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Thaïlande : le compte à rebours a commencé

Les organisateurs de la manifestation des « chemises rouges » (UDD) affirment que plus de 100.000 personnes occupent désormais le centre-ville de Bangkok depuis hier midi, quand la police évoquait entre 50.000 et 60.000 manifestants. Une chose est certaine, la Thaïlande est à nouveau au centre de la tempête médiatique en raison d’un conflit politique qui dure depuis maintenant plus de quatre ans.

En théorie les objectifs de l’UDD (Union pour la démocratie et contre la dictature) dont la couleur de ralliement est le rouge, sont pacifiques : ils demandent cependant à l’actuel gouvernement de démissionner et d’organiser des élections anticipées (celles-ci doivent avoir lieu normalement en décembre 2011).

Une manifestante des "chemises rouges" sur Rajdamnoen avenue. Sur son bandeau on peut lire "I love Thaksin" | photo : Camilla Davidsson

Le Premier ministre thaïlandais a indiqué dimanche n’avoir aucune intention d’utiliser la force contre les dizaines de milliers de “chemises rouges” pro-Thaksin, mais aura-t-il vraiment le choix compte tenu de la stratégie que semble avoir adopté l’UDD ?
Il y a depuis le départ une sorte d’ambigüité sur le but réel de cette manifestation qui se veut pacifique, et la signification de l’ultimatum donné au gouvernement. Les leaders de l’UDD savent très bien que si les « chemises rouges » se dispersent calmement au bout de trois jours, il y a peu de chance pour que le gouvernement démissionne. Jaran Ditthapichai, un des responsables de l’organisation de la manifestation a déjà mis en garde le gouvernement au cours d’une conférence de presse la semaine dernière :

Notre but est modeste : nous voulons obtenir la dissolution du Parlement et de nouvelles élections par des moyens pacifiques. En faisant venir 1 million de personnes dans Bangkok nous allons obliger le gouvernement Abhisit a choisir entre la dissolution et la suppression de notre mouvement. Nous n’avons pas l’intention de déclarer la guerre au gouvernement ou de provoquer une guerre civile. Mais si le gouvernement utilise la force contre nous, personne ne sait ce qui pourrait arriver.

Par ailleur M. Jatuporn, un des principaux leader de l’UDD a réaffirmé à plusieurs reprises que « un affrontement est inévitable » si le gouvernement ne cède pas à l’ultimatum des manifestants.

En d’autres termes le fait d’avoir ou non recours à la violence, est une option qui est susceptible de changer en fonction du rapport de forces sur le terrain. Objectivement, le gouvernement n’a pas interet à provoquer une situation d’affrontement : au contraire, le temps joue en sa faveur, car l’UDD estime pour voir tenir le siège entre quatre et cinq jours maximum.

La journée de lundi sera un test important dans la mesure où les manifestants ont décidé de marcher sur le QG de l’armée au siège du 11 e régiment d’infanterie, où se trouvent le Premier ministre et son vice-Premier ministre Suthep Thaugsuban. Les chemises rouges, menacent aussi d’étendre leurs manifestations de rue de masse à travers la capitale, si leur demande n’est pas satisfaite, ce qui serait une provocation pour le gouvernement.

Le colonel Sansern Kaewkamnerd, porte-parole de l’armée a déclaré que les manifestants pouvaient se rendre au siège 11e Régiment d’infanterie, mais ne seraient pas autorisés à pénétrer dans les locaux. Trente-quatre bataillons de troupes supplémentaires ont été déployés autour de la caserne du 11e régiment, qui a érigé des fils de fer barbelés autour de ses bâtiments. Nul ne sait combien de temps le face à face entre manifestants et militaires pourra rester pacifique, même si de part et d’autre on semble vouloir laisser au camp adverse la responsabilité de provoquer un affrontement violent.

Par Redaction Bangkok

La rédaction de thailande-fr est installée à Bangkok depuis 2007, avec un rédacteur en chef, des pigistes, et des stagiaires d'écoles de journalisme et de communication.