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La Thaïlande face aux défis du vieillissement

D’ici 2029, il y aura 13 millions de citoyens de plus de 65 ans en Thaïlande et près de 70 millions dans l’ASEAN

En 2020, 20% des Thaïlandais auront plus de 65 ans. L’institut de recherche sur la Thaïlande (TDRI) met en garde : la Thaïlande doit rapidement s’adapter à la société de longévité avant qu’il ne soit trop tard.

La croissance économique apporte avec elle des modifications démographiques. Actuellement sur les 69 millions de Thaïlandais, 11% sont âgés de plus de 65 ans et 71% ont entre 15 et 64 ans.

Selon le programme de développement des Nations Unies, le taux de dépendance des personnes âgées est de 15,9% dans le pays (en comparaison, ce taux est de 31,9% en France). Depuis 1990, l’espérance de vie a augmenté de 5 ans, la moyenne étant aujourd’hui de 75,5 ans (82,7 en France).

« L’Etat, les entreprises et chacun d’entre nous doivent se préparer et agir maintenant pour relever les défis de la société de la longévité, »

Dr Somkiat, président du TDRI

Ces chiffres devraient continuer d’évoluer, et le TDRI estime ainsi qu’en 2020 la population sera composée d’environ 20% de séniors, alors que parallèlement la population active diminuera.

Les centenaires ne sont également plus une exception, le pays en compte déjà plus de 9 000 selon une enquête de l’Office Nationale de la Statistique. Compte tenu de l’amélioration constante de la santé, les personnes nées en 2016 devraient vivre en moyenne de 80 à 98 ans.

La Thaïlande est un des premiers pays de l’ASEAN à entrer dans une société de longévité, et doit donc prendre les initiatives nécessaires.

Taux de fertilité dans les pays de l’ASEAN
Infogram

13 millions de plus de 65 ans

 D’ici 2029, il y aura 13 millions de citoyens de plus de 65 ans en Thaïlande et près de 70 millions dans l’ASEAN. L’évolution démographique amène avec elle de nouvelles demandes : c’est donc aussi un marché en pleine expansion, avec de bonnes perspectives d’exportation dans la région si la Thaïlande se positionne en instigateur.

« Être une société de longévité ne ralentit pas nécessairement la croissance économique du pays, à condition que la Thaïlande adopte les bonnes politiques » explique le Dr Somkiat

Afin de soutenir la croissance économique, la Thaïlande doit mettre en œuvre des mesures face au vieillissement de la population. Dans le cas contraire, la croissance économique du pays risque de chuter de 0,8 % par an, met en garde le TDRI.

Parmi ces mesures, le TDRI propose : prolonger l’âge de la retraite, développer les technologies permettant de remplacer la main d’œuvre, promouvoir un « vieillissement actif », aider à l’acquisition continue de compétences professionnelles, instaurer un système d’assurance vieillesse et réduire le nombre de conscrits pour pallier à la pénurie de main d’œuvre.

« Nous devons comprendre que la préparation au vieillissement de la population ne profite pas seulement aux personnes âgées, mais à tout le monde », a déclaré le Dr Somkiat. « Nous vivrons beaucoup plus longtemps, et nous avons besoin de politiques pour faire croître l’économie et nous préparer à relever les défis. »

L’âge médian dans les pays de l’ASEAN
Infogram

Vivre plus longtemps et en meilleure santé 

Si les Thaïlandais vivent plus longtemps, ils vivent également en meilleure santé : « Nous vivons maintenant dans une société où les gens vivent et restent productifs beaucoup plus longtemps qu’auparavant. Nous avons besoin de nouvelles politiques pour utiliser les compétences et l’expériences des séniors lorsque le nombre de jeunes diminue ».

Selon le Dr. Somkiat, l’âge de la retraire est trop bas, ce qui se traduit par une perte précieuse en ressource humaine alors qu’elle pourrait continuer de contribuer à l’économie. À l’heure actuelle, la Thaïlande est déjà en train de perdre des personnes âgées de 50 à 60 ans en raison de la politique de retraite anticipée, a-t-il ajouté.

Remonter l’âge de la retraite après 65 ans permettrait à aux personnes toujours en bonne santé de rester actives, et intégrées dans la société. Cela pourrait contribuer à améliorer leur bien être mental, allant jusqu’à écarter certaines dépressions.

Selon une étude du TDRI, le maintien en poste des travailleurs âgés de 50 à 60 ans et leur requalification permettront d’atténuer de 9 % le ralentissement économique. Le retour des travailleurs âgés de 60 à 69 ans sur le marché du travail améliorerait lui la situation de 2 %.

Se former tout au long de sa vie

« Chacun doit alors faire preuve de souplesse et être ouvert à l’acquisition de nouvelles compétences », a déclaré Mme Nicha Pittayapongsakorn, chercheuse sur la réforme de l’éducation au TDRI.

Les personnes âgées possèdent par ailleurs plus de connaissances et d’expériences professionnelles que les générations précédentes, c’est donc une population précieuse, souvent plus apte à comprendre le besoin de ses pairs, explique le TDRI.  

Vivre dans une société de longévité signifie aussi un prolongement de la vie active. Les travailleurs âgés seront bientôt une part non négligeable des employés.

Le TDRI estime que la société de longévité pourrait créer directement et indirectement plus de 20 nouveaux secteurs d’activités, parmi lesquels : le « tourisme médical », les soins à domicile gériatriques, l’éducation spécialisée, la domotique, la rénovation des maisons, la mise en place des viagers, la robotique des soins, l’industrie pharmaceutique, les produits anti-âge, les services de bien-être, les appareils de santé intelligent, les cliniques de fertilité, les compléments alimentaires.

Afin de rester opérationnels, les travailleurs doivent s’adapter et acquérir de nouvelles compétences, notamment dans les domaines technologiques qui évoluent sans cesse. Il incombe au gouvernement et aux entreprises d’aider à cette transition.

De nombreux gouvernements dans d’autres pays mettent en place pour leurs citoyens des « comptes d’apprentissage personnalisés » à travers des plateformes d’orientation professionnelle.

Le gouvernement doit aussi aider à former le personnel dans les secteurs en pénurie (soins sanitaires, prestation de soin et système d’automatisation) et appuyer la recherche et le développement. Les consommateurs, et notamment les aînés, doivent être protégés des escroqueries, des fraudes et de l’exploitation. En parallèle, l’homologation de produits réglementés, comme les produits pharmaceutiques et les cosmétiques, doit être renforcée.

Les entreprises doivent mettre en place une nouvelle politique de recrutement pour embaucher des personnes plus âgées. Il faut aussi adapter les lieux de travail, notamment en améliorant la sécurité, l’ergonomie, la robotique, les logiciels et l’intelligence artificiel pour remédier à la pénurie de main-d’œuvre.

Pour ce faire, le gouvernement devrait récompenser fiscalement les entreprises qui embauchent des personnes âgées. Une loi contre la discrimination fondée sur l’âge peut également s’avérer nécessaire.

Vivre plus longtemps peut être une bénédiction ou une malédiction ?

« Notre société est à la croisée des chemins. Vivre plus longtemps peut être à la fois une bénédiction ou une malédiction, selon notre qualité de vie à un âge avancé  » affirme le Dr. Saowaruj Rattanakhamfu, chercheuse sénior au TDRI

Pour que le vieillissement de la société prenne une tournant positif, il incombe aussi à la responsabilité de chacun. Au niveau individuel, il faut que les citoyens prennent de bonnes habitudes : épargner tôt pour s’assurer une sécurité financière à un âge avancé, faire en sorte d’acquérir de nouvelles compétences mais aussi adopter un mode de vie sain.

Les problèmes de santé sont principalement dus à une mauvaise hygiène de vie (diabète et hypertension artérielle). La pollution est également un important problème sanitaire à résoudre.

Bien sûr, le gouvernement doit être pro-actif dans cette transition, en promouvant et en soutenant un « vieillissement actif ».

Instaurer un système d’assurance vieillesse

« Le système de sécurité sociale a également besoin d’être réorganisé pour éviter qu’il ne s’effondre lorsque les pensions dépassent les cotisations de la population active » prévient le Dr Somkiat. La société de la longévité exige une nouvelle allocation des ressources pour les soins de santé, les retraites, les services d’éducation et la protection contre le chômage.

Avec l’urbanisation croissante, la majorité des personnes âgées seront amenées à vivre en ville. Les villes thaïlandaises sont encore assez peu conçues pour les séniors, Bangkok en est l’illustration : les transports sont difficiles d’accès aux personnes âgées et handicapées (seules 59% des gares sont équipées), et la circulation et la marche sont dangereuses.

Repenser les villes

Le développement urbain doit donc également prendre en compte le vieillissement de la population, en multipliant les espaces verts, les pistes piétonnes, des transports publics plus adaptés, en offrant des activités sociales et plus de lieux où faire de l’exercice. Les services de santé doivent aussi être plus accessibles et moins sujets aux aléas du trafic urbain.

Par exemple, il existe de nombreux espaces inutilisés à Bangkok qui pourraient être transformés en parcs publics. La plupart d’entre eux appartiennent à différentes agences étatiques.  Toutefois, le manque de coordination entre les organismes rend difficile la transformation de ces zones. Actuellement seulement 8% des personnes âgées avouent se rendre dans des parcs, et 43% préfèrent se rendre dans des centres commerciaux, largement plus accessibles.

Soutenir la croissance économique via le développement technologique

Afin de soutenir la croissance économique, faire face au vieillissement de la société et à la diminution de la main d’œuvre, la Thaïlande doit investir davantage dans l’automatisation et la robotique. Plus de la moitié des usines thaïlandaises sont encore dans la phase « Thaïlande 2.0 » alors que le pays se tourne vers sa « 4ème génération ». Actuellement, seulement 2% des industrie utilisent les systèmes promu par le projet d’innovation.

L’utilisation générale des robots industriels est toujours de 45 pour 10 000 travailleurs en Thaïlande, ce qui est inférieur à la moyenne de 74 en Asie et de 85 dans le monde, informe le TDRI.

De plus, l’automatisation et la robotique sont concentrées dans le secteur manufacturier, en particulier dans l’industrie automobile. Les secteurs de l’agriculture, de la fabrication et des services nécessiteraient davantage d’avoir recours à l’automatisation et à la robotique.

Par exemple, l’utilisation des machines pourrait servir à récolter la canne à sucre, à soulever des objets lourds, à découper la nourriture, et les logiciels à remplacer des travaux de bureau répétitifs.

Étant donné que les agriculteurs thaïlandais ont en moyenne plus de 50 ans, l’adoption de l’automatisation et de la robotique dans l’agriculture peut remédier efficacement aux pénuries de main-d’œuvre et accroître la productivité. L’Etat devrait encourager les PME et les agriculteurs à investir dans ces technologies avec des subventions ou des crédit à faible taux d’intérêt.

Cela permettra également de réduire considérablement les problèmes environnementaux, d’améliorer la productivité, d’obtenir de meilleur rendement face à une demande croissante.

L’utilisation des logiciels et de l’intelligence artificielle contribue aussi à accélérer des services et à fournir un travail plus précis, comme dans le secteur sanitaire. Ainsi, les médecins peuvent utiliser l’IA pour diagnostiquer efficacement les maladies cardiaques.

Sources :

http://hdr.undp.org/en/countries/profiles/THA

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