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Barrages sur le Mékong : un danger pour l’environnement et la population

Le Mékong parcourt plus de quatre mille kilomètres à travers six pays, dont la Thaïlande : plus de soixante millions de personnes dépendent du fleuve pour leur survie

Le Mékong est un fleuve d’Asie du Sud-Est long de 4800 km. Il traverse six pays : la Chine, la Birmanie (Myanmar), le Laos, la Thaïlande, le Cambodge et le Vietnam.

C’est le quatrième fleuve d’Asie au plus grand débit, il abrite plus de 1 000 espèces différentes, faisant de lui le deuxième fleuve avec le plus de biodiversité.

Plus de 70 millions de personnes qui appartiennent à plus de 100 groupes ethniques vivent dans le bassin du Mékong.

85% des personnes vivant dans le bassin du Mékong gagnent leur vie directement à partir des ressources naturelles du fleuve, il est donc indispensable à la survie de millions de personnes.

Malheureusement, ce fleuve est de plus en plus menacé.

«Si nous continuons à aller dans cette direction, je pense sincèrement que la fin du Mékong va arriver dans très peu de temps. Nous avons besoin de changements structurels » 

a déclaré Niwat Roykaew, président du Rak Chiang Khong Group, un réseau populaire du nord de la Thaïlande qui s’intéresse aux impacts des projets d’investissement et de développement sur les communautés locales du nord du pays ; lors d’une conférence au FCCT.

Les barrages sur le Mékong, l’environnement et les populations menacées

C’est en 1986 que les Chinois ont commencé à construire des barrages sur le Mékong afin de produire de l’énergie hydroélectrique.

De nombreuses organisations environnementales ont exprimé leurs inquiétudes à ce sujet, mettant en avant l’impact des barrages sur le Mékong, sa flore et sa faune, sur les populations rurales, souvent déplacées, et sur les économies locales qui en dépendent.

La pêche est très importante, le bassin du Mékong est une des zones les plus riches en biodiversité du monde et son milieu aquatique est le deuxième écosystème le plus diversifié au monde après l’Amazonie.

Cependant, une étude du MRC Council Study en Février 2018 montre que si rien ne change, en 2040, il y aura entre 40 et 80% de poissons en moins.

Une dangereuse course à l’énergie hydraulique

En 2006, le Laos avait signé des protocoles d’accord pour la construction de 55 barrages sur le Mékong.

Officiellement, ces barrages doivent permettre au Laos d’exploiter une centaine de centrales hydroélectriques d’ici 2020, capables de produire 77 millions de kWh d’électricité par an.

Le barrage qui s’est effondré le 23 juillet devait en principe produire de l’électricité dès 2019. La cause de cette catastrophe : les pluies continues qui ont fait s’accumuler d’importantes quantités d’eau.

Mais le 23 juillet 2018, un barrage hydroélectrique en construction s’est effondré, libérant cinq milliards de mètre cubes d’eau et faisant plusieurs morts et disparus dans la province d’Attapeu, dans le Sud-Est du Laos.

Cet effondrement tragique d’un barrage du projet hydroélectrique Xe-Pian Xe-Namnoy, en construction dans le sud du Laos, a attiré l’attention du monde entier sur la construction de barrages dans le pays et sur le bassin inférieur du Mékong.

Cette catastrophe a fait plusieurs morts et des centaines de disparus. De nombreuses habitations dans la zones ont été submergées, laissant plus de 6 000 personnes sans-abri.

Durant la conférence au FCCT sur le thème « Barrages, catastrophes et justice écologique : Lois hydroélectriques dans le Mékong », des images difficiles à regarder sont montrées par Premrudee Daorung, coordinatrice des projets SEVANA et Lao Dam Investment Monitor, projet qui a pour but de surveiller les impacts et demander des comptes sur les investissements hydroélectriques au Laos.

On y voit des enfants, des familles sans-abri qui sont terrorisés à l’idée de retourner vivre à l’endroit où le désastre a eu lieu.

 « Il faut six mois pour reconstruire les villages, mais les gens ne veulent pas retourner vivre à l’endroit de l’accident. Ils ont peur que cela recommence. Cette génération ne sera pas en mesure de retourner dans leur maison », a déclaré Premrudee Daorung.

Une prise de conscience

Depuis sa source dans le plateau tibétain, le Mékong parcourt plus de quatre mille kilomètres à travers six pays : plus de soixante millions de personnes dépendent du fleuve pour leur culture, leurs moyens de subsistance et leur sécurité alimentaire.

Récemment, la Banque mondiale s’est retirée de son projet de barrage, le Nam Theun 2, en confiant la gestion du projet au gouvernement laotien.

Ce projet avait été vanté par le gouvernement comme une réussite et comme un modèle d’énergie hydraulique durable.

En revanche, le livre « Dead in the water » écrit par plusieurs experts et chercheurs indépendants, met en lumière les échecs du gouvernement pour atteindre un véritable objectif de durabilité sociale et environnementale. 

Plusieurs dizaines de barrages sont actuellement en construction au Laos, qui exporte la majorité de son énergie hydroélectrique vers ses pays voisins. Et notamment la Thaïlande.

Le barrage Xe Pian-Xe Namnoy, projet de plus d’un milliard de dollars, était en cours de construction depuis 2013. Il devait commencer à fournir de l’électricité à partir de 2019 et 90% de l’énergie produite devait être exportée vers la Thaïlande.

La catastrophe prouve réellement les problèmes de ces barrages qui ne résistent pas aux phénomènes météorologiques extrêmes comme les fortes pluies.

Cependant, avec le réchauffement climatique et les changements, ces pluies sont de plus en plus fréquentes en Asie.

Ces projets de barrages peuvent donc avoir des conséquences imprévisibles.

« Il est essentiel de trouver des alternatives aux barrages sur le Mékong pour la production énergétique et le développement économique, c’est un moment critique pour le Mékong. » a déclaré Maureen Harris, membre de l’ONG International Rivers.

 

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Par Zoé Cazaubiel

Journaliste stagiaire, étudiante à l'ISCOM

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