Les ambassades à Bangkok et Interpol connaissent le fait depuis longtemps. Mais la disparition mystérieuse du Boeing 777 de la Malaysia Airlines dans la nuit du 7 au 8 mars a placé cette triste réalité dans une lumière crue : la Thaïlande est la Mecque du trafic de faux passeports.

Interpol a révélé samedi que deux des passagers qui se sont enregistrés pour le vol MH370 de la Malaysia Airlines, reliant Kuala Lumpur à Pékin, utilisaient des passeports volés en Thaïlande à un touriste autrichien et à un touriste italien.

Renforcer les contrôles dans les aéroports

Comment ont-ils pu monter à bord, alors qu’il existe un fichier Interpol des passeports volés auquel tous les gouvernements et toutes les compagnies aériennes ont accès ?

La réponse est contenue dans la réaction du premier ministre malaisien Najib Razak qui a promis lundi de « renforcer les contrôles » au sein de l’aéroport international de Kuala Lumpur.

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Faux en tous genres, en vente libre à Kao San Road

Luigi Maraldi, un jovial Italien de 37 ans, était en vacances à Phuket en août dernier, quand il a laissé son passeport en caution à une agence de location sur la côte occidentale de l’île. Lorsqu’il a rendu le véhicule et qu’il a demandé son passeport, la tenancière de l’agence a simplement rétorqué qu’elle l’avait donné à un autre Italien, lequel lui avait dit : « Maraldi est mon mari ».

Quant à l’Autrichien Christian Kozel, âgé de 30 ans, son passeport a été volé également sur l’île de Phuket il y a 18 mois. Ces incidents sont routiniers, comme le savent bien les consulats et la police thaïlandaise.

« La contrefaçon de toutes sortes de documents d’identification est très répandue, particulièrement en Thaïlande. C’est très facile d’obtenir un passeport volé ou contrefait dans ce pays »,

a indiqué au Wall Street Journal, Steve Vickers, un consultant dans le domaine de la sécurité basé à Hong Kong.

Selon le consul australien à Bangkok, Larry Cunningham, le vol de passeports en Thaïlande – et tout particulièrement à Phuket – est un incident fréquent. « Certains passeports sont certainement perdus, tombés d’une poche ou égarés.

Mais il y a aussi de très nombreux cas de vols », a-t-il dit au South China Morning Post. Parfois, assure-t-il, des voleurs s’introduisent dans les chambres des touristes pour subtiliser des passeports, puis pour les vendre sur le marché noir.

La première raison pour laquelle la Thaïlande est une plaque tournante de la contrefaçon de passeports est tout simplement le nombre très important de touristes dans le pays : 26,7 millions de visiteurs pour l’année 2013 selon les chiffres de l’agence gouvernementale Tourism Authority of Thailand. Il faut y ajouter la corruption répandue au sein de la police et la « flexibilité » dans l’application des lois.

« Vous pouvez négocier avec les forces de l’ordre. Il n’est pas trop difficile d’entrer et de sortir du territoire »,

a confié au Bangkok Post un policier du Département des enquêtes spéciales (DSI, l’équivalent thaïlandais du FBI).

Les officiels Thaïlandais, selon la même source, considérent qu’altérer un passeport étranger n’est pas une grave infraction contrairement à l’altération d’un passeport thaïlandais.

Une autre source de passeports pour les trafiquants en Thaïlande vient des routards désargentés, qui vendent leur document de voyage pour 1.000 à 2.000 dollars puis vont se faire en délivrer un autre à leur ambassade. Les ambassades européennes sont conscientes du stratagème et ont rendu les procédures beaucoup plus strictes depuis plusieurs années.

Mais, selon une source au Bureau thaïlandais de l’immigration, beaucoup des passeports altérés par les trafiquants en Thaïlande sont en fait volés à l’étranger et introduits clandestinement dans le royaume qui est en quelque sorte un « centre de production », réexportant ensuite les passeports vers d’autres pays.

Au cours des dernières décennies, plusieurs réseaux de trafiquants ont été démantelés lors d’opérations conjointes menées par la police thaïlandaise et des policiers étrangers. Le plus souvent, ces réseaux sont dirigés par des ressortissants de l’Iran, de pays du Moyen-Orient et de pays d’Asie du Sud, notamment du Pakistan.

Tinawut Silapat, un agent du DSI, avait déclaré en 2012 au magazine basé à Bangkok The Big Chilli qu’il existait « environ 20 groupes » engagés dans la contrefaçon de passeports en Thaïlande, qui utilisaient des passeports volés en Thaïlande, mais aussi en France, en Belgique et en Espagne.

La technique d’altération consiste à utiliser le passeport volé comme base, à changer la photo et la signature et à ajouter des données et des pages.

« Les criminels ont des difficultés à produire des passeports totalement contrefaits à cause des techniques sophistiquées de vérification. C’est pour cela qu’ils achètent des vrais passeports à des gangs qui les volent aux touristes »,

a indiqué au quotidien The Nation le général Warawut Taweechaikarn du Bureau de l’immigration.

Selon le Bureau de l’immigration, 1.000 passeports sont signalés comme « manquants » en moyenne par an, dont la majorité sont délivrés par la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, l’Autriche, les Etats-Unis, le Japon, la Chine et la Corée du Sud. Mais ces chiffres semblent sous-évaluer le nombre réel des passeports volés, vendus ou égarés en Thaïlande chaque année. Ainsi, selon le Foreign office britannique, 600 passeports britanniques ont été signalés disparus en Thaïlande pour la seule période 2012-2013. Selon des experts étrangers dans le domaine de la sécurité, les passeports contrefaits sont utilisés dans le cadre de l’immigration illégale, du trafic humain, de la criminalité transnationale et du terrorisme.

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