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Edito

France: l’heure des contes

Aujourd’hui il manquera une voix dans les urnes destinées à recueillir les votes des Français de Thaïlande: la mienne. Pourtant je me suis toujours fait un devoir de voter, même quand je n’étais pas convaincu de la sincérité ou de la compétence des candidats en lice.

Aujourd’hui il manquera une voix dans les urnes destinées à recueillir les votes des Français de Thaïlande: la mienne. Pourtant je me suis toujours fait un devoir de voter, même quand je n’étais pas convaincu de la sincérité ou de la compétence des candidats en lice. J’ai trop longtemps travaillé, et même parfois vécu dans des pays dictatoriaux où des gens sont prêts à aller en prison pour avoir le droit de voter, pour savoir que la démocratie n’est pas un luxe, mais une nécessité, et qu’il faut absolument exercer ses droits civiques sous peine de les perdre un jour.

Le problème aujourd’hui, se situe à un autre niveau: c’est que je ne crois plus aux contes de fées.

Il y a cinq ans, Nicolas Sarkozy a remporté les élections en tentant de dire la vérité aux Français sur le véritable état de notre économie et de notre pays, sur les réformes nécessaires pour favoriser la création d’emplois, et la concurrence dans une économie mondialisée.

La France des contes de fées

Mais cette fois-ci, les prétendants à l’Élysée, y compris M. Sarkozy ont décidé d’ignorer de façon spectaculaire la réalité pour de nouveau raconter aux Français ce qu’ils ont envie d’entendre : un conte de fées.

En 2007, il y a cinq ans, les électeurs s’étaient rendus en masse aux urnes pour disait-on, choisir entre la modernité et le déclin. Ils ont choisi la modernité, et ils ont eu le déclin.

Le cout du travail en France et en Allemagne
Le cout du travail en France et en Allemagne

La dette publique de la France, à 90% du PIB, est plus importante qu’en Espagne et se rapproche celle de l’Irlande. La croissance française stagne depuis cinq ans. Les coûts salariaux unitaires ont augmenté de façon constante depuis plus d’une décennie, et le chômage élevé est devenu chronique. Un quart des jeunes Français sont au chômage.

De nombreux gouvernements européens sont confrontés à ces sombres pronostics, mais les élections les plus récentes en Espagne, au Portugal et en Irlande ont provoqué chez les candidats une prise de conscience et l’engagement de faire les réformes nécessaires. Rien de tel en France, où les candidats à la présidentielle, ont fait assaut de démagogie et de propositions insignifiantes.

Nicolas Sarkozy, propose de réduire le déficit budgétaire en augmentant encore plus les impôts: en plus de son supplément de 4% sur les hauts revenus, M. Sarkozy a mis en place une «exit tax» sur les Français qui partent à l’étranger, sans doute pour compenser les recettes perdues lorsque tous ces nouveaux prélèvements vont pousser une nouvelle vague de Français à voter avec les pieds.

La campagne de M. Sarkozy est particulièrement surréaliste par rapport à celle d’ il y a cinq ans. Promettant une “rupture” avec les anciennes recettes de la France, il avait dit aux électeurs en 2007 qu’ils ne pouvaient plus se permettre d’entretenir un État tentaculaire qui fait fuir les entrepreneurs et bichonne ses fonctionnaires.

Pourtant, cette année, il semble se contenter de vouloir renforcer un modèle français qui est encore plus éculé et en faillite qu’il y a cinq ans. Si M. Sarkozy remporte les élections, il le fera en tournant le dos à tous les engagements qu’il avait pris en 2007.

Hollande: le chien qui mord la pierre

La campagne de François Hollande est un retour de la vieille gauche populiste traditionnelle, étatiste, anti capitaliste qui a déjà fait la ruine de la France à plusieurs reprises.

“Mon véritable adversaire, il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera jamais élu et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance”

a-t-il déclaré lors de son principal meeting électoral.

La France doit proposer des taux de rémunération de plus en plus élevés pour vendre sa dette sur les marchés: l'écart avec l'Allemagne ne cesse de croitre. Pas difficile d'imaginer la suite quand on emprunte de plus en plus cher sans jamais faire entrer d'argent...

C’est bien d’avoir un adversaire déclaré, un méchant à détester. Mais qui a donné tout les pouvoirs à ce redoutable adversaire, sinon des hommes politiques qui ont fait le choix de l’immobilisme et des déficits pendant 30 ans ? S’en prendre aux marchés financiers, est-ce vraiment pertinent alors que sans l’argent qu’ils nous prêtent ( pour combien de temps encore ?) les caisses de la France seraient vides en trois mois. C’est un peu  le chien qui mord la pierre au lieu de chercher celui qui l’a lancée.

M. Hollande dit qu’il n’est “pas dangereux”  pour les riches, il veut simplement leur confisquer 75% de leur revenu de plus de un million d’euros, et s’affirme ouvertement, comme un «ennemi» de l’industrie financière.

Youpie, encore des cadeaux !

Le candidat socialiste promet même de nouveaux cadeaux aux électeurs français, alors qu’il n’a pas le premier euro pour les financer sans emprunter davantage aux marchés financiers….

Dans la hotte de M. Hollande: 60.000 créations d’emplois dans l’enseignement public, de nouvelles subventions aux logements et de nouveaux contrôles des loyers,  l’augmentation du financement public pour les petites et moyennes entreprises, le salaire minimum à € 1.700 par mois et une nouvelle loi pour prévenir et combattre les licenciements. Youpeeee , noël au mois de mai!!!! Il promet également de revenir sur la décision  la  plus importante de M.Sarkosy, le relèvement de l’âge de la retraite à 62 de 60 ans. Youpee!!!! encore des cadeaux. Qui va payer ??? Euh…. mon “véritable ennemi” sans doute….

Par Olivier Languepin

Journaliste basé à Bangkok depuis 2006. Rédacteur en chef de thailande-fr.com.