la production automobile mondiale a pris un tournant majeur en 2007. Le gouvernement avait alors lancé avec le « Board of Investment » (BoI), une vaste politique d’appel des capitaux étrangers sur le secteur, assortie de nombreux avantages fiscaux.

L’arrivée progressive des constructeurs japonais comme Suzuki, Honda ou encore Mitsubishi avait permis un essor rapide de cette industrie dès 2010.

En 2012 c’est la consécration: le royaume entre dans le club très fermé des 10 premiers pays fabricants de véhicules au monde, avec 2 457 051 unités sorties des usines (contre à peine 650 000 début 2007).

Au premier trimestre 2013, le pays avait même affiché une augmentation impressionnante, à deux chiffres, de sa production avec une hausse de 50% par rapport à la période 2012.

Fière de ce succès la Thaïlande c’était fixée un objectif 2013 ambitieux : une production supérieure à 2,5 millions de véhicules sur l’année. Malheureusement ses objectifs  n’ont  pu être atteints, faisant même place à un léger recul de 0,13% de la production (2 453 717 unités en 2013 pour 2 457 057 en 2012).

 Une conséquence de la crise politique, mais pas uniquement

La stagnation de l’industrie automobile ainsi que la diminution des ventes sont des conséquences directes de la crise politique qui secoue le pays depuis début novembre. Il faut savoir qu’une part importante de la production est destinée au marché intérieur qui représente quelques 1 330 000 véhicules en 2013.

« La Thaïlande qui est touchée par une crise politique depuis 3 mois, est la raison principale de notre baisse annuelle des ventes en Asie du Sud-Est ; avec des ventes qui sont passées de 78 000 à 58 000 unités sur les 9 derniers mois (jusqu’au 31 décembre) »

déclare un responsable de chez Mazda.

Le 35ème salon de l'automobile de Bangkok qui se tiendra fin mars prévoit déjà une baisse des ventes de véhicules sur l'évènement.
Le 35ème salon de l’automobile de Bangkok qui se tiendra fin mars prévoit déjà une baisse des ventes de véhicules sur l’événement.

 

La baisse des ventes sur le marché intérieur s’explique aussi par l’arrêt des aides gouvernementales qui favorisait la consommation. Fin 2011, le gouvernement lançait sa politique de « First-car buyer » (réduction de taxe sur l’achat d’un premier véhicule) favorisant les ventes jusqu’à la mi 2013.

Mais en septembre dernier, le gouvernement a arrêté cette subvention.

2014, une année maussade en perspective

L’année 2014 permettra t’elle d’obtenir une croissance du secteur automobile comme celle de 2012 ? Rien n’est moins sûr et les statistiques de l’ASEAN Automotive Federation sur janvier ne sont pas très optimistes.

Sur ce mois, la Thaïlande affiche -45,5% sur les ventes de véhicules pour le marché intérieur et -31,1% en ce qui concerne la production.

La crise politique qui s’éternise fait aussi hésiter les investisseurs étrangers. La récente mise en suspens d’un projet d’investissement de plusieurs millions d’euros par Toyota est l’un des exemples les plus marquants.

La prudence des investisseurs japonais

«Si la situation (politique) se prolonge sur encore six mois ou un an, les investisseurs (japonais) risquent de déplacer leurs investissements de la Thaïlande vers d’autres pays »

analyse Hisamichi Koga, vice-président de la Chambre japonaise du commerce à Bangkok pour le Bangkok Post Business.

Par ailleurs le programme du « Board of Investment » (BoI), qui doit entrer dans sa deuxième phase fin mars 2014, peine aussi à attirer les entreprises.

Ce deuxième temps qui a pour objectif de développer la production de véhicules écologiques (conformes aux normes Euro 5), n’a pas encore été soutenu par les groupes japonais alors que la date limite de dépôt de projet est fixée au 31 mars de cette année.

Les projections du marché intérieur tendent à confirmer une année 2014 sans réelle croissance pour l’industrie automobile avec une prévision de 1,2 millions de véhicules vendus sur le territoire soit un recul de 0,9% par rapport à 2013.

Un recul conjoncturel ?

Mais malgré une année 2014  qui s’annonce tout en nuance pour le secteur automobile thaïlandais, les experts restent optimistes sur le long terme.

En effet, la Thaïlande et les pays voisins demeurent encore des marchés émergents avec une classe moyenne qui se développe rapidement. En Thaïlande cette classe moyenne qui représente 19 millions de personnes en 2012 devrait en représenter 36 millions en 2020. Le royaume semble donc assuré de garder sa place dans le top 10 encore quelques années.