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Sous les PV, la plage

En six mois la dictature du général Prayuth, a accompli davantage en Thaïlande qu’un clan familial au service exclusif de ses propres intérêts en dix ans.

Bien sûr il y aura toujours ceux qui privilégieront l’explication politique ou du complot : il n’empêche que voir quelques têtes hautement galonnées et bassement corrompues de la police de Bangkok défiler en short et en tongs avant d’entrer du mauvais coté du panier à salade, mérite toujours d’être salué.

C’est que les émoluments de ces Ribouldingues thaïlandais commençaient à être un tantinet encombrants : ça ne tenait même plus dans le coffre taillé comme une armoire normande de la résidence du padrino : il a fallu en enterrer un peu partout sous les pétunias et les géraniums.

Un coffre aux dimensions adaptées pour le chef de la police
Un coffre adapté aux ambitions du chef de la police de Bangkok

Cahuzac et Thévenoud font un peu joueurs de bonneteau sur des caisses en carton à coté des condés siamois.

La plage, comme dans le film, ou presque

Il aura fallu quelques PV, rien de plus, pour retrouver soudain un accessoire balnéaire devenu presque incongru sur de nombreuse plages du royaume : le sable.

Ainsi une baie paradisiaque n’a pas forcément vocation a être ensevelie sous un enchevêtrement disgracieux  de parasol et de transats en plastique décatis par les UV et les excès de crème solaire.

La volonté politique d’administrer, ou simplement de faire respecter un semblant de normes juridiques élémentaires, peut parfois donner des résultats surprenants.

Ainsi il aura fallu quelques semaines au gouvernement Prayuth pour donner des documents au million de travailleur immigrés qui accomplissent toutes les basses besognes que les Thaïlandais ne veulent plus faire.

Auparavant livré à l’exploitation de la pire espèce, les trafiquants de main d’oeuvre, voilà que les sans nom, sans droits, paria parmi les plus pauvres, se retrouvent munis de ce qu’il y a de plus précieux pour un être humain en exil : une identité.

Faire le trottoir, ça peut servir

Ainsi un trottoir peut aussi servir à marcher et pas seulement de couloir de substitution pour les motards pressés, ou de tête de gondole pour vendeurs insomniaques.

Ainsi la mafia des motos taxis qui pratique à visage découvert le racket à grande échelle depuis des lustres sur plus de 100.000 motards travailleurs de la capitale, est priée d’aller se rhabiller.

Était-ce si compliqué d’enregistrer les motos taxis de manière officielle et de leur délivrer un permis au lieu de laisser à la merci des nervis ? Apparemment pas tant que ça, il suffisait d’un peu de volonté, et de ne pas avoir peur de marcher sur quelques plate-bandes déjà bien arrosées.

Il en reste encore des ripoux, des nervis qui carburent à la commission extorquée, c’est certain, mais à chaque jour suffit sa peine, et en six mois l’immonde dictature du général Prayuth, vouée aux gémonies par le chœur indigné et unanime de nos irréprochables démocrassies a accompli davantage qu’un clan familial au service exclusif de ses propres intérêts en dix ans.

Soyons réalistes

Peut être qu’un gouvernement dûment élu et choisi par le peuple dans son immense sagesse séculaire aurait pu faire de même : mais jusqu’à présent il a eu des choses plus importantes à faire.

Trop occupé à spéculer le riz, pour remplir les poches des ses affidés, et verser des compensations de moins en moins sonnantes et de plus en plus trébuchantes à son électorat.

Aujourd’hui la fête est finie : le riz vaut son pesant de riz, et plus son pesant de voix achetées à coup de promesses financées à crédit.

On remballe les parasols, on met à l’ombre, on déterre les valises de biftons, et on se prend à rêver à un gouvernement qui sait faire autre chose qu’entretenir les prébendes et l’immunité des puissants avec la complicité d’une police à sa botte.

C’est bientôt Noël, on peut rêver. Soyons réalistes, demandons l’impossible.

 

Par Olivier Languepin

Journaliste basé à Bangkok depuis 2006. Rédacteur en chef de thailande-fr.com.

  • Message de Francis R. à Pattaya
    Je suis l’un de vos abonnés et j’apprécie beaucoup vos articles et leurs pertinences. J’habite ici à Pattaya et concernant votre article sur les plages je ne suis pas d’accord avec vous je me promène quotidiennement le long de la plage ( je devrais dire le long des transats) je pars de la plage de Pratamnak et je vais jusque na-Jomtien par la plage et bien ce j’est qu’un parasol et transats on ne sait même pas marcher sur le sable on est obligé de marcher dans l’eau. Donc je pense qu’ici à Pattaya ou bien les militaires ont oublier de passer ou bien les anciennes habitudes ( pots devin) ont repris de plus belle.

    • Bonjour Francis,
      Pour votre interrogation concernant Pattaya, il suffit de savoir qui
      “dirige” vraiment la ville et vous avez la reponse.

  • Sous les discours, la réalité

    Nouveau bulletin mensuel de l’auteur pour chanter les louanges de la junte en place et clabauder encore plus sur l’ancien régime toujours responsable a ses yeux du chaos actuel !!!
    Sûrement candidat a l’écriture du discours hebdomadaire de propagande insipide du “ Duce” – le leader en italien-, ou juste le travail-famille-patrie est remplace par monarchie-armée-patrie.
    Mais pour les lecteurs de Thailandefr, il est bon de corriger certains points oublies ou déformes et toujours assez loin de la réalité quotidienne de Bangkok.

    Depuis six mois rien d’important n’est réalise, tout est dans la com et la désinformation.

    L’exemple des nouveaux gilets pour les motos taxi est flagrant.
    Utilisateur quotidien , je n’ai aujourd’hui jamais vu un seul en service.
    D’après le général ministre charge du dossier cela est en bonne voie pour ce mois ci !!! ( sûrement un retard de livraison de Chine, nouveau partenaire économique et touristique privilégie du pouvoir, compte tenu de leur affinité en droit de l’homme et démocratie).
    Le cas de Silom road est aussi intéressant dans la mesure ou l’idée de rendre les trottoirs aux piétons est excellente, seulement c’était sans compter sur les centaines d’employés affames le matin a l’heure d’embauche.
    Moralité après encore de grandes annonces médiatiques ils sont de retour le matin pour le bien du petit peuple dont il est vrai la junte ne se préoccupe pas beaucoup sauf en cette fin d’année ou des mesures populistes sont annoncées.
    On ne peut que se réjouir de voir des officiers supérieurs corrompus derrière les barreaux, mais si la justice et l’équité existe il va falloir augmenter sérieusement les centres de détentions pour trois et quatre étoiles !!
    Car la corruption endémique touchant les hauts fonctionnaires ne date pas d’hier et pour rappel,entre 2006 et 2011 alors que les amis du “lider maximo prayuth” étaient au pouvoir, l’indice de corruption a sensiblement augmente.

    A part cela rien n’a change.
    Le rideau de fer est tombe.
    Et comme le cite un de vos articles – mais pas l’auteur – “ la critique est systématiquement poursuivie, l’activité politique est interdite, les médias sont censures, et les dissidents sont juges par des tribunaux militaires.”

    Tout cela pour nettoyer la plage de Phuket ????

    Amazing Thailand