Un Privé à Bankok : la fille qui vallait un million

Je n’ai jamais compris pourquoi tant de touristes se retrouvent à envoyer de l’argent à leur copine temporaire quand ils rentrent chez eux. Pour moi, c’est complètement idiot. Pourquoi payer quand vous êtes à des milliers de kilomètres ?

La base (qui paye le plus) de mon boulot, c’est de faire des vérifications sur les filles de bar. Neuf fois sur dix le client est un farang éperdu d’amour qui veut que je vérifie que l’amour de sa vie n’est pas en train de faire ce qu’elle faisait quand il l’a rencontrée.

Il y a cette théorie au sujet des farangs qui abandonnent leur cerveau au moment où ils entrent en Thaïlande. 

Mais il n’y a aucune excuse, pour les farangs qui vivent au Pays du sourire depuis longtemps, d’envoyer de l’argent aux filles de bar. Quiconque vit ici devrait le savoir.

Les types qui vivent ici savent comment ça marche et c’est pourquoi j’ai été tellement surpris quand j’ai rencontré Yves.

Et encore plus quand j’ai appris ce que cet idiot avait fait. Il m’appela sur mon mobile et dit qu’il avait entendu dire du bien de moi par deux clients avec lesquels j’avais travaillé.

Ça fait toujours plaisir d’entendre que le bouche-à-oreille fonctionne, plutôt qu’un client qui dit qu’il a vu un autocollant comme ceux que je mets sur tous les ATM que j’utilise.

Yves était Français, parlant bien et à l’évidence un grand bourgeois. Donc, j’ai mis ma plus belle chemise et une cravate et je suis allé jusqu’à son bureau pour que nous puissions avoir une conversation. Bon, en fait pas vraiment son bureau. Il était un peu gêné de se faire voir avec un détective privé, donc on s’est rencontré dans un Starbuck à côté de son bureau.

Je me suis rendu au rendez-vous avec vingt minutes d’avance, pour avoir le temps de reconnaitre les lieux.

Il est arrivé seul et avait tout du Français, comme quand il parlait au téléphone. Il n’était pas grand, au début de la quarantaine, ses cheveux commençaient à grisonner aux tempes, assez bien de sa personne et pimpant dans un blazer à double boutonnage, un pantalon gris et des chaussures marron foncé avec des glands. Il prit deux cafés et commença à me raconter son histoire.

Il était resté en Thaïlande la plus grande partie de sa vie. Son père était dans les transports à l’époque du légendaire Jim Thompson et il avec même travaillé avec lui. Thompson est tout simplement le plus connu des farangs en Thaïlande. Il a pratiquement crée à lui tout seul le système d’exportation de la soie de Thaïlande, avant de disparaître dans de mystérieuses circonstances.

Yves avait rencontré plusieurs membres de la famille Royale thaïe et il était marié à une femme thaïe de la haute société.

Elle se trouvait dans le domaine familial dans les Pyrénées pour élever les trois enfants. Yves faisait les allers et retours entre la France et la Thaïlande. Il admit quand même que le bureau de Bangkok tournait pratiquement tout seul. La raison pour laquelle Yves passait autant de temps au Pays du Sourire m’apparut rapidement. C’était un habitué de Patpong et des autres quartiers chauds de la ville.

Le fait d’être marié ne l’avait pas empêché d’aller voir ailleurs. Et comme sa femme était en France, ses activités sexuelles étaient passées à la vitesse supérieure.

La vie d’Yves avait changé un mois auparavant, quand une fille de vingt ans du nom de Pou monta sur la piste et commença à danser autour du pilier chromé. Pou veux dire crabe. C’est un nom fréquent pour une fille thaïe. Crevette, poulet, pomme, orange. Je ne sais pas pourquoi, mais les Thaïs aiment donner à leurs filles des noms en rapport avec la nourriture.

Yves demanda au patron, son copain, de lui envoyer Pou à sa table. Et en quelques secondes elle lui avait tourné la tête. Il lui offrit de rester dans son penthouse à Silom et lui proposa de la payer pour qu’elle arrête de travailler.

Elle avait commencé à danser trois semaines auparavant et le patron du bar n’était pas vraiment content à la perspective qu’Yves lui enlève sa plus belle danseuse. Mais un petit dessous de table de 10 000 Bahts enleva le marché.

Pou n’emménagea pas complètement avec Yves, mais elle y passait beaucoup de temps. Ils sortaient ensemble presque toutes les nuits, principalement dans le bar où elle travaillait avant. Ils payèrent le bar à quelques unes de ses copines et visitèrent ensemble les principaux night clubs de la ville. En général, à un moment de la soirée, il lui glissait quelques billets et elle revenait avec des pilules d’Extasy.

Ensuite ils rentraient chez eux, où peu de temps après il s’effondrait. Il avait deux fois son âge et je pense qu’elle l’exténuait. C’était drôle parce que Yves n’était pas à mes yeux du genre à l’Extasy. Ce qui veut bien dire qu’on ne peut pas juger un livre par sa couverture. En tous les cas, souvent quand Yves se réveillait, elle était partie.

Et soudain, il me fit la grosse confidence. Il me coupa le souffle avec ça. Dans le but de formaliser leur relation, il lui avait donné un million de Bahts. Un million de Bahts ! Quand j’ai entendu ça mes sourcils ont presque heurté le plafond et ma mâchoire tombée au sol. Un million de Bahts !

Laissez-moi ramener ça aux valeurs en cours dans le pays. Un million de Bahts n’est pas un million de Livres. Ou un million d’Euros. Mais c’est vraiment beaucoup d’argent en Thaïlande. C’est pratiquement cinq ans de travail pour un professeur thai. La jolie petite vendeuse du grand magasin Robinson devra travailler pendant une décade et peut-être plus pour gagner un million de Bahts.

Même une des étoiles de la danse autour du pilier chromé dans l’un des meilleurs bars de Nana, qui passera toutes ses soirées sur le dos, les jambes écartées aura de la chance si elle peut ramener cinquante milles Bahts par mois. Donc un million de Bahts serait pour elle environ deux ans de salaire. Et Yves l’avait donné à Pou. Il lui avait donné. J’ai secoué la tête pour indiquer que je n’y croyais pas, mais Yves a sortit un relevé de banque pour le montrer. Et sans problème, il y avait ce transfert. Un million de Bahts directement de son compte sur celui de Pou.

Il était allé dans son village en Isaan pour rencontrer sa mère et Pou avait donné à Maman huit cents milles Bahts pour construire une maison sur un terrain qu’elle possédait. Ceci m’a immédiatement mis la puce à l’oreille parce que c’est entre trois et quatre fois le tarif pour construire une maison dans ce coin. Le travail est payé au ras des pâquerettes et les matériaux sont bien en dessous des prix de Bangkok. Donc j’étais sûr qu’Yves se faisait avoir….

Warren Olson et Stephen Leather

Extrait des Mémoires d’un détective privé à Bangkok.

un_prive_bangkok“Mémoires d’un détective privé à Bangkok” de Warren Olson et Stephen Leather.

Pendant plus de dix ans Warren Olson a parcouru les rues de la Bangkok. Parlant parfaitement le Thaï et le Khmer, il était capable d’aller là où les autres détectives n’osaient pas trainer. La plupart des histoires des “Mémoires d’un détective privé à Bangkok” sont donc des histoires vraies, basées sur les dossiers de Warren Olson. Pour protéger les innocents et les coupables, elles ont été arrangées par l’auteur de best-sellers Stephen Leather.

4.2/5 (5 Reviews)

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