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La Thaïlande, plaque tournante du trafic de migrants clandestins

Chaque année, des milliers de candidats à l’exil transitent par le sud de la Thaïlande, pour fuir la pauvreté au Bangladesh, ou les persécutions comme les musulmans Rohingyas de Birmanie.

Un deuxième camp de migrants clandestins a été découvert cette semaine dans la jungle du sud de la Thaïlande près de la frontière avec la Malaisie, à un kilomètre seulement de l’endroit où les enquêteurs avaient mis au jour, la semaine dernière une fosse commune contenant vingt-six corps.

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La carte des camps de migrants clandestins dans le sud de la Thaïlande. Source : BangkokPost

Il s’agissait vraisemblablement de migrants clandestins originaires de Birmanie ou du Bangladesh, victimes de trafiquants.

Les clandestins étaient parqués dans ces camps dans des cages de bambou, selon la police, parlant de «camp-prison», le temps que leurs familles réunissent la somme demandée par les trafiquants pour les faire passer vers la Malaisie, à quelques centaines de mètres de là.

Des rapports de police indiquent que les morts seraient surtout des Musulmans de l’ethnie des Rohingya, originaires de Birmanie et du Bangladesh.

Seuls deux survivants ont été retrouvés à bout de force, et ont pu être sauvés après leur hospitalisation.

Un trafic « hors de contrôle »

Le trafic d’êtres humains en Thaïlande est « hors de contrôle », selon Human Rights Watch.

L’ONG a appelé à une enquête internationale après cette macabre découverte.

«Le trafic de personnes en Thaïlande a longtemps été hors de contrôle, c’est quelque chose que les hauts fonctionnaires ont reconnu devant Human Rights Watch»

a déclaré Brad Adams, le directeur pour l’Asie de l’ONG.

Plusieurs camps, cachés dans la jungle thaïlandaise au sud du pays, ont été l’objet de raids ces derniers mois, et plusieurs trafiquants ont été interpellés.

Parmi eux, plus d’une dizaine de fonctionnaires (dont des membres de la police et de l’armée) sont soupçonnés d’avoir travaillé main dans la main avec les trafiquants dans ce commerce lucratif.

Un problème ancien, abondamment documenté par les ONG

Pendant des années, les organisations des Droits de l’Homme et des journalistes d’investigation ont publié des rapports sur les réseaux de traite des humains qui opèrent avec l’assistance et la protection des fonctionnaires corrompus de la Thaïlande du sud.

Selon Brad Adams, le directeur pour l’Asie de l’ONG Human Rights Watch

«La découverte de ce charnier et de la contrebande d’êtres humains est malheureusement peu surprenante. La longue participation des officiels thaïs dans ces trafics signifie qu’une enquête indépendante avec l’engagement de l’ONU est nécessaire pour découvrir la vérité et juger les responsables.»

Une récente fermeté affichée par la junte au pouvoir

Les autorités thaïlandaises, jusqu’ici accusées de laisser-aller, affirment être désormais déterminées à punir les trafiquants, «quels qu’ils soient et quelle que soit leur fonction», assure Sansern Kaewkamnerd, porte-parole de la junte.

Après la découverte d’une deuxième fosse commune de clandestins, les autorités ont intensifié la chasse aux autres «camps-prison» secrètement créés par les trafiquants.

La crainte de sanctions économiques

Cette soudaine frénésie de la junte à combattre le trafic d’êtres humains serait également motivée par les craintes de sanctions économiques.

L’année dernière, le Département d’État des Etas-Unis a déclassé la Thaïlande au pire rang possible – niveau 3 – dans son rapport 2014 sur le trafic de personnes, évoquant son incapacité à combattre la traite des humains.

Le mois dernier, après les critiques de Washington, c’est l’Union européenne qui a menacé de boycotter les importations de produits de la mer en provenance de Thaïlande.

Un secteur économique important pour le royaume, mais qui serait aussi impliqué dans la pratique d’une forme d’esclavage des travailleurs migrants clandestins sur ses bateaux de pêche.