Boxe thaïe : un danger pour les enfants boxeurs

La boxe thaïe, ou Muay Thai, est un sport très populaire en Thaïlande. Mais sa pratique professionnelle par des enfants pose problème.

Le Muay Thaï ou boxe thaïe est une véritable religion en Thaïlande. La naissance de cet art martial remonte entre les XVe et XVIe siècles, durant la période du royaume d’Ayutthaya.

Pour faire face aux invasions des Birmans, le peuple de Siam avait mis au point un art guerrier permettant de lutter au corps-à-corps face à un ennemi armé : le Muay Thai (มวยไทย)

Plusieurs camps d’entraînement parsèment la Thaïlande. Les grands combats sont diffusés tous les week-ends par les télévisions thaïlandaises. Ils sont ensuite retransmis par les chaînes internationales.

On peut notamment assister à des matchs de boxe thaïe au Rajadamnern Stadium.

C’est une expérience à vivre pour comprendre l’engouement que représente ce sport pour les Thaïs !

Dans le Royaume du Siam, tout le monde peut le pratiquer dès l’âge de 7 ans. En revanche, la pratique du Muay Thaï chez les enfants soulève certaines interrogations.

Les enfants boxeurs, un espoir pour leur famille

La plupart des jeunes boxeurs viennent de familles pauvres. Leurs parents sont souvent des travailleurs de la construction, des agents d’entretien ou des agriculteurs qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts.

Ils sont parfois obligés de demander de l’aide financière à leurs voisins ou même à des usuriers.

« La mère d’un de mes élèves travaille comme femme de ménage dans un temple, lorsque son fils est devenu boxeur et a commencé à gagner jusqu’à 6000 bahts par mois, elle n’a plus jamais demandé de prêt. »

Sarawut Hiyoshi, 37 ans, propriétaire d’un club de Muay Thaï dans la province d’Udon Thani, à The Nation.

Tawin Puensopa, un enfant de 12 ans du camp de boxe Mor Ratanabandit à Nong Chok, aide sa famille à payer les factures grâce au Muay Thaï.

Il est devenu champion junior peu de temps après avoir pris des cours il y a deux ans.

« Ma mère avait des dettes. Quand je lui ai donné quelques centaines de bahts de mon premier combat, elle était en larmes. « , a dit Tawin quand on lui a demandé pourquoi il avait commencé la boxe.

Maintenant qu’il acquiert de l’expérience, Tawin peut gagner jusqu’à 1500 bahts (environ 40 euros). Sa vie est bien plus simple que celle de son frère, en prison à cause de la drogue.

Dans certains quartiers de Thaïlande, des enfants d’à peine 12 ans sont attirés par le trafic de drogues.

Inquiets pour leurs enfants, les parents voient les camps de boxe comme un moyen de les protéger.

Des dommages au corps et au cerveau des jeunes boxeurs

Même si les séances dans ces camps de boxe permettent de réduire le problème de l’obésité chez certains enfants, les préoccupations concernant les dommages au corps et au cerveau des jeunes boxeurs sont très présentes.

Une loi pourrait même être mise en place, entrainant l’interdiction pour les moins de 15 ans de participer à des compétitions sans l’approbation des autorités.

Les enfants de 12 ans, eux, seraient totalement interdits de combattre sur le ring.

Comme beaucoup de propriétaires de camps, Pramote Sang-a-roon, propriétaire du Mor Ratanabandit Boxing Camp, est loin d’être satisfait de l’idée de cette loi. Il affirme que s’ils sont correctement formés, les boxeurs sont en sécurité.

« Ils ont appris à se protéger et ne se blesseront pas si facilement s’ils sont coriaces physiquement, Les enfants pauvres seraient affectés s’ils étaient privés du stade de la boxe « , dit-il.

Des signes de lésions cérébrales et d’hémorragies internes

Adisak Plitponkarnpim, directeur du Centre de recherche sur la promotion de la sécurité des enfants et la prévention des blessures (CSIP), s’attend à ce que la loi mette fin à ce qu’il considère comme de la « folie ».

« Quel que soit leur âge, les enfants ne sont jamais prêts à recevoir des coups à la tête ou au visage, mais à 12 ans, ils peuvent comprendre les risques avant de prendre la décision de se battre « , a dit Adisak.

Pour une étude, des chercheurs ont analysé plus de 200 cerveaux d’enfants boxeurs âgés de moins de 15 ans.

Ils ont trouvé des signes de lésions cérébrales, y compris une accumulation de fer à l’intérieur du cerveau, signe d’hémorragie interne.

Les jeunes boxeurs qui s’étaient battus pendant cinq ans avaient également un QI moyen inférieur à celui des enfants du même âge qui ne se battent pas.

Idéalement, Adisak Plitponkarnpim espère que les intervenants se réuniront pour discuter de la possibilité d’interdire les coups de poing au visage ou à la tête.

Source: The Nation


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Zoé Cazaubiel
Journaliste stagiaire, étudiante à l'ISCOM

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