En Juin 1932, la Thaïlande connaît un coup d’état militaire, qui sans effusion de sang, va mettre fin à la monarchie absolue. De nombreuses dissensions suivirent et l’année suivante, le pouvoir est confisqué par l’armée.

De décembre 1938 à juillet 1944, le pays est aux mains du Colonel Phibun Songkhram. Admirateur de Mussolini, il mène une politique nationaliste, expansionniste et conduit une politique raciale hostile aux Chinois.

Après des hésitations, la Thaïlande se range du côté du Japon. En décembre 1941, 20 000 troupes nippones débarquent en Thaïlande : c’est une invasion pacifique car la royaume autorise la libre circulation des troupes japonaises en transit vers la Birmanie.

250.000 travailleurs forcés

Les Japonais emploieront 250 000 travailleurs forcés pour construire « le chemin de fer de la « mort », ligne qui relie Bangkok à la Birmanie. Lors de la construction de cette ligne, 90 000 civils et 16 000 prisonniers de guerre alliés, périront d’épuisement de famine ou de maladie. Cette tragédie inspirera le film de David Lean, Le Pont de la Rivière Kwai (1957).

Le film de David Lean, Le Pont de la Rivière Kwai (1957)
Le film de David Lean, Le Pont de la Rivière Kwai (1957)

Le premier geste de résistance a lieu en janvier 1942 à Washington, un véritable coup de poker. L’Ambassadeur de Thaïlande, Seni Pramot, a pour mission de remettre la déclaration de guerre aux Etats-Unis, mais il préfère ignorer les instructions et déclare vouloir garder la déclaration dans sa poche.

Pramot  était convaincu que cette déclaration  ne reflétait pas la volonté du peuple thaï : « Avec votre aide », déclara t-il aux Américains, « je propose de le prouver ».

Seni, allait créer les Forces Thaïlandaises libres, avec le soutien des Américains qui associeront les partisans de Semi Pramot à l’action de l’OSS, (United States Office of Strategic Services), équivalent américain du SOE créé par Churchill en 1940 afin de soutenir la Résistance en Europe.

Les Thaïlandais libres

Les « Free Thais » seront sous le commandement du Lieutenant Colonel Khap Khunchon (Kharb Kunjara). A l’image des Français Libres du Général De Gaulle, ces forces constitueront la résistance extérieure.

Des étudiants thaïs seront recrutés aux Etats-Unis pour travailler pour l’OSS et ce sont au total 50,000 Thaïs qui seront formés et armés par les Américains pour combattre les Japonais.

Comme en France, les membres étaient parachutés pour des missions d’infiltration et de renseignements.

En mars 1943, le Colonel Américain Nicol Smith et un groupe de 21 jeunes acolytes Thaïs embarqueront à Baltimore pour rallier la Thaïlande. Ils passeront l’année suivante à s’entraîner en Inde. Smith avait reçu la mission de l’OSS d’évaluer la présence et l’importance de la résistance intérieure en Thaïlande.

Outre les entraînements et les missions périlleuses, l’un des souvenirs évoqués par Smith, sont les interminables parties de poker entre les instructeurs de l’OSS et les Thaïs. Petite digression : il apparaît que les Thaïs aient toujours un faible pour le poker, car le pays est aujourd’hui considéré comme l’eldorado du poker en ligne. Des joueurs de poker occidentaux quittant tout pour s’installer en Thaïlande pour jouer.

La résistance thaïlandaise en exil

Un autre mouvement naîtra en Angleterre, avec à sa tête le  prince Suphasawat, (frère de l’ancienne reine) et le Dr Puey Ungpakorn, le chef du courant des étudiants thaïs libres.

La résistance de l’intérieur quant à elle était constituée du mouvement de Pridi, régent, et son rival le Général Adun, le chef de la police.  Pridi Panomyong a organisé le mouvement clandestin des Thaïlandais Libres (Seri Thai) pour s’opposer aux Japonais. Nom de code : « Ruth ». Il coordonne notamment des centres d’entraînement.

Les Américains de l’OSS et les Britanniques du SOE et OSS ont deux positions bien différentes : si les premiers souhaitaient que les pays colonisés retrouvent leur indépendance, les Britanniques étaient animés par des considérations géopolitiques et avaient en tête de recouvrer leur empire colonial.

Les Alliés coordonneront néanmoins les actions de ces groupes de résistants, objectif prendre la main et orienter l’action des différentes factions : renseignement, bluff, intoxication, guérilla, lutte armée …

Les Thaïs libres seront soit parachutés ou atterriront sur des pistes d’atterrissage clandestines dans la jungle, suivis par des agents Britanniques et Américains. Les agents de l’OSS menaient également des missions sur les côtes thaïlandaises, débarquant ou embarquant des unités de reconnaissance.

Des hommes de la le British Force 136 seront parachutés en Thaïlande à la fin de 1944. Leur mission était de transmettre des renseignements sur les mouvements militaires japonais aux Britanniques en Inde et aussi de faire sauter la voie ferrée à un moment opportun. Ils seront capturés par la police thaïlandaise et emprisonnés.

En Juin 1945 des avions de transport C47 largueront un tonnage important d’armes et de matériel. Comme, en France on tentera de parachuter des instructeurs et des radio, capital pour la communication et la coordination des actions. Un Américain instructeur (pour action de guérilla) et un radio thaï seront parachutés en juin.

Aujourd’hui, un musée « Seri Thai » rend hommage au courage des civils qui ont lutté contre les Japonais.  Pour plus d’infos sur ce sujet voir l’ouvrage de Bruce Reynolds, Thailand’s Secret War.

 

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