La parole se libère chez les femmes victimes d’agression sexuelles en Thaïlande

La notion de consentement n'est pas clairement établie en Thaïlande, où les victimes de viols hésitent souvent à porter plainte contre leur agresseur

Comment avez-vous laissé cela se produire? »,« Que portiez-vous? ou « Tu buvais? » Voilà ce que l’on demande aujourd’hui à ces femmes thaïlandaises qui osent se plaindre d’agressions sexuelles.

Wipaphan Wongsawang à l’initiative du mouvement Thaiconsent, invite les femmes victimes d’agression sexuelles à en parler mais aussi leur expliquer la notion de consentement.

La notion de consentement

A l’origine, son projet Thaiconsent avait pour but d’expliquer le concept de consentement sexuel aux femmes.

Il était destiné dans un premier temps à son entourage mais seulement, en quelques mois, il s’est transformé en une véritable plate-forme en ligne contenant des centaines d’histoires de viol et d’agression.

« Avant, en Thaïlande, nous n’avions jamais parlé de ce concept de » consentement « dans le sexe », confie Wongsawang au Guardian.

D’après la jeune femme «En Thaïlande, les femmes ne devraient plus être obligées de se taire à propos du viol et des agressions», « Il est temps que les gens commencent à parler de consentement. »

Si le premier réflexe est toujours de blâmer les femmes, il faut prendre le problème dans l’autre sens.

« Chez les hommes en Thaïlande, il y a une hypothèse préjudiciable selon laquelle si les femmes ne disent rien, cela veut dire oui. »

Wipaphan Wongsawang à l’initiative du mouvement Thaiconsent

Le silence des victimes

Pour Wongsawang mais aussi pour une partie grandissante des victimes, après des années de silence, il est temps aujourd’hui de retrouver la parole.

Elle fait partie d’une forme de mouvement féminin qui exprime sa frustration face à la manière dont les agressions sexuelles, le viol et la violence sexiste sont traités, voire ignorés, en Thaïlande.

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Honored to be one of the storytellers in a series of #equalitytalks hosted by @unwomen to mark 16days of activism against gender-based violence. Thank you for giving me the stage to share my journey as founder of the #donttellmehowtodress movement and thank you to all the other amazing and brave women who told their powerful stories. These are painful but necessary conversations to have in order to end the cycle of violence against women and girls. Because this is an issue that affects every single one of us in some way. We all have the power to make a difference. It’s in the words we speak, how we listen to and how we treat each other that determines the narrative of the future. #16daysofactivism #16days #unite #genderbasedviolence #norapeculture #novictimblaming #orangetheworld #metoo #timesup#hearmetoo

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Une étude des Nations Unies publiée l’année dernière a révélé que près de 90% des cas de viol en Thaïlande ne sont pas signalés aux autorités.

#donttellmehowtodress

Grâce à son projet Thaiconsent mais aussi au hashtag #donttellmehowtodress, lancé par Cindy Sirinya Bishop  une mannequin thaïlandaise et qui est devenu viral cette année, les femmes thaïlandaises commencent à exprimer leur volonté de changer les choses.

Pour Cindy Bishop, la situation est devenue alarmante dès lors qu’elle a appris que les autorités thaïlandaises avaient dit aux femmes de «ne pas s’habiller de manière sexy» pour éviter les agressions sexuelles.

«Notre culture n’est pas conflictuelle et il faudra un peu de temps avant qu’une femme se présente et donne des noms ou pointe du doigt dans les médias»

Cindy Sirinya Bishop

«Mais au cours des derniers mois, j’ai vu des femmes thaïlandaises commencer à parler collectivement, à partager leurs histoires et à repousser ce blâme de la victime qui n’avait jamais été contrôlé avant.»  

Wongsawang quant à elle, a été victime d’une tentative de viol à l’âge de 20 ans par un ami alors qu’elle était à l’université. «À ce moment-là, je ne comprenais pas ce qui m’était arrivé», dit-elle. « Donc, pendant un an, je suis restée silencieuse, le cœur alourdi. »

Mais en l’espace d’un an, la même chose est arrivée à huit de ses amis, toutes violées, harcelées ou agressées sexuellement par des personnes qu’elles connaissaient.

Ne sachant pas quoi faire ni à qui s’adresser c’est ce qui a poussé la jeune femme à mener à bien son projet.

Celles qui l’ont signalé ont rarement été prises au sérieux. «Je n’arrêtais pas de penser: était-ce normal dans notre société?» Déclare Wongsawang. « D’autant que nos agresseurs continuent de vivre normalement, comme si rien ne s’était passé. »

Sur sa page Facebook, Thaiconsent, elle a encouragé les gens à partager anonymement des histoires d’incidents où ils avaient été forcés à avoir des relations sexuelles sans leur consentement, que ce soit par violence ou par contrainte émotionnelle.

En 2017, plus de 400 histoires ont étés publiées. La plupart sont des femmes, mais trois ont été des hommes. Une grande partie d’entre eux ne s’était jamais adressée à la police .

Grâce à tous ces témoignages et au succès de son projet, Wongsawang à l’intention de faire de Thaiconsent une organisation formelle.

« Le plus gros problème que je vois en Thaïlande se trouve dans les conversations sur le sexe, où les hommes ne demandent pas ce que veulent les femmes, ils le prennent juste », s’indigne-elle.

«Et pour les femmes, souvent, elles n’osent pas exprimer ce qu’elles veulent ou ne veulent pas. On apprend aux femmes thaïlandaises à dire oui – nous sommes préparés à faire plaisir aux autres – et nous n’avons pas le pouvoir de dire: «Non, je ne veux pas de cela», en particulier à une personne qu’elle connaît. Ce sont ces attitudes que nous voulons changer. « 

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