Après l’invalidation des élections législatives du 2 avril dernier par la Cour constitutionnelle thaïlandaise, l’avenir politique du Premier ministre Thaksin Shinawatra est plus que jamais incertain.

Lundi 8 mai, la Cour constitutionnelle thaïlandaise a porté un coup sévère au crédit politique du Premier ministre sortant, en invalidant les élections législatives qu’il avait remportées le mois dernier, avec 56 % des voix.

Les juges ont estimé – à huit voix contre six – que le scrutin du 2 avril était « anticonstitutionnel », celui-ci ayant eu lieu seulement trente-sept jours après la dissolution de la Chambre des représentants. La Constitution prévoit, en théorie, un délai de quarante-cinq à soixante jours. Par ailleurs, neuf juges contre cinq ont réclamé la tenue de nouvelles élections, auxquelles devraient prendre part, cette fois, les candidats de l’opposition, rapporte le quotidien Bangkok Post.

La Cour constitutionnelle a été saisie d’une série de plaintes, déposées par des universitaires et des observateurs indépendants qui affirment que la date du 2 avril a été choisie injustement, que le parti de Thaksin Shinawatra, le Thai Rak Thai (TRT), a financé – en échange de votes en sa faveur – les campagnes de petites formations, et que les isoloirs utilisés pendant l’élection ne garantissaient pas le secret du scrutin.

En invalidant les élections, la Cour constitutionnelle a suivi les recommandations du roi Bhumibol Adulyadej. En effet, le 25 avril, le monarque de 78 ans, très respecté en Thaïlande, est exceptionnellement sorti de sa réserve pour qualifier les élections de « non démocratiques », indique le quotidien Thai Day.

Pour l’heure, le Premier ministre thaïlandais, riche homme d’affaires de 56 ans, reste étonnamment silencieux sur ses futures intentions politiques. Et ses plus fidèles lieutenants se sont chargés, à dessein, d’entretenir le doute. Ainsi, le vice-président du TRT, Khunying Sudarat Keyuraphan, a annoncé, lors d’une réunion des dirigeants du parti, « qu’il acceptait la décision de la Cour » – à l’instar de 63 % des citoyens de la grande banlieue de Bangkok –, souligne Thai Day. Mais le bras droit du Premier ministre « a soigneusement évité les questions sur le fait de savoir si Thaksin Shinawatra tiendrait parole et refuserait de reprendre le poste de chef du gouvernement », ajoute le quotidien.

« Alors qu’il tient tout le monde en haleine quant à ses projets immédiats, le Premier ministre sait que, s’il veut revenir rapidement au pouvoir, il devra surmonter certains obstacles qui pourraient mettre en péril non seulement sa carrière politique mais aussi ses ambitions commerciales, souligne The Nation. Il lui faudra notamment donner à l’opposition des gages de bonne volonté, en assurant un véritable partage des pouvoirs et en mettant en place une commission électorale entièrement indépendante, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. En attendant, conclut un analyste politique, cité par Thai Day : « Le pays a besoin de changements constitutionnels équitables et acceptés par tous, ce qui risque d’être difficile si Thaksin reste en place »

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