Dans la nuit du 22 au 23 mars, les autorités de la gare de Hua Lamphong ont mis fin à leur politique d’accueil des personnes sans domicile.

La gare centrale de Bangkok est depuis longtemps un refuge pour les sans-abri qui y passent la nuit et utilisent les toilettes et les douches.

La gare fermée entre 23h et 3h30

Désormais, le hall de la gare est fermé toutes les nuits entre 23 heures et trois heures trente.

Les passagers qui attendent leur train à l’aube sont priés de s’enregistrer aux guichets en face de la gare avec leurs papiers d’identité. Ils sont ainsi autorisés à attendre à l’extérieur, sur le trottoir en face de la gare.

La police du rail est déployée 24h/24 autour du bâtiment pour assurer la sécurité des voyageurs.

Cette décision prise par la compagnie ferroviaire de Thaïlande (SRT) et le ministère des Affaires sociales (Ministry of Social Welfare and Human Security) a pour objectif de s’attaquer à l’insécurité qui serait causée par les personnes sans domicile.

Ce changement soudain de politique intervient après la mise en ligne sur les réseaux sociaux de plusieurs photographies de sans-abri endormis à même le sol dans la gare.

Les associations d’aide aux sans domicile fixe critiquent vivement cette décision. Natee Sarawaree, militant de la fondation Issarachon, explique que Hua Lamphong a toujours été un refuge pour ces personnes démunies.

« A Hua Lamphong, ils pouvaient dormir dans la gare et utiliser la salle de bain », « c’était un lieu où ils pouvaient être visible par le reste de la société et où ils pouvaient remédier aux problèmes auxquels ils font face. »

Selon cet activiste, cette décision touche toute la communauté et Bangkok directement, « maintenant les personnes sans domicile qui utilisaient la gare pour dormir vont devoir dormir et aller aux toilettes le long du Khlong Phadung Krung kasem, ce qui est inquiétant pour tout le monde. »

Anon Luengboriboon, directeur général de la sécurité de la SRT, considère que les sans-abri et les mendiants représentaient une menace pour la sécurité. « Avant, les SDF voulaient dormir toute la nuit à l’intérieur de la gare alors que tous les trains l’avaient quitté, risquant les vols et les incendies criminels ».

Une expulsion accompagnée d’un plan d’aide

Il précise, que cette décision n’est pas un simple plan d’expulsion mais aussi une mesure d’accompagnement pour ces personnes. « Nous ne sommes pas en train de les abandonner » a-t-il expliqué, « depuis octobre nous lançons un programme pour la sécurité, les policiers enregistrent les sans-abri, les aident à trouver un emploi, vérifient leur état de santé et retrouvent leur famille. »

Anon affirme que les sans domicile fixe n’ont pas juste besoin d’un endroit où dormir mais d’être réinsérés et aidés.

Natee rejoint les propos du directeur de la sécurité mais précise qu’aucun incident préoccupant n’a été provoqué par des sans-abri. Il pense que la compagnie ferroviaire instrumentalise les photos publiées sur Facebook pour « nettoyer » la gare avant que la nouvelle extension reliant la station de MRT ne soit ouverte.

Ces mesures resteront en vigueur jusqu’à Songkran, le festival de l’eau mi-avril, période où les voyageurs thaïlandais et étrangers sont les plus nombreux.