Le jaune et le noir

Pourquoi la crise des gilets jaunes inquiète tant les expatriés ?

Pour les expatriés au long cours, il est parfois compliqué de comprendre ce qui se passe dans un pays qu’ils ont quitté parfois depuis longtemps.

Vues de Thaïlande les images de violences et de dévastation de Paris sont souvent perçues comme le symptôme d’un pays à la dérive qui a perdu le contrôle de la situation.

Un pays à la fois champion de la pression fiscale et criblé de dettes, minée par les divisions et les antagonismes et dont la solidité est de plus en plus sujette à caution.

L’amertume et l’incompréhension s’installe souvent, car même si les liens avec le pays d’origine reste fort, la distance rend le contrat social et l’adhésion à un socle de valeurs communes plus fragiles.

Car même si les revendications qui ont structuré le mouvement des gilets jaunes sont essentiellement d’ordre économiques (rejet des hausses de taxes sur les carburants, augmentation de la CSG etc…) ce mouvement a aussi une coloration politique qui n’est pas anodine.

Le terreau naturel de l’extrême droite

L’extrême droite a en effet été très présente dans  le mouvements des gilets jaunes. Une position plutôt inhabituelle dans un mouvement aux revendications sociales, mais qui démontre qu’elle évolue naturellement dans son terreau de prédilection.(1)

Le 17 novembre a été une journée de libération de ressentiments, d’aigreurs, de haine des minorités, de refus de la prise en compte de la parole et des contraintes du reste de la population, de nationalisme, tout ce qui va avec la culture d’extrême-droite dont ce mouvement est imprégné jusqu’à la moelle puisque c’est dans ce cadre idéologique-là qu’il a émergé.

estime Nadia Meziane, dans un article qui tente d’analyser la situation au lendemain du 17 novembre.

L’Amérique de Donald Trump en VF

Bien que plutôt anti américaine, la France des gilets jaunes présente de nombreuses similitudes avec l’Amérique de Donald Trump.

La France des gilets jaunes est en majorité blanche et déclassée :  elle glisse lentement mais sûrement vers la pauvreté, mais pas suffisamment pour toucher les minima sociaux.

C’est un peu l’Amérique de Donald Trump en VF, une France pavillonnaire et periurbaine qui se sent abandonnée et méprisée par les élites qui profitent de la mondialisation alors qu’eux sont les premiers à en souffrir.

Le recours systématique à la violence

Il y a aussi le recours systématique à la violence et à une forme de nihilisme qui s’exprime par un “j’en ai rien foutre des autres” général. Dans ces conditions il n’est pas surprenant que le bilan humain du mouvement soit très lourd, soit huit morts depuis le 17 novembre.

Le type d’initiatives menées par les gilets jaunes est révélateur : faire chier.

Peu importe qui en fait, puisqu’il n’y a pas de nous, qu’il n’y a pas cette démarche de voir au-delà de son intérêt personnel. Donc on bloque surtout ses voisins, en fait. Et dans une ambiance qui permet de se lâcher. (2)

Les gilets jaunes vénèrent la violence pour la violence en l’assimilant à la révolution pour donner un aspect concret à leur rêve nihiliste de basculement dans un futur confusément inspiré de 1789 : la guillotine surtout, la haine des “privilégiés” bien sûr, mais sans les droits de l’homme et la République.

Ils ne font partie d’aucun autre groupe que le leur, autour d’une barricade éphémère qui réunit le temps d’un instant main dans la main les nostalgiques du GUD et de Che Guevara.

Un groupe étranger à sa société d’origine

De même les gilets jaunes ne ressentent aucun lien de solidarité nationale avec les victimes du terrorisme, et ne lâcheront pas un centimètre carré de rond point pour une minute de silence pour les victimes de Cherif Chekkat.

Comme lui ils ne ressentent aucun compassion pour les victimes de l’attentat de Strasbourg qu’ils considèrent avant tout sous l’angle complotiste d’une manœuvre du gouvernement destiné à faire échouer leur mouvement.

Comme lui ils sont étrangers à leur société d’origine et vivent dans un monde fantasmé issu d’un basculement violent de la société dans lequel leurs ennemis sont réduits à néant.

Comme lui leur soif de violence et leur idéologie confuse repose avant tout sur un profond sentiment d’humiliation et d’échec personnel.

La faute de Macron

En cédant au chantage de la violence de rue et en reniant la légitimité démocratique qu’il détient de millions d’électeurs, Emmanuel Macron prend le risque de saper définitivement le peu d’autorité qui lui reste.

Pourtant se coucher devant l’alliance des déclassés et du  Lumpenproletariat n’a jamais rien donné de positif dans l’histoire de la démocratie.

Car c’est le problème avec la démocratie : elle offre à ses adversaires avec bienveillance un accès inconditionnel à tous les moyens pour la combattre.


(1) On recense une agression homophobe  à Bourg en Bresse, une autre islamophobe envers une femmes voilée à St Quentin. A Tours, un véhicule a été repeint en bleu blanc rouge et porte les slogans suivants « français d’abord, migrants dehors » et « force honneur patrie. » A Charleville Mézières, un des leaders des gilets jaunes locaux montre clairement son orientation antisémite et homophobe sur sa page facebook.

(2) Lignes rouges et gilets jaunes

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