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Scandale et détournement de fonds au temple Dhammakaya

L’affaire a provoqué un large débat en Thaïlande sur les dérives mercantilistes des temples bouddhistes, et sur l’absence de contrôle des dons faits par les fidèles.

Un débat sur une refonte des organismes de contrôle des temples bouddhistes a pris de l’ampleur depuis le mois dernier lorsque le Conseil Sangha Suprême (SSC), l’organe directeur du Bouddhisme thaï, a révélé l’ampleur du scandale financier qui touche le temple Dhammakaya.

Le temple et son moine Dhammachao sont soupçonnés de détournements de fonds d’une somme totale d’environ 900 millions de baht (20 millions de dollars) par le biais de donations.

Le Wat Dhammakaya est la plus grande organisation multinationale bouddhiste avec 200 filiales dans le monde. Les membres de la secte Dhammakaya incluent certains des politiciens les plus puissants de la Thaïlande et est considéré comme le temple bouddhiste le plus riche du pays.

La fortune personnelle de Dhammachao était en 1990, quatre fois plus importante que celle du temple et de la fondation Dhammakaya. Elle était estimée à 10 milliards de baht.

Le temple ainsi que les moines ont reçu plus de 900 millions de baht de donations (environ 25 millions d’euros) de la part du président de la banque Klongchan Credit Union Co-operative, Supachai Srisupa-askorn, qui est accusé d’avoir détourné des sommes considérables.

Le temple bouddhiste controversé pour ses méthodes d’appel aux dons a accepté lundi 16 mars de rembourser près de 20 millions d’euros sur les sommes perçues.

«Nous sommes tombés d’accord pour rendre 100 millions de bahts (trois millions d’euros) par mois de mars à août»

soit six tranches, a déclaré Samphan Sermcheep, avocat du temple, à l’issue d’une médiation devant un tribunal local avec l’entreprise lésée, Klongchan.

L’AMLO (Bureau contre le blanchiment d’argent) va maintenant enquêter pour savoir si le temple a été construit avec ces donations, afin de déterminer les liens supposés entre cette affaire de détournement et le temple

Un moine très controversé

Pour Mano Laohavanich, moine formé au Wat Dhammakaya et ancien camarade de classe de Dhammachao, ce dernier endoctrine les jeunes thaïs, à l’image d’Adolf Hitler, son modèle.

« Il possède un don pour contrôler les centaines de personnes qui l’écoute». Il a appliqué cette recette pour persuader les fidèles de le suivre au Wat Dhammakaya.

Le moine lui aurait dit qu’il n’aspirait pas à être le Patriarche Suprême mais rien de moins que conquérir le monde…

Dhammachao se comporte comme un pacha et a des exigences démesurées : crèmes luxueuses, cuisine personnelle, draps changés tous les jours,… Contrairement aux autres moines, lui ne sort pas recevoir les aumônes.

Mais au delà de son comportement peu en rapport avec les préceptes bouddhistes, on lui reproche surtout sa politique commerciale de collectes des dons, notamment la promesse que la qualité de la prochaine vie de ses fidèles serait proportionnelle à l’importance de leurs dons.

Les marchands sont dans le temple

Cette allégation de fraude est la dernière dans une série des scandales qui ont secoué le clergé en Thaïlande ces dernières années. Cette affaire est aussi l’occasion de lancer un grand débat sur le bouddhisme et son encadrement, notamment en ce qui concerne les finances des temples du Royaume.

D’autres exemples incluent un moine arrêté avec 120,000 pilules de méthamphétamine et un autre qui a été renvoyé de son temple pour avoir investit 1.2 millions de $ sur le marché boursier.

L’affaire a provoqué un large débat en Thaïlande sur les dérives mercantilistes des temples bouddhistes, et sur l’absence de contrôle des dons consentis par les fidèles, alors même que les donateurs bénéficient de réductions d’impôts.

D’après un reportage de France 24, la modernisation et le développement de la société de consommation bousculent les traditions thaïlandaises. Les habitants ne se confient plus aux moines, à l’instar de la confession chrétienne qui s’est amenuisée en Europe. Les temples sont désertés, notamment dans les campagnes.

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